novembre 30, 2020

Agnosia

De : Eugenio Mira

Avec Eduardo Noriega, Barbara Goenaga, Martina Gedeck, Félix Gomez

Année: 2010

Pays: Espagne

Genre: Thriller

Résumé :

Joanna Prats souffre d’agnosie, une étrange maladie neuropsychologique qui altère sa perception et sa reconnaissance des choses ou des personnes. Or elle est l’unique héritière d’un secret industriel de grande valeur qui lui vient de son père. La jeune femme devient donc l’objet de nombreuses convoitises, et même d’un odieux complot. Deux hommes vont se rapprocher d’elle pour l’aider ou la trahir, profitant de la confusion de ses sens pour lui arracher son secret…

Avis :

Depuis son avènement pleinement mérité sur la scène internationale et sa propension à alterner les gros blockbusters avec les films plus intimistes, Guillermo Del Toro est devenu une icône du cinéma fantastique, notamment en Espagne avec son légendaire Labyrinthe de Pan. Du coup, il semblerait que chaque nouveau film ibérique empreint de fantastique soit conseillé par le réalisateur mexicain, sorte de valeur sûre pour entrainer des ventes et des vues. Avec Agnosia, le côté communication frôle l’arnaque, ou tout du moins la tromperie. Vendu comme un film fantastique proche de L’Orphelinat de Juan Antonio Bayona, le métrage d’Eugenio Mira est en fait un thriller machiavélique se déroulant en 1899 dans une Espagne en pleine révolution industrielle. Du coup, quand on souhaite voir un film fantastique, on tombe de haut, malgré quelques points d’ancrage forts, mais qui sont surtout dus à une réalisation propre au cinéma transpyrénéens.

Le film raconte l’histoire d’une jeune femme qui est atteint d’agnosie, une maladie rare qui altère les sens de la vue. Elle évolue donc dans un monde flou où elle ne perçoit que les couleurs. Fille d’un riche industriel travaillant sur les lentilles pour faire des longues-vues ou des jumelles, elle va être utilisée par une femme d’affaire qui souhaite voler une formule pour créer une lentille puissante à greffer sur des fusils. Profitant de sa maladie et de la ressemblance entre son futur mari et un majordome, la femme d’affaire va mettre au point une machination impressionnante pour prendre ce dont elle a besoin. Comme on peut le voir, on est très loin du film fantastique promis. A la rigueur, on aurait pu avoir quelques sensations étranges si les sens altérés de la jeune femme étaient partagés avec le spectateur, mais ce ne sera pas le cas, ou alors en très peu d’occasion. Le film se focalise alors sur la machination et accentue inutilement son côté thriller avec des passages étranges et des hommes cagoulés pour rien.

Et c’est peut-être là la faiblesse de ce film. Il veut tellement mélanger les genres sans jamais y arriver, qu’il peaufine beaucoup trop son esthétique au profit d’une jolie histoire mais qui aurait mérité un traitement plus fin et surtout plus délétère. L’aspect fantasmagorique de l’agnosie n’est pas exploité, tout comme les sensations de la jeune femme malade. On nous dit qu’elle a développé d’autres sens, mais là encore, elle se fera avoir, n’arrivant jamais à faire la distinction entre son futur mari et le servant, pour lequel elle va ressentir de vrais sentiments. C’est assez dérangeant dans le sens où le métrage suit un chemin balisé et ne jouera jamais sur un double niveau de lecture, ou sur une machination dans la machination. Tout comme lorsque la manipulation se termine et que finalement, elle ne se rend compte de rien, pas même son futur mari, malgré des détails évidents au gré des discussions. Enfin, on aura bien du mal à digérer cette fin d’une grande tristesse, qui éveille en nous un sentiment de colère et d’injustice, mais dont le film se garde bien de nous satisfaire. On est frustrés, et c’est un sentiment assez désagréable.

Mais Agnosia demeure aussi un film réussi sur sa forme et sur sa faculté à faire passer des sentiments relativement forts. En premier lieu, la mise en scène est tout simplement splendide et est typique du cinéma espagnol, comme pour Les Yeux de Julia par exemple. Les couleurs choisies, alternant les teintes jaunes et noires, sont très belles et certains plans sont réellement iconiques. La prestation des acteurs est aussi impressionnante. Eduardo Noriega est comme à son habitude impeccable et est indéniablement l’un des meilleurs acteurs espagnols. Quant à Barbara Goenaga, elle est extraordinaire en jeune femme malade, mais heureuse de vivre et de découvrir l’amour. L’amour sera d’ailleurs au centre de l’intrigue et contrebalancera l’inhumanité de la riche industrielle voulant voler la formule de la lentille. Très manichéen dans son concept, le film s’attache tout d’abord à faire naître une forte empathie pour la jeune femme en perte de repères et c’est réussi. Le final sera d’ailleurs très touchant, d’une profonde injustice, mais aussi d’une grande humanité, laissant planer le doute sur la suite des aventures, mais surtout s’évertuant à démontrer que malgré nos différends, l’amour prend toujours le dessus. Un final splendide aussi sur sa mise en scène et cette fine neige qui tombe.

Au final, Agnosia est un film en demi-teinte. Mensonger lors de sa campagne de comm’, le vendant comme un film fantastique, le métrage d’Eugenio Mira est un thriller très dur, mettant en avant l’inhumanité de certaines personnes pour avoir de l’argent et le succès. Mais c’est aussi un film assez lent, qui prend parfois un peu trop son temps et qui laisse sur un sentiment de frustration et d’injustice, donnant un goût amer en bouche, comme une sensation d’inachevé. Bref, un film assez moyen en somme, mais qui mérite son coup d’œil pour son ambiance très forte et son appartenance à un courant espagnol avec une forte identité.

Note : 13/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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