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Stronger – Une Histoire de Jambes

De : David Gordon Green

Avec Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Miranda Richardson, Clancy Brown

Année : 2018

Pays : Etats-Unis

Genre : Biopic, Drame

Résumé :

En ce 15 avril 2013, Jeff Bauman est venu encourager Erin qui court le marathon : il espère bien reconquérir celle qui fut sa petite amie. Il l’attend près de la ligne d’arrivée quand une bombe explose. Il va perdre ses deux jambes dans l’attentat. Il va alors devoir endurer des mois de lutte pour espérer une guérison physique, psychologique et émotionnelle.

Avis :

Les biopics ne sont pas qu’une histoire américaine. Combien de films français compte-t-on portant sur des humoristes ou des politiques ? Cependant, les américains ont se don incroyable pour faire des récits hagiographiques, c’est-à-dire à la gloire d’un personnage central. Et si Clint Eastwood est presque devenu un expert en la matière avec des films comme American Sniper ou encore le 15h17 Pour Paris, d’autres essayent de faire pareil, comme David Gordon Green avec son Stronger. Alors tout est réuni pour faire un film touchant et poignant, revenant un petit peu sur les attentats de Boston en 2013 lors du marathon, mais le film possède un énorme défaut : sa volonté d’être calibré pour les festivals. Pourquoi est-ce un défaut ?

En premier lieu, il y a une chose vraiment gênante à propos de ce genre de film, c’est qu’il se base exclusivement sur un livre autobiographique. Du coup, on peut se poser des questions sur la véracité des propos et si l’ensemble n’est pas un peu romancé. D’ailleurs, on peut aisément imaginer Jeff Bauman, victime des attentats, grossir les traits de sa relation amoureuse pour mettre plus de pathos et donc toucher plus de gens. Et même si cela n’est que spéculation, le film en fait des tonnes et des tonnes pour toucher à tout prix le public. On va donc voir notre personnage central devenir un héros malgré lui, se posant des questions sur cette subite renommée, puis sa lente descente aux enfers, que sa famille ne voit pas, ne pensant qu’à profiter de cette notoriété. Le film va en rajouter une couche avec une relation amoureuse tumultueuse et des personnages relativement caricaturaux, comme les cousins de Jeff Bauman, de gros beaufs amateurs de sport et de bières. Le film aura énormément de mal à se rendre sympathique et même son personnage principal, en constante souffrance n’arrive pas à créer de l’empathie avec le public et le spectateur. La raison est toute simple, soit ça en fait trop, soit ça en fait pas assez.

La réalisation est dans la même veine. C’est-à-dire que le film fait très cinéma américain indépendant, avec un rythme lancinant et des séquences qui sont vraiment proches des personnages. Les différentes scènes qui montrent soit les attentats soit les passages dans les grands stades, restent intimistes et ne font pas dans la surenchère. Le but ici, c’est clairement de raconter la vie de Jeff Bauman après la perte de ses deux jambes et son enfoncement progressif vers une sorte de dépression destructrice. Le problème, c’est que même si certains moments fonctionnent à merveille, et notamment dans le portrait peu valorisant de cette famille qui n’a que faire des problèmes de Jeff, le reste du temps, on demeure spectateur d’un combat qui n’est pas le nôtre et qui n’est pas forcément très passionnant. Ou tout du moins, David Gordon Green n’arrive pas à le rendre passionnante, enchaînant les saynètes dramatiques, les moments difficiles dans la vie du « héros » ou encore son rejet des gens autour de lui. On comprend assez vite que la volonté du réalisateur est de poser un regard mélancolique sur cet homme qui a quasiment tout perdu en même temps que ses jambes, mais trop de pathos tue le pathos et l’ensemble devient beaucoup trop larmoyant. Et puis reste la scène de fin, quand on revient sur l’attentat et sur les blessures de Jeff, un instant gore inutile et tape à l’œil. En fait, cette scène va juste servir à montrer le changement d’état d’âme du personnage, et c’est un peu trop vite fait.

Alors dit comme ça, on pourrait croire que le film est assez mauvais, ou tout du moins relativement lénifiant. Et c’est vrai qu’il est assez longuet et que l’ennui pointe plusieurs fois le bout de son nez. Mais le métrage est sauvé par la prestation des acteurs et notamment de Jake Gyllenhaal et Tatiana Maslany. Le premier nommé est encore une fois impeccable dans un rôle très simple et si facile à exécuter. Il livre une prestation discrète, assez feutrée, à l’image finalement de l’homme qu’il incarne, ne comprenant pas cette notoriété soudaine, ne se voyant pas comme un héros, mais plutôt comme une victime des attentats. Seulement, encore une fois, c’est le genre de rôle calibré pour cartonner dans des festivals et c’est dommage. Quant à Tatiana Maslany, déjà vue dans la série Orphan Black, elle est épatante d’humanité et de simplicité. Elle en volerait presque la vedette à Jake tant elle sera le personnage le plus empathique et le plus touchant. C’est elle qui se rend compte de l’effet destructeur de la famille, et elle prend énormément sur elle. Son jeu est simple mais très efficace. Du coup, le talent des acteurs rattrapent largement un pitch de départ un peu trop hagiographique et un traitement beaucoup trop larmoyant.

Au final, Stronger n’est pas un mauvais, mais ce n’est pas non plus un film incroyable. Il s’agit d’un biopic beaucoup trop romancé et qui s’appuie en permanence sur l’émotion pour tenter de créer de l’empathie et même de la pitié envers le personnage central. On se sent comme pris en otage par ce métrage qui nous impose des sentiments par des moments qui semblent bien trop superficiels. Il reste néanmoins un Jake Gyllenhaal toujours juste et une Tatiana Maslany très convaincante, ce qui sauve le film de justesse. Mais du coup, on est un peu inquiet quant à l’adaptation de Halloween

Note : 11/20

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Par AqME

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