octobre 27, 2021

Sonar

Auteurs : Sylvain Runberg et Chee Yang Ong

Editeur : Glénat

Genre : Thriller

Résumé :

De nos jours, au large de la Sicile. Alice, plongeuse émérite, rejoint une équipe de chasseurs d’épaves pour explorer les fonds marins à la recherche du Sun Horse : un somptueux yacht de luxe des années 1960 renfermant une inestimable collection d’objets d’art. Mais la jeune femme, atteinte d’un mal étrange, va vite découvrir que, plus qu’une épave, le Sun Horse est devenu un repaire, un habitat, où vivent des créatures en embuscade. Des prédateurs qui font échos à d’anciennes légendes, partagées par les marins du monde entier, depuis des temps immémoriaux. Des êtres pourtant bien réels, qui vont semer la terreur et la mort pour protéger leur territoire…

Avis :

Créature de légendes qui trouve ses origines dans la mythologie scandinave, la sirène fait désormais partie de l’imaginaire collectif. Souvent au cœur de productions tout public, le danger qu’elle représentait dans les récits d’autrefois s’est rapidement édulcoré au profit d’une culture populaire bon marché. Pourtant, certains metteurs en scène et auteurs n’ont rien oublié des histoires de navigateurs où des êtres mi-femme mi-poisson entraînaient les hommes dans les fonds marins. En ce qui concerne le genre horrifique, on peut évoquer quelques modestes métrages tels que She-Creature, Nymph ou Siren. Influencée par le cinéma de genre, la collection Flesh & Bones présente avec Sonar un récit dans cette veine.

Autrement dit, Sonar possède une progression balisée qui offre peu de place à la surprise ou à l’imprévisibilité. Non pas que l’ensemble soit dénué d’intérêt, mais la linéarité générale propose une lecture sans fulgurances notables. Il n’est pas non plus question de rechercher une trame complexe ou alambiquée au possible. Pourtant, la récurrence de certains poncifs entraîne l’intrigue dans les affres du bis. La faute à des portraits trop vaguement esquissés au regard des intentions initiales. À savoir, développer une atmosphère propice à la paranoïa tout en entretenant le mystère principal. Force est de constater que la quatrième de couverture et les premières planches l’éventent d’emblée.

Le fait que certains membres de l’équipage soient victimes d’hallucinations auditives aurait pu concourir à alimenter une certaine tension sur le long terme. La montée en puissance des altercations démontre qu’il n’en est rien ou presque. Les futilités avancées y sont pour beaucoup. L’on notera surtout un rythme constamment entrecoupé par des passages qui traînent en longueur et dont la finalité tarde à se révéler. Mais c’est surtout la redondance de la trame qui alterne explorations sous-marines et affrontements à bord du navire qui pose problème. Malgré l’environnement glauque qui émane des profondeurs, la suggestion et l’aspect psychologique de l’ensemble ne fonctionnent guère.

De fait, l’on se désintéresse progressivement de l’intrigue. On parcourt les pages comme si l’on suivait d’un œil distrait un mauvais survival animalier. Ici, les attaques des sirènes se montrent latentes. Les créatures préférant laisser les hommes s’entretuer entre eux. Pourquoi pas ? Là encore, la violence – pourtant, la marque de fabrique de la collection Flesh & Bones – ne survient que trop tardivement pour remplir quelques vignettes. Quant au dénouement, il fait montre d’une rare stupidité et propose un épilogue trop évasif pour convaincre. La faute à des éléments intéressants et néanmoins mal exploités pour trouver une réelle explication.

Quant aux sirènes en elles-mêmes, leur apparence se révèle assez soignée. Leur physique, plus proche de l’animal que de la femme, évoque ce qui a pu être entraperçu dans le docufiction Sirène : Le grand complot et sa suite, De nouvelles preuves. À ceci près qu’elles tiennent davantage du serpent de mer que du poisson. Toujours est-il qu’une présence plus appuyée aurait permis de maintenir l’attention du lecteur. Ici, elles semblent surgir de nulle part en fin de parcours pour contenter le quidam en mal de sensations fortes. Comme pour la plupart des éléments qui régissent Sonar, cet aspect s’avance d’une manière étrange, pour ne pas dire maladroite.

Malgré ces bonnes idées de départ et la volonté d’entretenir une ambiance qui relève du ressenti et de la psychologie, Sonar ne parvient jamais à tenir en haleine ou à convaincre sur le long terme. En cause, des personnages caricaturaux et désagréables, des dialogues minimalistes et des séquences téléphonées qui égrènent une progression répétitive et pas forcément fluide. Il en ressort une lecture très moyenne qui ne prévaut que pour son aspect bis. Sa conclusion complètement déjantée n’est guère cohérente au regard de ce que le récit laissait escompté. À défaut d’être vraiment bâclée, une œuvre inaboutie, dont le potentiel demeure dans les profondeurs océaniques.

Note : 09/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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