Bernie

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De : Albert Dupontel

Avec Albert Dupontel, Roland Blanche, Roland Bertin, Hélène Vincent

Année : 1996

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Quand il quitte l’orphelinat, Bernie Noël est âgé de trente ans. Il n’a qu’un seul but : connaître ses origines. Commence alors un parcours semé d’embûches pour ce garçon névrosé et déconnecté du monde réel qui va semer le désordre partout où il passera.

Avis :

Dans l’univers de la comédie, celle qui fait rire, ou qui essaye, pas la dramatique qui fait pleurer dans les chaumières et dont la France s’est fait une spécialité, il y a deux types d’univers. Il y a celui qui ne propose que des scènes cocasses ou des situations plus ou moins drôles et qui tente de faire rire par son sujet ou par un traitement loufoque. On retrouve de très bons films comme Les Visiteurs et beaucoup de merdes. L’autre univers est celui qui tend vers le burlesque tout en dénonçant quelque chose, en cherchant des thèmes sociétaux importants et en les implanter dans quelque chose, ou de déjanté et poétique, ou de carrément barré et cynique. Albert Dupontel est un acteur génial, mais aussi un réalisateur talentueux. Il commence sa carrière derrière la caméra avec Bernie, film qui nous préoccupe aujourd’hui et qui impose un univers graphique et narratif propre à sn créateur. Mais le film est-il bon ? Retour sur cette comédie douce amère acide.

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Le plus chiant avec les oiseaux, c’est le bec!

L’histoire est assez glauque dans son ensemble et s’insère dans une situation sociétale compliquée et qui oublie certaines minorités. Bernie Noël est un orphelin qui vit depuis 18 ans dans un orphelinat. Il n’est jamais sorti de ce lieu et ne possède vraisemblablement pas les moyens intellectuels pour s’en sortir dans la société. Néanmoins, un beau jour, il dépose sa démission et souhaite quitter l’orphelinat pour retrouver ses parents. Aux yeux de la loi, le directeur est obligé de s’en séparer et le laisse donc partir avec son argent accumulé. Bernie va alors remonter le fil de sa vie et découvrir les lois de la société pour mieux s’en affranchir, ses parents pour mieux les détruire et l’amour. C’est sur cette base de départ, se focalisant sur les déboires de l’enfance, thème très cher à Dupontel, que le film démarre. Alors il est vrai que le métrage est très différent des comédies françaises classiques. Déjanté, et c’est le moins que l’on puisse dire, le film va chercher des situations cocasses et improbables, pour mieux montrer la détresse humaine et la déchéance d’une société qui ne se tourne plus vers l’humain. Avec des moments forts comme l’attaque de la maison du notaire, qui dénote totalement avec les retrouvailles père/fils dans une décharge public, on voit que la différence des classes est l’un des messages forts du film. Mais finalement, le film n’est pas seulement une succession de scènes drôles et burlesques dénonçant une société qui va mal, c’est aussi un drame touchant qui fait passer du rire aux larmes en quelques secondes. Car si le passage de l’oiseau et du crachage de bec est drôle, la découverte de la jeunesse de Bernie est plutôt dramatique et glauque, et la réalisation de Dupontel en devient touchante, ne montrant pas que du sale mais montrant un être qui ne se rend pas compte de la tristesse de sa jeunesse, ou qui préfère l’occulter pour voir l’avenir.

Mais en dehors aussi des situations, les portraits du film sont des caricatures affreuses mais surement plus vraies qu’il n’y parait. Ainsi, si Bernie est un jeune homme déséquilibré, schizophrène et paranoïaque, il découvre aussi une vie sauvage dans une jungle de béton à laquelle il n’est pas formé. Mais on retrouve aussi son père, un psychopathe sans abri qui ne parle pas beaucoup, mais dont on devine la folie au premier regard grâce au talentueux Roland Blanche. On retrouve aussi un alcoolique en fauteuil roulant qui survit grâce au job de sa fille toxicomane dont tombe amoureux Bernie, véritable pourriture qui profite d’un système et de sa fille. On y voit aussi une mère non aimante, personnage hautement détestable qui a pris gout au luxe ou encore le gardien de la cité qui ressemble plus à un SDF qu’à une personne qui bosse. Bref, tout ce petit monde se côtoie dans une atmosphère très amère qui brosse un portrait très dur de la réalité et de la société actuelle. D’autant plus que tous les acteurs sont excellents, de Dupontel qui est vraiment à son aise dans ce rôle déjanté à Claude Perron qui joue les filles toxicos à merveille. Hélène Vincent et Roland Blanche, qui sont les parents de Bernie sont vraiment excellents, notamment lors de la scène de bagarre dans l’appartement de leur fils. L’autre gros point fort du film provient des dialogues, à la fois hallucinants et percutants. Parfois surréalistes, comme lorsque la mère coupe la main droite du père et lui dit que la branlette est terminé et qu’il lui répond qu’il est gaucher, mais parfois très bien sentis comme lorsque Bernie que les cons sont faciles à repérer puisqu’ils ont un uniforme, ils sont l’essence même du film, le confinant entre rire et larme, notamment lorsque ce dernier se filme et ne sait plus quoi dire. On ressent un profond malaise et une naïveté poétique.

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C’est bien d’avoir des copains hyènes!

Au final, Bernie est un excellent film, une très bonne comédie déjantée mais qui dénonce et qui montre certains problèmes en les grossissant et en les caricaturant. Ainsi, bien loin des comédies sensuelles qui n’apportent rien au septième art à part un divertissement décérébré, le film de Dupontel fait réfléchir, amuse et peut faire pleurer, chose si rare de nos jours avec un cinéma binaire. Bref, un film hautement recommandable.

Note : 17/20

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Par AqME

TrasherNote de Trasher: 18/20 Un ovni cinématographique à l’humour ravageur. Albert Dupontel est un grand malade comme on les aime!

ServalNote de Serval: 16/20

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