Butcher Babies – Lilith

Avis :

Formé en 2010, Butcher Babies est un groupe un peu à part dans le milieu  du metalcore ou du thrash, puisque non seulement le chant est assuré par deux filles, mais en plus de cela, le groupe est très hybride dans ses sonorités. A la fois brutal et sexy, très rapidement, Butcher Babies assoit une certaine assurance dans les shows, notamment grâce aux deux chanteuses qui jouent langoureusement de leur corps. Il faut dire que Carla Harvey sort du réseau pornographique et elle sait mettre ses atouts en avant. Mais finalement, la musique n’est pas une question de corps, surtout si l’aspect scénique passe au second plan, préférant largement la qualité des albums. Après un Take It Like a Man en demi-teinte, beaucoup bourrin et pas assez mélodique pour convaincre pleinement (même si certains morceaux étaient plutôt sympathiques), le groupe revient deux ans après avec Lilith dont les échos se vont assez discrets. Est-ce mauvais signe ? Le groupe change-t-il de fusil d’épaule afin d’être un peu plus mélodique ? Résolument oui, puisqu’avec cet album, les deux jeunes femmes s’essayent au chant clair (sans pour autant oublier le growl) et offrent certaines compositions assez intéressantes, malgré un album un peu court (il ne dépasse pas les quarante minutes) et une certaine redondance au bout de plusieurs écoutes.

Le skeud débute avec Burn the Straw Man et l’introduction est relativement déroutante puisque l’ouverture se fait avec des maracas. Cela dure quelques secondes avant de lancer des riffs assassins et bien lourds, mais on sent déjà un petit changement dans le groupe. Le morceau ne sera pas forcément le plus synthétique de ce changement puisque le titre est très violent malgré un refrain efficace et entêtant. Le problème, c’est qu’encore une fois, ça manque de variations et de breaks accrocheurs. Ce que l’on ne retrouvera pas forcément avec le titre éponyme, car même s’il commence sur les chapeaux de roues, Lilith essaye d’introduire des moments plus calmes avec un chant clair plus important, notamment lors du « pré-chorus », avant malheureusement de retomber dans une redondance pénalisante au niveau du refrain, beaucoup trop lourdingue. Fort heureusement, le titre possède un break en chant clair très bien foutu qui montre toutes les facultés des deux meneuses. Néanmoins, cette violence semble inhérente au groupe, notamment avec des titres comme #iwokeuplikethis qui n’a que peu d’intérêt ou encore Controller et POMONA (Shit Happens), deux titres qui vont très vite, qui ont un petit côté punk hardcore, mais qui, musicalement, n’apporte rien de bien neuf ou innovant. Alors oui, ça va vite, ça dépote, ça récure bien les oreilles, mais ça manque d’âme et donc d’intérêt. Et dire Fuck ou Shit à répétition n’est pas une nouveauté ou une marque de rébellion, mais pour ça, il faut connaître The Exploited.

Néanmoins, certains titres marquent un changement profond au sein de la formation avec des morceaux plus « mainstream » et qui alternent avec intelligence les growls et les chants clairs. Le plus symptomatique de cet état, c’est Headspin, qui fut le second morceau choisi pour vendre l’album. Le titre est très accessible malgré une certaine virulence dans les riffs, mais c’est surtout son refrain qui va marquer les esprits, notamment grâce à un chant clair parfaitement maîtrisé et qui reste dans la dynamique du groupe. Certes, c’est catchy et bourrin, mais ça fonctionne parfaitement. On peut aussi évoquer le titre Korova qui est dans la même veine avec un petit côté épique au niveau de l’introduction au clavier, même si cela n’apporte rien de bien intéressant au niveau de l’ambiance, qui est aussitôt effacée une fois les guitares sur le départ. Cependant, là aussi, c’est le refrain qui permet au titre de gagner des galons et de devenir l’une des pièces importantes de cet album, montrant une alternance maline, permettant une échelle de valeur juste au niveau du chant. D’ailleurs, l’autre gros point positif sur ce skeud, c’est que les deux chanteuses sont sur un pied d’égalité, car si Carla officie dans le growl grave, Heidi est plutôt sur le chant crié aigu et cela permet à l’une comme à l’autre de ne jamais prendre le dessus. Enfin, on peut aussi citer Oceana qui est un titre plus travaillé qu’à l’accoutumée, offrant une vraie atmosphère et une construction plus complexe. Il est d’ailleurs dommage que tout l’album ne soit pas de cet acabit.

Au final, Lilith, le dernier album en date de Butcher Babies, est un peu mieux que le précédent même s’il reste dans la même veine, à savoir du gros son bourrin et des growls surpuissants parfois un peu pénibles. Néanmoins, le groupe essaye de se renouveler en offrant quelques titres plus accessibles, plus complets, permettant une variation salvatrice au sein du skeud. Il est juste dommage que le groupe n’arrive pas à créer une ambiance particulière autour de leurs compositions, si ce n’est jouer sur l’atout charme des deux chanteuses, prenant des allures de poseuses assez désagréables dans les clips ou sur scène. Bref, Lilith reste un album sympathique commençant peut-être une mutation au sein du groupe.

  1. Burn the Straw Man
  2. Lilith
  3. Headspin
  4. Korova
  5. #iwokeuplikethis
  6. The Huntsman
  7. Controller
  8. Oceana
  9. Look What We’ve Done
  10. POMONA (Shit Happens)
  11. Underground and Overrated

Note : 14/20

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Par AqME

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