Comment c’est Loin

De : Orelsan et Christophe Offenstein

Avec Orelsan, Gringe, Seydou Doucouré, Claude Urbiztondo Llarch

Année : 2015

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Après une dizaine d’années de non-productivité, Orel et Gringe, la trentaine, galèrent à écrire leur premier album de rap. Leurs textes, truffés de blagues de mauvais goût et de références alambiquées, évoquent leur quotidien dans une ville moyenne de province. Le problème : impossible de terminer une chanson. À l’issue d’une séance houleuse avec leurs producteurs, ils sont au pied du mur : ils ont 24h pour sortir une chanson digne de ce nom. Leurs vieux démons, la peur de l’échec, la procrastination, les potes envahissants, les problèmes de couple, etc. viendront se mettre en travers de leur chemin.

Avis :

Orelsan est l’une des plus belles révélations dans le monde du rap et plus largement de la musique de ces dix dernières années et ça fait du bien, car on ne peut pas dire qu’on ait de quoi s’éclater ces derniers temps, peu de rappeurs ayant un réel intérêt et se démarquent des productions autotunés ou édulcorés. Bref, d’album en album, Orelsan a su s’imposer et devenir une figure incontournable. Puis après trois albums, dont un en complicité avec son pote Gringe, Orelsan surprend et passe au cinéma en tant que comédien, mais aussi réalisateur.

Ce film étonnant et que peu de monde attendait, c’est « Comment c’est loin« , un film qui oscille entre fiction et autobiographie. Très jolie surprise de la fin 2015, Orelsan livre alors un film bien plus réfléchi que la petite comédie qu’il laisse transparaître. Avec son regard précieux et unique, Orelsan nous entraîne dans un film mélancolique, qui questionne sur la recherche de soi et le quoi faire de sa vie. Un premier film étonnant qui saura faire autant rire qu’il interpelle. Un film qui ira même jusqu’à avoir des allures de road movie, perdu quelque part dans les rues de Caen. Bref, un premier film qui laisse transparaître un vrai regard d’auteur et non le caprice d’un rappeur qui se veut réalisateur.

Orel et Gringe sont deux jeunes qui approchent de la trentaine et qui enchaînent les petits boulots en attendant de percer dans le rap, sans trop rien faire. S’ils ont bien trouvé des producteurs, cela fait maintenant cinq ans que ces derniers attendent un morceau fini du duo. Cinq années longues et usantes qui viennent de toucher leur limite. Posant un ultimatum au duo, Orel et Gringe, s’ils veulent encore être produits, doivent alors proposer un titre fini dans 24H. Comment faire alors un titre en vingt-quatre heures, alors qu’ils n’ont pas réussi à le faire en cinq ans ?

Excellente surprise que ce « Comment c’est loin« . Premier film d’Orelsan, aidé à la réalisation pour l’excellent Christophe Offenstein (« En solitaire« ), « Comment c’est loin » est un film qui fait passer un très bon moment en compagnie de deux mecs quelque peu branleurs, qui se cherchent une volonté.

Mélangeant fiction et autobiographie, puisque les acteurs portent leurs vrais noms et le groupe de Les Casseurs Flowters existe bel et bien, Orelsan vise simple et efficace.

Ce qui est cool avec ce film, c’est le fait qu’Orelsan s’éloigne des clichés et ne nous propose pas un film qui évoquerait les jeunes de banlieue, la différence des classes ou encore ferait dans le social, élément qu’on trouve énormément dans le cinéma français actuel au point d’en avoir finalement fait le tour de la question.

Non, ici Orelsan nous propose de suivre ces deux mecs dans leur quotidien. Un quotidien un peu galérien, un quotidien qui manque de courage et qui se cherche sans vraiment essayer de se trouver. Sans prétention et sans jugement aucun, Orelsan filme et incarne l’un de ces deux galériens dans lequel chacun peut un peu se reconnaître. Que ce soit dans leurs fuites, leurs rêves, leurs sentiments, leurs peurs ou encore leurs envies, le jeune réalisateur offre deux portraits tendres et touchants. Deux portraits à partir desquels se dégage une certaine mélancolie, ainsi qu’une certaine finesse. D’ailleurs, si la réalisation alterne parfaitement entre des scènes de rap bien trouvées et surtout bien intégrées qui décrivent très bien l’instant de l’intrigue qu’Orelsan et Gringe nous racontent, et scènes plus « basiques », on remarquera que cette réalisation s’efface pour finalement laisser vivre et exister ses personnages. « Comment c’est loin » est un film qui fonctionne, tient, et prend en grande partie grâce à ce choix. Les personnages sont forts, ils sont simples, ils sont beaux, ils sont vrais et justes et il n’est nul besoin d’éclat derrière eux pour que le film prenne. Jolie mention pour les dialogues, très bien écrits avec plusieurs punchlines drôles et bien trouvées.

Si le réalisateur Orelsan est étonnant, le comédien l’est tout autant. Que ce soit lui ou son complice Gringe, le duo surprend dans leur naturel. Si parfois, ils leur arrivent de ne pas être toujours justes dans leur jeu, sur l’ensemble, il se dégage une certaine vérité touchante qui efface automatiquement les erreurs, face à cette sincérité que les comédiens dégagent. Puis dans la vie, on n’est pas forcément toujours juste et le film a très bien su capter et rendre ceci. Petite mention pour Sophie de Fürst qui est vraiment hilarante et confirme encore une fois tout le bien qu’on pense d’elle.

Bref, simple, triste et drôle, « Comment c’est loin » est une excellente surprise qui fait du bien et donne envie d’aller plus loin. Entre délires de potes, déboires amoureux, freestyles et punchlines, entre galère et création, avec cette première fiction, Orelsan livre un film qui donne envie de se bouger et d’essayer et c’est très bien.

Note : 16/20

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Par Cinéted

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