octobre 28, 2020

I Don’t Feel at Home in This World Anymore

De : Macon Blair

Avec Melanie Lynskey, Elijah Wood, Jane Levy, Devon Graye

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller, Comédie

Résumé:

Quand une femme dépressive se fait cambrioler elle trouve une nouvelle motivation à sa vie en traquant ses voleurs avec l’aide de son voisin acariâtre. Mais bientôt cet étrange duo va devoir affronter un tas de criminels.

Avis:

Macon Blair est un acteur et réalisateur assez peu connu de par chez nous. Tout d’abord parce qu’il n’a joué que dans les films de son meilleur ami Jeremy Saulnier, à savoir Blue Ruins et Green Room, mais aussi parce qu’il n’a réalisé qu’un seul film, I Don’t Feel at Home in This World Anymore, sorti chez nous directement par Netflix. La grosse particularité de Jeremy Saulnier, c’est qu’il filme d’une façon très précise chacun de ses films, de manière à créer une différence de ton constante entre des personnages classiques, humains et une histoire qui part en vrille pour laisser planer un déluge gore sur la fin. C’est du moins le cheminement de ses deux films qui ont suscité diverses réactions. Macon Blair était donc à bonne école et cela se ressent fortement dans son premier film, puisqu’il emprunte tous les tics de réalisation de son meilleur pour livrer un thriller à tendance comique plutôt réussi et parfois surprenant.

L’histoire est assez banale, comme ce fut le cas dans Blue Ruins par exemple, afin de tomber plus lourdement dans un final qui dépasse complètement tous les personnages. Ruth est une aide-soignante qui se laisse faire et qui ne fait pas trop de bruits. Un soir, en rentrant chez elle, elle se rend compte qu’elle a été cambriolée et que de l’argenterie de son grand-mère a été volée. La police semblant ne vouloir rien faire, elle décide de prendre les choses en main et de ne plus se laisser faire. Elle rencontre alors son voisin, amateur de métal et quelque peu bizarre mais ayant le cœur sur la main. Ensemble, ils vont retrouver les affaires de Ruth, mais à quel prix. I don’t Feel at Home in This World Anymore est un film assez étrange, qui se base sur un simple fait divers, un cambriolage et une volonté de s’affirmer un peu plus, pour partir ensuite sur un thriller angoissant où les antagonistes sont de vraies saloperies. Ainsi, le film va s’équilibrer entre deux tons complètement différents, la comédie absurde et le thriller sanglant.

Quasiment toute la première partie du film se présente comme une comédie indépendante américaine. On retrouve une mise en scène lente et élégante et des personnages qui sont soit trop simples, soit totalement déjantés. Ruth, par exemple, est un personnage basique, qui n’a pas d’histoires extraordinaires dans sa vie, qui est simple et qui s’ennuie un peu. Pour autant, le personnage demeure attachant car elle ressemble à une cocotte-minute prête à exploser face à la bêtise de ce monde. Elle va alors rencontrer Tony, un voisin étrange, fan de kung-fu et de musique métal, semblant un petit peu asocial. Ces deux personnages, que tout oppose, vont alors former un duo insolite et très complémentaire pour affronter la méchanceté de ce monde. Car finalement, ce film, c’est une volonté de mettre en confrontation deux personnes simples et gentilles face à une cruauté humaine quotidienne. D’ailleurs, comme le dit l’héroïne vers la fin du film, elle voudrait qu’il y ait moins de connards dans ce monde et plus de justesse et de gentillesse. Un combat naïf, mais finalement important afin que tout le monde puisse y trouver son compte. D’ailleurs, parmi tous les autres personnages, il n’y aura que très peu de bonnes personnes, puisque même son beau-frère semble ne pas apprécier grand-monde. Macon Blair va alors appuyer tout ce petit monde pour en faire ressortir du comique absurde, de situation et parfois dans les ruptures de dialogue. C’est très drôle, même si parfois cela est un peu tiré par les cheveux.

Puis, de temps à autre durant le film, avant de prendre un tournant purement glaçant, le ton va complètement changer. Le métrage ne sera plus une comédie indé sur une nana s’étant fait cambriolée, mais on va vers le thriller noir, glaçant, avec des personnages qui auraient totalement leur place dans un freak show. La tension monte alors d’un cran et Macon Blair va parfaitement maîtriser sa mise en scène. D’un coup, les mouvements de caméra se font plus lents, plus bas, les couleurs se ternissent et la musique va insister sur les basses et les infrabasses. En faisant cela, le réalisateur va de suite intégrer une tension palpable au sein de son film, faisant qu’un moment de joie va rejoindre un moment d’anxiété, offrant alors un changement radical. Si on pourrait craindre une différence de tonalité complètement bancale, il n’en est rien car le jeune cinéaste livre une technique parfaite et surtout, il arrive à créer cette tension à des moments clés. Le film bascule alors dans une violence exacerbée, ne lésinant jamais sur le gore ou les moments extrêmes. Le dernier quart est un pur déluge de violence, alternant gunfights réalistes et bagarre de rue sauvage. Le film garde sa part crédible, ne partant jamais dans des chorégraphies de malade ou des combats réglés au millimètre. C’est très bien fait et le contraste est tellement flagrant avec la comédie que cela choque et percute d’autant plus.

Le seul défaut que l’on peut trouver au film, c’est qu’il est assez lent à se mettre en place. Macon Blair prend son temps pour poser son ambiance si ambivalente et surtout pour montrer des personnages à la fois attachants ou détestables. On sera d’ailleurs en joie de revoir un Elijah Wood à contre-courant, composant un personnage farfelu mais vraiment bon et drôle. Cette lenteur sera parfois un peu trop mise en avant, ainsi que le mutisme de certains personnages, mais cela permet aussi de jouer sur les personnalités et sur cette atmosphère si anxiogène lorsque les méchants font leur première apparition.

Au final, I Don’t Feel at Home in This World Anymore est un film très sympathique qui est passé un peu trop en dessous des radars, même sur Netflix. Il s’agit d’une production indépendante de qualité, qui reprend les mêmes standards de réalisation que Jeremy Saulnier, prenant des personnages lambda qui vont mettre le doigt dans un rouage de violence ne trouvant de repos qu’à la toute fin. Il s’agit donc d’un thriller teinté de comédie pour un résultat plus que convenable, Macon Blair réussissant l’exploit, pour un premier film, de trouver un ton juste et un équilibre presque parfait entre absurde et violence frontale. Bref, un bon film dont il serait dommage de passer à côté.

Note: 15/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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