La Lune de Jupiter – Inc(l)assable

De : Kornél Mundruczó

Avec Merab Ninidze, Zsombor Jéger, György Cserhalmi, Mónika Balsai

Année : 2017

Pays : Hongrie, Allemagne, France

Genre : Fantastique, Drame

Résumé :

Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu’il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Dr Stern qui nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent.

Avis :

L’avantage d’un festival comme Cannes, c’est qu’on peut toujours tomber au coin d’une salle sur un film complètement inattendu.

Le désavantage d’un festival comme Cannes, c’est qu’on a tellement l’habitude du sempiternel « cinéma d’auteur » dans ce qu’il a de plus rébarbatif, qu’on n’ose parfois pas s’aventurer dans des séances qui semblent sortir de l’ordinaire.

 

Aussi, lorsqu’on découvre au détour du programme un film hongrois, chronique sociale sur le difficile combat des réfugiés syriens en Europe, on se dit « rien de neuf », jusqu’à ce que le pitch explique que le héros se découvre des superpouvoirs.

Là, notre curiosité est piquée au vif.

S’agit-il d’un simple postulat en forme d’excuse pour ressasser les mêmes thèmes et la même réalisation lourdaude qu’on peut retrouver un peu partout, même à Cannes ?

Ou un croisement boulimique bancal qui cherche à manger à tous les rateliers ?

 

Hé bien cette Lune de Jupiter est une véritable expérience de cinéma.

Un film incroyable qui réussit l’incongru, marier la chronique sociale chère au cinéma européen à une thématique super-héroïque que n’aurait pas renié les américains.

L’histoire d’Aryan, jeune réfugié syrien qui traverse illégalement la frontière serbo-hongroise avec son père, et se découvre un pouvoir de lévitation quand il est malencontreusement abattu par un policier. Un pouvoir qui semble s’étendre à d’autres facultés, alors qu’un médecin le prend sous son aile et qu’ils se retrouvent tous deux recherchés par la police.

Oubliez les pétaradants nanars qui pullulent sur les écrans et les blockbusters bouffis qui suintent le CGI mal dégrossis (coucou Justice League), quand on donne à un véritable auteur, un de ceux qui savent que l’art doit prendre les tripes et pas la tête, quand un énergumène comme Kornél Mundruczó (le déjà très étonnant White Dog et son post-apo canin, récompensé à Un Certain Regard en 2014) un sujet de divertissement, voilà ce qu’il en fait.

Un savant mélange de cinéma social et de cinéma de genre, avec en filigrane un parcours presque christique qui questionne notre rapport à la religion. Aryan, qui se découvre des pouvoirs surnaturels, notamment celui de léviter et de guérir ses semblables, ne pourrait-il pas être un ange dans sa plus pure forme ? Loin de s’appesantir lourdement sur la question, le réalisateur brasse au contraire énormément de thèmes, la spiritualité, la culpabilité, l’immigration clandestine, le terrorisme, sans jamais se disperser (un sacré tour de force).

Et surtout il emballe ses séquences fantastiques avec un style et une grâce phénoménale, des scènes portées notamment par une caméra tellement libre et aérienne qu’on se demande vraiment comment certains plans ont pu être réalisés.

La première envolée d’Aryan, notamment, est un moment d’une beauté fulgurante qui transporte le spectateur dans une dimension que peu de films à grand spectacle ont été capables d’effleurer. Et le mieux dans tout ça, c’est que malgré les nombreuses séquences de lévitation, le film n’est jamais redondant, la visualisation du phénomène se renouvelant à chaque scène, tantôt suivant Aryan du sol, tantôt l’accompagnant dans les airs, ne filmant parfois que son ombre glissant sur un mur.

S’il n’oublie pas de raconter une histoire, sorte de double voyage initiatique entre un jeune garçon qui découvre le monde et un vieux briscard qui fait la paix avec lui-même, La Lune de Jupiter est presque un film sensitif et purement visuel, qui accumule les séquences qui impriment la rétine à jamais.

Il faut dire que sa réalisation impeccable arrive aussi à faire passer pour complètement naturel un procédé très utilisé ces dernières années mais souvent avec beaucoup d’artificialité : le plan-séquence. Effectivement, le film s’apparente presque parfois à une succession de plans-séquences sidérants à faire rougir Innaritu de honte (notamment une poursuite en voiture uniquement du point de vue du poursuivant, ou une scène finale effarante qui rappellerait presque le À toute épreuve de John Woo en moins pétaradant).

Quant à l’évocation du mythe du super-héros sur le mode intime, elle ferait pâlir de jalousie le Shyamalan d’Incassable, tant elle est fluide, douce et pertinente.

 

Bref, un film à voir de toute urgence, malgré une relative absence de péripéties (dans le sens divertissement du terme) qui emballera peut-être moins ceux que le cinéma d’auteur rebute habituellement. Si La Lune de Jupiter marie admirablement les considérations du « grand 7ème Art » avec un thème cher au cinéma à grand spectacle, le film reste une œuvre pas forcément facile d’accès, et loi, très loin de l’image du super-héros telle qu’on a l’habitude de la voir.

Note : 17/20

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par Corvis.

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