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Cinquante Nuances Plus Sombres

Titre Original : Fifty Shades Darker

De : James Foley

Avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Bella Heathcote, Kim Basinger

Année : 2017

Pays : Etats-Unis

Genre : Erotique

Résumé :

C’est un Christian blessé qui tente de reconquérir Anastasia. Cette dernière exige un nouveau contrat avant de lui laisser une seconde chance. Mais une ombre surgit du passé de Christian et plane sur les deux amants, déterminée à détruire un quelconque espoir de vie commune.

Avis :

Il y a des phénomènes qui dépassent parfois l’entendement. C’est presque à se demander si l’être humain n’est pas en manque d’amour ou s’il ne refoule pas trop ses désirs. Tout a commencé avec Cinquante Nuances de Grey, le roman. Si tant est que l’on peut appeler cela un roman, puisqu’à la base, il s’agit de textes balancés sur le net, sur un forum et sous les acclamations de plusieurs lectrices, l’auteure a eu la bonne idée de contacter un éditeur. Bref, avec ce roman et ses suites, la littérature érotique devenait un véritable phénomène de foire et toutes les nanas du monde se devaient de lire ce livre et autres histoires du même acabit. Quand on sait que ce roman met en place un homme ultra bizarre, aux goûts déviants, frappant des femmes pour son propre plaisir, et offrant des cadeaux pour se faire pardonner, on peut se poser la question de la santé mentale de certaines, mais il faut croire que raconter qu’une femme, seule, peut changer un homme, si possible, riche, musclé et sexy, suffise à justifier tous les heurts subis. De ce récit complètement macabre, des films vont sortir, et ils seront à l’image du roman, à vomir. D’autant plus le deuxième volet, réalisé par James Foley, un homme.

Dès le départ, le film part avec un lourd handicap. Le réalisateur est un homme et cela ne colle pas forcément à l’image érotique que doivent se faire les gentes demoiselles. Se focalisant autour d’un public 100% féminin, Cinquante Nuances Plus Sombres va pourtant être un film d’une misogynie ignoble. Dans ce film, la femme est toujours la perdante, la soumise ou l’ingénue. Alors certes, on va voir que Christian Grey abaisse un peu ses remparts, mais tout simplement pour mieux tromper sa désirée et en faire ce qu’il veut. Les séquences de sexe (si on peut appeler ça comme ça, tant on ne voit rien) sont à l’image du machisme du métrage, à savoir l’homme dessus, ou derrière, sans préliminaire, de façon sauvage et presque vécu comme un viol. C’est très dérangeant car à chaque fois, l’amour ne se fait que dans un sens et si visiblement il est bon de baiser pour n’importe quel raison (il coupe du poivron, on baise, on s’engueule, on baise, on discute calmement, on baise, on se crashe en hélicoptère, on baise).

En partant de ce constat, on va aussi se rendre compte de la vacuité du produit. Aussi plat qu’une ligne de vie amorphe, Cinquante Nuances Plus Sombres n’apporte rien aux personnages, qui de toute façon se remettent ensemble dès les premières minutes, et n’arrive jamais à faire monter la tension ou les chaleurs corporelles. On s’emmerde ferme tant il ne se passe rien. Pourtant, le film essaye de faire des efforts. On a une nana un peu bizarre qui suit Anastacia et on ne sait pas trop ce qu’elle veut. On a son patron qui essaye de la forcer à niquer dans son bureau. Le film essaye de mettre en place des antagonismes, mais cela ne marche absolument et cela pour deux raisons nettes et précises. Tout d’abord, ces personnages, que l’on peut qualifier de méchants, ne sont pas du tout exploités par le film. On ne les voit que deux fois maximum avant qu’ils ne passent à l’acte, ils ne possèdent aucun background, aucun charisme et de ce fait, il n’y a aucune portée émotionnelle à les voir menacer le couple. Ensuite, les moments de tension instaurés sont complètement dédramatisés en deux secondes. La nana qui menace Anastacia avec son flingue se fait « dresser » par Christian et son ancien patron se fait tout simplement virer et jure de se venger sur la fin. Sauf qu’on avait oublié de qui il s’agissait…

