La Maison du Docteur Edwardes

Titre Original : Spellbound

De : Alfred Hitchcock

Avec Ingrid Bergman, Gregory peck, Leo G. Carroll, Rhonda Fleming

Année: 1945

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Constance, médecin dans un asile d’aliénés, tombe amoureuse du nouveau directeur. Cependant, elle s’aperçoit rapidement que l’homme qu’elle aime est en réalité un malade mental qui se fait passer pour le Dr Edwardes. Quand il prend conscience de son amnésie, il croit avoir tué le véritable docteur et s’enfuit de la clinique. Constance le retrouve et le cache chez son vieux professeur qui va analyser les rêves du malade et trouver l’origine de son déséquilibre.

Avis:

La psychanalyse est un sujet assez épineux au cinéma. En effet, si le thème peut plaire à certains puristes et autres amateurs de ce genre de discipline, il arrive que les films portant sur la psychanalyse soit assez lénifiant. On peut citer par exemple A Dangerous Method de David Cronenberg. Mais en 1945, personne encore n’était capable de faire un film sur un tel sujet. Sauf Alfred Hitchcock qui persuada le producteur David O. Selznick d’acquérir les droits du roman La Maison du Docteur Edwardes pour la modique somme de 40.000 dollars. Un sujet assez parlant pour le producteur puisqu’à l’époque, il suivait une psychanalyse par May Romm, très célèbre durant les années 40, qui devint conseillère technique sur le métrage. Mais voilà, la psychanalyse n’est pas une chose aisée, surtout quand on est le premier a essuyé les plâtres. Alors qu’en est-il de ce film ?

Comme tout film d’Hitchcock, la première chose qui semble importante, c’est la romance qui va naître entre les deux acteurs. Comme pour Rebecca ou encore Les Enchaînés, le film va se focaliser sur une femme, plutôt forte, qui évolue dans un milieu masculin, et qui va tomber folle amoureuse d’un homme mystérieux qui semble un peu perdu, ou tout du moins qui cache un lourd secret. Sauf qu’ici il n’y a point de nazi à charmer et encore moins de présence fantomatique, mais plutôt un homme souffrant d’amnésie et qui est persuadé d’avoir tué une personne. A partir de là, le film va devenir une sorte d’enquête psychologique, où la psychanalyse va prendre une place importante. En effet, afin de faire ressortir les souvenirs de cet homme, qui se retrouve menacé par la police, l’héroïne va tenter de le confronter à des moments marquants de sa vie passée. Commence alors un jeu de recherche, de questions et surtout de doute sur le meurtre du docteur Edwardes. La psychanalyse prend alors une place centrale au sein du métrage et même si cela reste très imagé, Alfred Hitchcock va essayer d’explorer le subconscient de l’homme.

Un pari risqué pour l’époque, puisque non seulement c’était la première fois mais surtout parce que les effets spéciaux devaient être convaincants afin de ne pas partir dans un n’importe quoi incohérent. De ce fait, pour illustrer les cauchemars du personnage principal, le réalisateur a fait appel à Salvador Dali et on reconnait rapidement la patte du peintre. Entre des teintures pleines d’yeux, des roues de vélo molles ou encore des arbres distordus, tout correspond parfaitement à l’imagerie de Dali et finalement, tout cela correspond parfaitement à l’image que l’on peut se faire du rêve ou du cauchemar. Si ce passage a été écourté (il devait durer plus de vingt minutes au départ), il n’en reste pas moins marquant et s’imbrique parfaitement dans l’histoire. Une histoire qui bénéficie encore une fois d’une mise en scène sublime. Alfred Hitchcock va faire naître l’angoisse à plusieurs reprises et par des moyens différents. En premier lieu par la découverte du secret de cet homme malade, puis par des passages proche du thriller, comme ce moment où Gregory Peck descend des escaliers avec un rasoir à la main, en proie à ses démons et voulant s’en prendre à un ami de sa compagne. Ce moment est terrifiant et l’acteur absolument parfait. Mais c’est aussi une mise en scène qui ose, en atteste le dernier plan avec cette main qui se tourne vers la caméra pour tirer et Hitchcock n’a pas son pareil pour rendre cela iconoclaste.

Enfin, on pourrait croire en regardant ce film qu’Ingrid Bergman joue les ingénues, celle qui se fait avoir par les hommes, ou tout du moins qui se laisse faire. Or, comme à chaque fois chez Hitchcock, il n’en est rien et bien au contraire, c’est le personnage féminin qui mène la baraque. L’actrice, d’une beauté sidérante, va asseoir son autorité dès le départ, refusant un baiser sans esquisser le moindre geste, ou luttant pour son amour, allant même jusqu’à la porter pour le sortir d’un moment embarrassant. En faisant ainsi, le réalisateur montre à quel point cette femme est forte et ne se laisse pas importuner. On retrouve aussi sa malice à plusieurs reprises, comme dans le hall d’un hôtel où elle berne un détective, jouant d’intelligence pour retrouver la chambre de son amant. Elle incarne à elle seule la volonté de se battre et de trouver la vérité. Même sur la fin, elle prouve qu’elle n’a pas peur de la mort, jouant avec le feu et la vérité. Et si les autres acteurs sont impeccables, comme Gregory Peck ou Leo G. Carroll, c’est elle qui vole la vedette à tout le monde, comme elle a pu le faire sur Les Enchaînés.

Au final, La Maison du Docteur Edwardes est un film très plaisant et bien trop méconnu dans la filmographie d’Alfred Hitchcock. Il s’agit d’un thriller qui se sert de la psychanalyse pour raconter des choses, comme les tourments de la Seconde Guerre mondiale (qui vient à peine de se terminer à la sortie du film), en plus de placer des éléments d’angoisse ou d’amour à l’intérieur même du récit. Bref, un film complet et réussi, malgré quelques longueurs qui parsèment de-ci de-là le métrage.

Note : 16/20

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Par AqME

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