Boris – Dear

Avis :

Dans le monde du métal, les japonais ont toujours su tirer leur épingle du jeu, notamment grâce à des sonorités inédites, des mélanges qui fonctionnent bien et surtout, un goût du risque, n’hésitant pas à fournir des musiques qui sortent complètement de l’ordinaire. Le dernier phénomène en date est là pour en attester avec l’excellent groupe Babymetal, qui fait chanter des gamines de quinze ans. Parmi les groupes les plus prolifiques du pays du soleil levant, on peut citer Boris. Alors non, vous n’irez pas faire de soirée disco chez eux, puisque Boris est un groupe de Drone métal. Mais qu’est-ce que c’est me direz-vous ? Le Drone métal est un genre très exigeant qui laisse beaucoup de place au silence, au bourdon et à des séquences répétitives sur de longues durées de piste, pouvant aller de dix minutes à une demi-heure. Groupe phénomène dans leur pays, ils ont même collaboré en 2009 avec le réalisateur Jim Jarmusch, réalisant la bande originale du film The Limits of Control. La formation est revenue en toute discrétion cette année avec leur vingt-quatrième album, Dear, qui se pose comme un mélange étrange entre Post-métal, Métal Gothique et un pointe d’ambient pour fournir quelque chose d’à part, hors du temps et de l’espace et qui risque fort d’en dérouter plus d’un.

Le skeud débute avec D.O.W.N (Domination of Waiting Noise). Ce morceau est à l’image de ce qu’est le Drone métal. Peu d’accords, beaucoup d’espace, un sentiment d’angoisse envahit alors celui qui écoute, et on retrouve l’une des thématiques chère à ce genre, le vide. Car oui, quitte à faire de la musique minimaliste, autant qu’elle serve un sujet qui s’y prête, à savoir l’absence, le silence, le vide ou encore nos pauvres carcasses qui serviront ne plus à grand-chose dans quelques années. Alors certes, c’est très déroutant à écouter, car c’est long, parfois pénible, notamment lorsque le bourdon ou le larsen prennent trop d’ampleur, mais cela change de tout ce que l’on peut écouter, que ce soit dans le métal ou dans le musique en général. Le plus intéressant reste que le groupe fournit toujours quelque chose de lourd et qui arrive à prendre aux tripes. Autre exemple flagrant de ce genre, c’est Kagero, qui joue énormément avec les cymbales de la batterie, mais aussi avec la voix aigüe du chanteur, offrant une nette rupture entre les sons gras et saturés des grattes. On peut aussi citer Deadsong et son ambiance désespérée qui fait froid dans le dos et qui pourrait parfaitement rentrer dans la bande originale d’un film d’horreur. Dans le même style, mais avec des riffs puissants et lourds, on peut parler de The Power, même si structurellement, ça reste redondant et parfois même pénible. Ce sont les mêmes riffs qui reviennent sans arrêt et sans apporter aucune nuance. Bref, cet album est très déstabilisant par ce qu’il nous propose, parce que l’on n’a pas l’habitude à ce genre de métal, mais aussi parce que parfois, cela peut apparaître comme très facile à produire, même s’il faut reconnaître une ambiance anxiogène au possible.

Fort heureusement, le groupe va aussi fournir d’autres titres qui seront plus plaisants et qui sortiront un peu du Drone Métal, même si le bourdon fait partie intégrante de chaque morceau. Le premier morceau un peu plus « mainstream » est Absolutego et cela dès son début, avec une batterie plus rapide, un chant qui arrive rapidement et des riffs toujours aussi lourds et redondants mais au service d’une vraie mélodie. On peut aussi citer Memento Mori, un titre agréable, qui arrive à gérer l’aspect étrange du Drone avec une mélodie plus doucereuse, insidieuse, notamment dans sa fin très lente et susurrée. Ensuite, deux titres sortent de l’ordinaire. Le premier c’est Beyond, un morceau d’une grande mélancolie, qui démarre comme du Drone pure souche, mais qui arrive à finir en beauté, réussissant à livrer des émotions fortes et un solo absolument dantesque. Le second, c’est Biotope, un long titre qui fait irrémédiablement penser à du Drone, mais qui a l’intelligence de varier un peu ses riffs, de proposer une ambiance un peu plus onirique, tout en réussissant à en faire un long titre expérimental prenant et aérien. Enfin, difficile de passer à côté de la longue pièce qu’est Dystopia (Vanishing Point), durant plus de dix minutes et commençant avec un harmonica, continuant dans un minimalisme assumé mais beau et se terminant avec des riffs tonitruants et surtout, un solo sublime qui montre toute l’étendue des talents des musiciens.

Au final, Dear, le dernier album de Boris, est une expérience étrange et exigeante, qui peut aussi bien être déstabilisante comme excitante. S’appuyant sur un style minimaliste et parfois fainéant, le groupe fournit quelques pièces réellement exaltantes, arrivant à toucher au plus profond de notre être par une simplicité qui se perd. On regrettera simplement que bien souvent, l’album est très redondant et que certaines pistes comme Dear ou D.O.W.N. (Domination of Waiting Noise) semblent être de vastes fumisteries pour rallonger la durée d’un skeud déjà bien long. Bref, nous sommes là en présence d’un album étrange, envoûtant, parfois excluant, mais qui vaut certainement le coup d’oreille.

  1. O.W.N. (Domination of Waiting Noise)
  2. Deadsong
  3. Absolutego
  4. Beyond
  5. Kagero
  6. Biotope
  7. The Power
  8. Memento Mori
  9. Dystopia (Vanishing Point)
  10. Dear

Note: 14/20

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Par AqME

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