Ensuite, il y a un vrai problème dans les dialogues. Alors cela est peut-être dû à la version française, mais l’ensemble manque clairement de fluidité et tout sonne creux, voire faux. D’ailleurs, on retrouvera des conversations qui sont dignes d’un nanar de luxe. L’exemple le plus flagrant est quand il l’invite à manger et qu’elle accepte parce qu’elle a faim. Cette séquence vaut le coup d’œil à elle seule. Mais ce n’est pas la seule et bien d’autres passages seront clairement gênants. Mais le plus grave dans tout ça, c’est l’amateurisme de la réalisation et la gentillesse des scènes de sexe. Pour la mise en scène, c’est tout simplement catastrophique. James Foley n’arrive jamais à rendre un plan intéressant et certaines séquences sont d’un ringard peu commun. Le summum étant ce moment inutile quand Christian fait du cheval d’arçon ou encore lorsque il a un accident d’hélicoptère. On sent que tout le budget est passé dans la paye des acteurs. En parlant des acteurs d’ailleurs, ils sont aussi très impliqués que des huîtres. Dakota Johnson, qui est plate comme une limande, est aussi expressive qu’un batracien (mention spéciale lorsqu’elle apprend l’accident d’hélicoptère et qu’elle semble peu affectée). Jamie Dornan est au comble de son art, et rien ne pourra nous raccrocher à cet homme étrange, dérangeant et profondément malsain, voulant à tout prix diriger la vie de sa femme. Et que dire de Kim Basinger qui devrait intenter un procès à son chirurgien plastique.

Enfin, parlons du centre du sujet, le cul, le sexe, la gaudriole de l’entrejambe. Parce que finalement, ce qui doit faire le succès de ce genre de film, c’est qu’il met en exergue des fantasmes inassouvis et depuis 1974 et la sortie d’Emmanuelle au cinéma, l’érotisme n’avait plus trop sa place. Eh bien là aussi c’est la douche froide. Outre le fait déjà mentionné que l’on ne verra qu’elle complètement à poil plusieurs fois (lui, une seule fois et de dos), l’ensemble est très gentil. Les scènes ne durent que quelques secondes et elles se résument toutes à une levrette. Alors soit Christian Grey est un éjaculateur précoce, soit on retombe dans le puritanisme américain. Et c’est tout le problème de ce film qui n’ose jamais rien mais qui semble contenter les cougars et autres jeunes filles qui trouvent ça beau ou romantique. Enlève l’argent et les muscles à Christian Grey et je ne suis pas sûr que l’effet soit le même. Il y a vraiment une image négative de l’amour dans ce film et surtout de la place de la femme. La pauvre Anastacia est toujours soumise, elle accepte des choses qu’elle ne devrait pas et ce n’est pas souffrir pour changer un homme, puisque de toute façon, les gens ne changent pas, mais c’est souffrir par peur d’être seule. On le voit bien, dans le métrage, tous les autres hommes sont des salauds, ou de sa famille, et elle n’a pas tellement le choix. D’autant plus que Christian est tellement « creepy » qu’il ne la lâchera jamais. Et si une nana fan de cette histoire lui arrive la même chose dans la vie, elle fuirait.

Au final, Cinquante Nuances Plus Sombres est une purge infâme, d’une longueur insupportable et possédant en plus de cela un message dramatique pour l’image de la femme. A l’heure où les hommes sont chassés, à juste titre, pour des attouchements sexuels et autres viols, on nous propose une histoire qui justifie ça et dont les femmes raffolent. Bref, c’est le genre de film qui fait vraiment du mal au cinéma, car il annihile toute notion d’art au profit d’un divertissement malsain mêlant voyeurisme et banalisation d’une domination masculine. Il s’agit aussi d’un film érotique qui ne s’assume pas, restant très prude et qui pourtant semble suffisant pour émoustiller ces dames.

Note : 00/20

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Par AqME

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