Le Musée des Merveilles – Coeur affamé n’a pas d’oreilles

De : Todd Haynes

Avec Julianne Moore, Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Michelle Williams, Tom Noonan

Année : 2017

Pays : États-Unis

Genre : Aventure, Drame

Résumé :

Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Avis :

D’un côté, nous avons Todd Haynes.

Réalisateur brillant, responsable de grands films comme Velvet Goldmine, Loin du Paradis ou I’m not there, il s’était éloigné du cinéma après ce dernier pour se concentrer sur la télévision, avant de revenir en 2015 avec Carol, en compétition à Cannes, et qui avait offert la palme à Rooney Mara, ex æquo avec Emmanuel Bercot.

Bref, une valeur sûre du cinéma d’auteur américain.

De l’autre, Brian Selznick.

Auteur de roman jeunesse à la notoriété toute relative (en tout cas en France), il explose en 2007 avec L’invention d’Hugo Cabret, bien vite mis en images par Martin Scorsese. Brûlant de son amour pour Méliès et Houdini, le livre et son adaptation lui ouvre en grand les portes d’Hollywood, qui lui propose d’écrire lui-même le scénario du Musée des Merveilles (Wonderstruck) tiré de son roman éponyme (retitré Black Out chez nous).

Entre les deux artistes, cela ne pouvait que coller, et on sentait déjà pointer la réussite.

Et malgré cela le résultat paraît étrangement lourd et anodin.

WonderStruck

Beaucoup plus fidèle à son modèle, beaucoup moins digéré et régurgité par son réalisateur que ne l’était Hugo Cabret, Le Musée des Merveilles commence pourtant de façon très opaque, et pendant presque 30 minutes on ne voit pas bien où le réalisateur veut en venir. En alternant l’histoire de Ben, un jeune garçon passionné de musées qui a récemment perdu sa mère et n’a jamais connu son père, en 1977, et celle de Rose, une gamine sous le joug de son père qui rêve de rencontrer une star du cinéma muet, en 1927, il multiplie les allers et retours et sème la confusion, d’autant plus qu’à chaque époque correspond une note d’intention.

Doucement colorée et parlant pour l’histoire de Ben, muet et en noir et blanc pour celle de Rose. Comme les films de leur époque respective, le segment 70’s est baigné de morceaux musicaux d’alors, et celui des années 20 d’une musique d’accompagnement, principalement au piano, qui palie à l’absence de son.

Un procédé original mais perturbant qui tend à perdre un peu le spectateur. Le fil rouge qui va relier les deux histoires finit par se dévoiler après une longue introduction : Rose et Ben vont tous deux commencer une odyssée à New-York à la recherche de quelqu’un, et tous deux sont sourds. Elle de naissance, lui après un accident survenu un soir d’orage.

Et le film de croiser les deux histoires à 50 ans d’écart, en accumulant les découvertes et les rencontres, jusqu’à ce qu’il devienne évident pour le spectateur que les récits sont liés autrement que par leur sujet similaire. Reste à découvrir de quelle façon.

 

Inadaptable du propre aveu de son auteur, Le Musée des Merveilles était attendu impatiemment par les fans, mais semble arriver un peu trop tard. Si l’émotion fonctionne plutôt bien grâce à l’économie de moyen (évidemment, quand on raconte l’histoire de personnes sourdes) et le jeu des acteurs, le scénario en lui-même s’avère plutôt convenu, en ce sens qu’il brasse des thèmes et des péripéties assez évidentes, qu’on a l’impression d’avoir déjà expérimenté. Classique dans son sous-texte (le deuil vu par les yeux d’un enfant, l’innocence contrariée, la découverte du monde), le roman de Brian Selznick dénotait surtout par sa structure et son concept formel. Plus encore que les deux époques qui s’entremêlent, il racontait une histoire peu linéaire qui prenait le temps de s’installer, et n’hésitait pas à bifurquer dans un long flashback, ici réduit (adaptation et budget oblige) à un simple diorama visuellement intéressant mais qui nous laisse sur notre faim.

Réécrit encore et encore pour satisfaire des producteurs qui veulent aller à l’essentiel et ne pas trop s’écarter du droit chemin, le récit donne souvent cette impression paradoxale de se précipiter et de piétiner à la fois.

Du coup, de son côté, Todd Haynes s’épanche, s’appesantit, fait durer des scènes dont on devine déjà le déroulement, avec une belle maîtrise du médium mais un certain manque de passion (là où Scorsese s’était littéralement lâché, presque un peu trop), ce qui donne un film pas désagréable, mais peu original, et un peu trop long pour ce qu’il raconte.

 

Restent les jeunes acteurs, Oakes Fegley (Boardwalk Empire, Peter et Eliott le dragon) et la débutante Millicent Simmonds (réellement sourde depuis l’enfance) qui font un travail impeccable, la toujours rafraichissante Michelle Williams, le toujours charismatique Tom Noonan, et bien sûr Julianne Moore, magnétique, impériale même quand elle ne dit pas un mot dans une poignée de scènes, que Todd Haynes retrouve pour la troisième fois et qui porte sur ses épaules la dernière partie du film.

Très touchant et simple, l’épilogue relève un peu le niveau d’une œuvre qui, tout en restant hautement regardable, aurait mérité un peu plus de folie et de risques de la part de ses instigateurs.

Note : 13/20

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par Corvis.

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