octobre 24, 2020

Le Démonologue – Andrew Pyper

Auteur : Andrew Pyper

Editeur : L’Atalante/Points

Genre : Thriller, Fantastique

Résumé :

Le professeur David Ullman est considéré comme le spécialiste mondial de la littérature satanique, notamment grâce à la thèse qu’il a consacrée au Paradis perdu de Milton. Pourtant David, à l’inverse du poète, est loin de croire que notre terre est peuplée de millions d’âmes errantes, invisibles du commun des mortels.
Un jour, il est invité à Venise pour y attester d’un « phénomène » surnaturel. D’abord réticent, il cède finalement et s’y rend en compagnie de Tess, sa fille de douze ans.
Sur place, les manifestations paranormales dont il est le témoin font vaciller ses certitudes cartésiennes. Avec pour point d’orgue la disparition de sa fille. Sous ses yeux, Tess saute dans les eaux du Grand Canal, mais jamais ne réapparaîtra…
Il n’aura dès lors qu’une obsession : la retrouver. Mais tous ceux qu’il croise désormais semblent n’avoir guère plus de consistance que les âmes errantes que décrivait Milton…
Et s’il s’agissait de l’œuvre du Diable en personne ?

Avis :

Lorsqu’on évoque la possession démoniaque, on pense immédiatement au chef d’œuvre de William Peter Blatty dont l’adaptation cinématographique en offre une excellente représentation. Devenu une véritable référence, le thème a très vite connu de nombreuses déclinaisons plus ou moins notables. Dans le domaine du thriller, on songe surtout à Sire Cédric ou Michael Marshall pour mêler avec brio réalité et fantastique, le tout baignant dans une ambiance horrifique. La plume d’Andrew Pyper n’y est pas non plus étrangère avec Lost Girls. Avec Le démonologue, l’auteur du Marchand de sable va passer confirme sa prédilection pour un genre particulièrement délicat à travailler.

La difficulté principale provient du fait que le thriller impose un réalisme rigoureux, des investigations qui le sont tout autant, sans oublier des personnages emblématiques. Le fantastique ou l’horreur sont davantage prédisposés à explorer une irrationnelle terreur, un mythe issu de l’imaginaire collectif ou toutes situations extrêmes repoussant les limites du concevable. Les deux approches paraissent aux antipodes, même si certains ouvrages ont contredit cet état de fait à leur manière. On parlera davantage de complémentarité pour étayer la singularité d’une bonne intrigue et son oppressante atmosphère. Et les premières pages du présent roman semblent aller en ce sens.

La mise en place a beau se montrer un peu longue, l’exposition des personnages tend à dépeindre un quotidien banal pour mieux intégrer des éléments paranormaux. On se familiarise avec les différents intervenants, se prête d’intérêt pour l’érudition de David Ullman sur Le paradis perdu de Milton, avant d’entrevoir les mécanismes qui ébranlent tout ce beau monde. Encore une fois, le livre paraît en excellente voie s’il ne persistait pas certaines récurrences maladroites tant au niveau du rythme, de la construction générale du récit, de l’orientation narrative discutable ou encore des dialogues qui laissent perplexes.

À trop vouloir soigner l’ambiance et les personnages, l’auteur en oublie une progression crédible et pleine de suspense. Le démonologue, c’est avant tout l’errance de son protagoniste. Certes, cela est évoqué à maintes reprises pour des besoins obscurs. Néanmoins, cette errance se transforme en une dynamique cyclique qui lasse et ennuie au fur et à mesure que l’on égrène les pages. Entre une séance de possession classique à Venise et des rencontres plus ou moins fortuites au gré de ses pérégrinations, on tourne en rond. Un peu comme cette propension à décrire une scène, puis à enchaîner un dialogue qui résume à nouveau cette séquence sans y apporter la moindre utilité.

L’auteur ne sait pas comment illustrer la suite de son livre par des échanges concrets et vivants. En ce sens, les indices propres à faire avancer l’histoire surviennent inopinément pour justifier la poursuite de la quête. Les allusions au Paradis perdu se font surtout à mi-chemin du parcours et se cantonnent uniquement à des citations éculées et des interprétations faciles. Sans grand risque ni approfondissement, le décor de fond est interchangeable et ne présente qu’un intérêt minime. La priorité étant de convertir un sceptique convaincu aux dogmes et croyances qui relèvent de la foi et non de la raison.

Et pour cela, l’auteur effectue une pirouette magistrale après s’être pris les pieds dans le tapis. Il n’est guère évident de distinguer le point de bascule. Parfois, on pense le placer après la disparition de Tess, sa fille. Parfois en dernière ligne droite ou encore quand son enlèvement survient au début de l’histoire ! D’ailleurs, le dénouement part en roue libre et sombre dans des propos douteux qui contredisent à leur tour ce qui a été évoqué précédemment. On laisse des portes ouvertes. On en claque d’autres sans aucune finesse. Bref, cela demeure très confus et peu convaincant pour présenter une intrigue maîtrisée.

Au final, Le démonologue s’avance comme un thriller horrifique surestimé et globalement décevant. Malgré un style qui soigne l’ambiance et la caractérisation de ses personnages, le récit contemplatif délaisse toute trace de suspense pour se complaire dans une lénifiante progression et des dialogues redondants. Si le côté fantastique n’est nullement édulcoré, l’ensemble reste mal orchestré, voire incohérent à certains égards. On aurait apprécié que l’approche psychologique soit mise en valeur plutôt que de parcourir les regrets et les souvenirs d’un nostalgique qui se déconstruit et se perd dans ses propres tourments. Un roman qui préfère une abstraction toute brouillonne au développement de ses thématiques.

Note : 09/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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