novembre 30, 2020

Amis Publics

De : Edouard Pluvieux

Avec Kev Adams, Paul Bartel, Chloé Coulloud, Vincent Elbaz

Année : 2016

Pays : France

Genre : Comédie, Drame

Résumé :

Afin de réaliser le rêve de son jeune frère malade, Léo et leurs meilleurs potes organisent un faux braquage… mais le jour J, ils se trompent de banque. Le faux braquage devient un vrai hold-up. Commence alors l’aventure extraordinaire des Amis Publics !

Avis :

Il y a un phénomène étrange en France depuis quelques années, c’est le succès incohérent d’un certain Kev Adams. Constamment conspué, moqué et lapidé sur la place publique par les cinéphiles en tout genre et les gens ayant plus de 14 ans, l’humoriste devenu acteur à ses heures perdues continue pourtant de défier la raison et s’octroie à chaque fois le devant de la scène dans des comédies franchouillardes de qualité médiocre. Pour quelle raison ? La première qui vient immédiatement en tête, c’est que Kev Adams plait aux enfants. Il faut dire qu’avec un égo démesuré (s’afficher avec un t-shirt marqué « j’aime Kev Adams », faut oser) et un humour en dessous de la ceinture, il faut mouche chez la jeune génération qui est un public facile. Ensuite, avec son physique ingrat, il représente le jeune ado accessible, un peu geek sur les bords et visiblement, cela plait, aussi bien aux producteurs qu’aux réalisateurs de films à destination des adolescents.

Sauf que depuis quelques temps, il se fait rare le Kev Adams. Entre des rôles qui essayent tant bien que mal de le sortir du cliché de l’adolescent débile qu’il s’est construit à une pseudo carrière plus ou moins ratée aux States, l’acteur commence à battre un peu de l’aile. Néanmoins, il faut lui reconnaître une certaine prise de risque et une volonté de briser cette image de garçon gentil un peu débile qui plait aux enfants entre 8 et 14 ans. Et ce changement de carrière, il intervient début 2016 avec Amis Publics. Film estampillé comédie avec sa face en gros plan sur l’affiche officielle, le premier métrage d’Edouard Pluvieux est pourtant plus une comédie dramatique qu’une comédie potache, s’attaquant de plein fouet au cancer et aux retombées de certaines usines pétrochimiques. Est-ce une réussite pour autant ? Non.

Alors attention, la faute n’incombe pas forcément à Kev Adams et à sa trombine de pistonné, mais à un tout et surtout un pitch de départ complètement malsain. En fait, l’acteur joue le grand frère d’un jeune homme atteint d’un cancer incurable, qu’il a contracté juste après une explosion d’usine. Le rêve de ce garçon est de réaliser un braquage comme dans on film fétiche, Heat. Déjà, de base, il semble incohérent et complètement stupide qu’un homme, proche de la mort, souhaite faire un braquage. Sauf s’il veut terminer sa vie plus vite ou derrière des barreaux. Et si dans le film tout est monté au départ pour faire un faux braquage, le ressort humoristique et moral qui revient à vraiment braquer des banques pour donner l’argent à une association de lutte contre le cancer est totalement puéril et vain. Non seulement c’est utopiste (ce qui n’est pas un mal mais qui est hors de propos ici), mais en plus de cela c’est mièvre au possible, n’arrivant jamais à faire croire à ce jeu du sort. Du coup, dès le départ, le film est biaisé par un enjeu malsain, basique et bas du front. Ici, le manichéisme est roi.

Un manichéisme qui se traduit par des banques méchantes, voleuses d’argent, des industriels qui refusent de s’impliquer dans des retombées sanitaires et des policiers qui n’hésitent pas à tirer dans le tas pour arrêter une bande d’amateurs au grand cœur. La vision du monde d’Edouard Pluvieux est d’une tristesse infinie, donnant toujours le beau rôle à ceux qui font quelque chose de mal, leur donnant même un élan populaire méphitique. Mais en plus de cela, le film accumule les maladresses sur les personnages. Le quatuor se compose du leader, campé par un Kev Adams qui se croit crédible en fronçant les sourcils et en faisant des vidéos Youtube torse nu, le père désabusé, le malade et le souffre-douleur, un chauffeur de taxi dont le running gag devient vraiment insupportable. A cela il faudra rajouter la sublime Chloé Coulloud qui se fourvoie complètement dans un rôle fonction inutile, rajoutant juste une touche glamour pas forcément nécessaire. Et que dire de Vincent Elbaz, inutile du début à la fin. Tous ces personnages ne possèdent aucune épaisseur. On ne saura rien de leur vie d’avant, leurs caractéristiques seront grossières et mal écrites et finalement, on se retrouvera devant des protagonistes inconsistants pour lesquels on ne ressentira rien. Un comble pour une comédie dramatique qui joue sur les sentiments populistes.

Autre point négatif du film, c’est le traitement de la maladie. C’est bien simple, hormis le fait de parler des industriels qui ignorent complètement le problème des malades, on n’apprendra rien de concret et on sera peu touché par la mort de certaines personnes. D’ailleurs, même certains personnages semblent peu concernés par la mort de leurs proches, souriant le jour suivant l’enterrement. Et c’est tout le problème de la comédie française qui revient inlassablement. Entre un humour douteux à destination des adolescents et des sujets à peine survolés, on se retrouve à s’ennuyer ferme sur quelque chose qui aurait pu être bien. Et que dire des références non digérées. Les scènes de braquage font mal au cœur tant elles sont anecdotiques (mention spéciale sur la dernière où une banquière veut se faire Kev Adams dans la chambre forte). Michael Mann et Martin Scorsese peuvent dormir tranquille. Et certaines séquences se veulent des hommages à d’autres films (comme les 3 Frères par exemple), mais c’est tellement surjoué que ça ne fonctionne jamais. Bref, on peut avoir de belles références, encore faut-il savoir les régurgiter.

Au final, Amis Publics est un film qui est complètement raté et affreusement inintéressant. Pourtant, le sujet était assez sympathique et pouvait donner lieu à de jolis sentiments. En l’état, c’est un film qui pose Kev Adams comme plus-value pour faire des entrées, dans un film dont le départ est nauséabond et qui ne se sauve jamais du mauvais goût dans lequel il se vautre. Encore une fois, ce n’est pas la faute à son acteur principal, mais bel et bien au projet qui ne peut se voir que comme un métrage opportuniste.

Note : 05/20

Image de prévisualisation YouTube

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.