octobre 24, 2020

Under the Shadow

De : Babak Anvari

Avec Narges Rashidi, Avin Manshadi, Bobby Naderi, Ray Haratian

Année : 2016

Pays : Jordanie, Qatar, Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Téhéran, 1988. Shideh, mariée et mère d’une petite fille, va débuter une école de médecine. Son mari est appelé au front durant la Guerre entre l’Iran et l’Irak. Shideh se retrouve alors seule avec sa fille. Mais bien vite celle-ci commence à avoir un comportement troublant et semble malade. La mère se demande alors si sa fille n’est pas possédée par un esprit…

Avis :

Le film d’horreur est un bon moyen de psychanalyse. Il faut dire qu’avec ce genre, on peut étudier toutes les peurs, les faire confronter aux phobiques, mais aussi trouver des façons intéressantes et intelligentes de transfigurer d’autres peurs plus primaires, comme la guerre par exemple. Certains films utilisent d’ailleurs le fantastique et l’horreur pour dénoncer les horreurs de la guerre, comme Le Labyrinthe de Pan, le chef d’œuvre de Guillermo Del Toro, mettant en scène une jeune fille qui s’imagine (ou pas) un monde merveilleux afin d’échapper aux souffrances de la Seconde Guerre Mondiale. Avec Under the Shadow, premier film de Babak Anvari, le postulat de base est quasiment le même. Un mari absent à cause d’une mission humanitaire, une femme peu sûre d’elle, une jeune fille à l’esprit un poil trop débridé et surtout, un pays en guerre avec des bombardements incessants. Sauf qu’ici, ce n’est pas la Fantasy qui est utilisée, mais l’horreur pure. Et si le film est perfectible, il n’en demeure pas moins intelligent dans son allégorie.

L’histoire prend place à Téhéran dans les années 80. Shideh est une jeune femme dynamique, qui veut reprendre des études de médecine mais qui se fait refuser par toutes les écoles à cause d’un passé politique trop gênant. Très européanisée, elle habite dans un appartement où elle possède tout le confort nécessaire, qu’elle doit cacher à ses voisins, de fervents pratiquants. Sa vie se voit chambouler quand son mari part en mission humanitaire sur le front et qu’elle se retrouve seule avec sa fille dans un immeuble en proie aux bombes. Mais lorsque sa fille lui parle de la présence de djinns, les bombardements deviennent un souci secondaire. Bref, nous sommes en pleine guerre, avec des conflits politiques et religieux, et en plus de cela, le réalisateur va jouer avec croyances folkloriques. Un programme chargé donc, mais qui va tenir quasiment toutes ses promesses en un peu plus d’une heure vingt.

Certes, le film est assez lent. Il faut dire que le réalisateur prend son temps pour poser les bases de son histoire et essaye à chaque fois de montrer les interdits de son pays. Ainsi, on verra qu’il ne faut pas montrer ses signes de richesse comme le magnétoscope ou la télé. Il ne faut pas se trimballer dans la rue sans le voile quand on est une femme, sous peine de se faire embarquer pour le poste de police le plus proche. On voit aussi qu’être une femme à Téhéran dans les années 80, c’est avant tout se taire et subir. Bref, le constat sur la politique et la religion de son pays est assez rude et le réalisateur n’y va pas avec le dos de la cuillère pour montrer les dérives d’un pays qui interdit trop et sème le doute dans le cœur et le cerveau des femmes. En effet, Shideh va commencer à douter de ses capacités, autant professionnelles que maternelles et c’est ce doute, plus la guerre bien évidemment, qui vont emmener l’horreur chez elle.

Car ne nous y trompons pas, Under the Shadow est bel et bien un film d’horreur avec ce qu’il faut de moments terrifiants. La relation entre la mère et la fille va être conflictuelle à plus d’un titre, non seulement à cause d’un doudou disparu, mais aussi à cause de croyances qui vont monter à la tête de tout le monde. Le film va glisser tout doucement vers l’horreur à partir d’un obus qui transperce le toit. A partir de là, l’horreur indicible va faire son apparition en même temps que l’évocation des djinns. Du coup, la peur de la guerre se mue en peur des djinns et en croyances locales. C’est à ce moment-là que la mère se rend compte que sa fille est vraiment en danger, le tout se déroulant en parallèle des bombardements. C’est-à-dire que tout le film est sur la tangente entre rêve et réalité, ne donnant jamais d’indices sur ce que ressent le personnage principal. Est-ce un rêve pour échapper à la réalité de la guerre ? Ou bien est-ce les esprits vengeurs des morts de la guerre ? Mais outre cet élément dérangeant, certains partis pris sont très intéressants, comme par exemple la fin, d’une tension extrême où on ne sait pas qui est qui et où la frontière entre réalité et fiction se fait de plus en plus fine.

Et le film est servi par une réalisation assez intéressante, notamment au moment où ça verse dans l’horreur pure. C’est-à-dire que le début du film est assez anecdotique dans sa mise en scène avec de simples champs/contre-champs, et même si certains plans frétillent la rétine, comme ce moment où Shideh fait un massage cardiaque à un homme avec le missile derrière elle, on ne peut pas dire que certaines séquences marquent le spectateur. Jusqu’à l’arrivée des éléments perturbateurs. En premier lieu, la folie arrive avec un plan de biais, puis presque à l’envers, pour montrer le basculement de genre, un peu à la manière d’un Sam Raimi avec son Evil Dead. Mais ce n’est pas tout, très rapidement, on va retrouver deux fulgurances glaçantes, avec des présences gênantes, notamment un vieil homme nu sur l’encadrement d’une porte, qui font de suite écho au cinéma de James Wan. Alors c’est vrai que ça ne dure que quelques minutes, voire quelques secondes, mais c’est très efficace et fait avec un certain talent. Et que dire du final, vraiment effrayant, avec plusieurs quiproquos et des moments qui touchent, surtout si on est parent.

Au final, Under the Shadow est un petit film relativement bien réussi. Si l’on excepte quelques inepties au départ et un démarrage un peu longuet pour bien montrer l’environnement politique et sociétal du pays, Babak Anvari va vite maîtriser son sujet pour tenter de faire peur tout en y faisant une allégorie à la guerre. C’est assez réussi, ça fait parfois peur, et pour un budget aussi minime, c’est presque inespéré. Bref, il s’agit d’un film plaisant, assez court, mais bien mis en scène et relativement intelligent pour maîtriser son sujet sur le bout des doigts.

Note : 14/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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