décembre 2, 2020

La Nuit a Dévoré le Monde – Des Zombies au Balcon

De : Dominique Rocher

Avec Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant, Sigrid Bouaziz

Année: 2018

Pays: France

Genre: Drame, Horreur

Résumé:

En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s’organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?

Avis:

Les films de zombies français sont rares et s’apprécient d’autant plus. A part La Horde, nul film de zombies français n’a marqué les esprits. Avec La Nuit a dévoré le Monde, Dominique Rocher vient combler ce vide avec un nouveau film de genre.

Des effets horrifiques classiques mais efficaces

Comme tout bon film de zombies qui se respecte, La Nuit a dévoré le Monde fout un peu les chocottes. Mais rien de bien méchant. Malgré son approche en huis-clos, alors que le protagoniste est bloqué dans un immeuble, façon REC, le long métrage ne fait pas excessivement peur. Les effets horrifiques sont assez classiques : cauchemars, portes dérobées, etc… Mais l’horrifique sert le propos du film. Dominique Rocher refuse de se lancer dans une horreur ostentatoire, qui repose sur des effets gores ou excessivement impressionnants. Bien loin des World War Z ou Je Suis une Légende, ici pas de héros, pas de grande horde de zombies, mais une approche pratiquement minimaliste. Les zombies sont ultra silencieux, courent, mais ne font aucun bruit. A part une accélération finale qui vient chahuter notre palpitant, La Nuit a dévoré le Monde est discret, presque timide. Dominique Rocher a préféré délaissé les effets horrifiques pour servir son propos et laisser Denis Lavant s’amuser dans la peau d’un zombie.

Une double lecture sociale passionnante

Comme tout bon film de zombies qui se respecte, La Nuit a dévoré le Monde se sert des morts-vivants pour raconter une histoire sociale d’actualité. En digne héritier de George A. Romero, Dominique Rocher appréhende sa société par le prisme du zombie. La Nuit a dévoré le Monde n’est finalement pas un film de zombies, mais un drame avec des zombies. Le long métrage parle de la solitude, d’une société dans laquelle l’individu est isolé, délaissé, dans un milieu urbain oppressant. La Nuit a dévoré le Monde traite d’un état qui toucherait 5 millions de français en 2016, une solitude profonde.

Avec son film, Dominique Rocher veut rappeler que notre société, en perpétuelle évolution, a délaissé l’individu au profit de la masse. Il rappelle que ces morts-vivants ne sont finalement que des reflets des citoyens urbains, de ces travailleurs exploités, à bout de force. Avec ces zombies, Dominique Rocher transforme la ville en prison, et crée le parallèle avec notre situation actuelle. La conversation sur le toit avec Sarah, qui parle d’évasion, d’échappatoire, est symptomatique de notre société dans laquelle le peuple est enchaîné. « Les morts sont la normes. Je suis l’exception » affirme le personnage, pour rappeler que nous ne sommes tous plus que des zombies au service d’un système. Poignant et très intelligent.

La Nuit a dévoré le monde est un film de zombie minimaliste, calme et silencieux, qui s’inspire de ses aînés sans les copier. Dans ses effets horrifiques, le long métrage est très classique, et malgré l’accélération de rythme final, ne secoue pas forcément son spectateur. Cependant, la double lecture, celle d’une société dans laquelle l’individu est isolé, ancré dans une solitude malsaine, dans un milieu urbain oppressant, à la recherche d’une échappatoire, est très intelligente.

Note : 14/20

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Par Aubin

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