décembre 5, 2020

La Puissance de la Joie – Frédéric Lenoir

Auteur : Frédéric Lenoir

Editeur : Le Livre de Poche

Genre : Philosophie

Résumé :

« Existe-t-il une expérience plus désirable que celle de la joie ?
Plus intense et plus profonde que le plaisir, plus concrète que le bonheur, la joie est la manifestation de notre puissance vitale. La joie ne se décrète pas, mais peut-on l’apprivoiser ? La provoquer ? La cultiver ?
J’aimerais proposer ici une voie d’accomplissement de soi fondée sur la puissance de la joie. Une voie de libération et d’amour, aux antipodes du bonheur factice proposé par notre culture narcissique et consumériste, mais différente aussi des sagesses qui visent à l’ataraxie, c’est-à-dire à l’absence de souffrance et de trouble.
Pour ma part, je préfère une sagesse de la joie, qui assume toutes les peines de l’existence. Qui les embrasse pour mieux les transfigurer. Sur les pas de Tchouang-tseu, de Jésus, de Spinoza et de Nietzsche, une sagesse fondée sur la puissance du désir et sur un consentement à la vie, à toute la vie…
…Pour trouver ou retrouver la joie parfaite, qui n’est autre que la joie de vivre. »

Avis :

La puissance de la joie est, sans surprise, un livre qui fait du bien et qui fait également réfléchir. L’auteur, en plus de discuter de pensées de philosophes bien connus, nous offre ses propres expériences, ses propres avis tout en nous faisant voyager à ses côtés, tout au long de son cheminement interne.

L’écriture est belle, claire et poétique. On sent un halo de calme nous entourer lors de la lecture de ce livre. Les mots s’enchaînent avec douceur et les idées évoquées sont présentées clairement, de manière à parler aux moins initiés à la philosophie d’entre nous. Des notions logiquement vues au lycée sont réexpliquées, comme celles des désirs ou des plaisirs. Des postulats célèbres de penseurs antiques, comme ceux d’Aristote, nous sont également rappelés. Ces bases servent d’introduction au livre et nous plongent rapidement dans un état de réflexion plus ou moins intense selon nos acquis antérieurs sur la question.

L’argumentaire de l’auteur est simple et efficace. Le livre se lit vite et ne s’égare pas. Frédéric Lenoir ne juge pas, ne se perd pas dans des visions politiques ou économiques du problème, mais nous propose sa vision détaillée, d’abord largement basée sur des penseurs tels que Nietzsche, Spinoza, Bergson, Montaigne ou Tchouang-Tseu, puis mise en perspective via ses propres expériences. Ses exemples sont ainsi concrets : les pérégrinations de l’auteur sur le chemin de la joie nous sont montrées sans orgueil mal placé. Il nous dévoile une partie de sa vie et nous atteint  émotionnellement. Son travail prend bien plus de valeur, surtout lorsque l’on comprend comment il en est arrivé là.

La question religieuse est soulevée à de multiples reprises mais n’est pas vraiment dérangeante, même pour des lecteurs athées ou agnostiques. Les croyances religieuses de l’auteur sont certes très présentes mais ne sont clairement pas présentées dans une intention d’influencer notre propre sentiment sur la question. Que l’on soit ou non d’accord avec lui, cela lui importe peu. Il nous donne simplement les clés pour construire notre jugement et nous aider à mieux appréhender la joie et ce qu’elle est véritablement. Certains paragraphes mettant en avant des perceptions propres à Jésus peuvent néanmoins agacer ceux qui sont contre toute implication divine. Ces passages peuvent être sautés aisément en cas de besoin et sont signalés souvent à l’avance.

L’ouvrage différencie très distinctement les notions de joie, plaisir, désir, et bonheur. Pour l’auteur, la joie est « une affirmation de la vie », « une puissance qui nous bouscule, nous envahit, nous fait goûter à la plénitude », contrairement au bonheur, qui est plus dans la durée. Le bonheur est « un état qui se veut le plus global et le plus durable possible, à l’inverse de l’éphémère plaisir ». Le bonheur fait partie des buts de nombre d’individus mais est-il si vital ? L’auteur expose sa théorie sur la question et nous fait comprendre que la joie doit se cultiver jour après jour, non pas pour mener une vie sans souffrance ni douleur, mais pour vivre une vie plus concrète, véritable, qui nous donne envie de vivre, de mieux se connaître et de mieux appréhender le monde qui nous entoure. Cette vision est belle, peut-être trop gentille, voire certainement utopiste.

Pourtant, il a été prouvé que la joie nous fait vivre plus longtemps, comme le fait de savoir rester optimiste ou de voir le bon côté des choses. L’auteur lance ici un appel à notre société un peu trop basée sur des actes consuméristes, et permet au lecteur de se reconcentrer sur lui-même, ses envies, et passions, de cultiver la joie dans la vie de tous les jours et d’apprécier ces moments intenses de plénitude. De plus, « la joie de vivre est empathique. Elle invite à la compassion, au partage, à l’entraide ». Quel plus beau message peut-on donner à l’humanité, une humanité dont les principes sociaux et moraux se dégradent ?

Ce livre est un beau message et une lecture épanouissante. Un passionné de philosophie en apprendra beaucoup, notamment sur les auteurs cités plus haut mais également sur la démarche argumentative de présentation d’un tel fait et ce, de manière simpliste et énergique. Les chapitres sont bien divisés et le thème de chacun est évolutif, suivant un parcours intellectuel captivant.

Que l’on se serve ou non des suggestions de l’auteur, que l’on soit ou non d’accord avec lui, cela n’est pas très important au final. Avoir conscience de la puissance de la joie et de ses effets est déjà une avancée en soi et un tremplin de réflexion vers d’autres horizons.

Note : 18/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.