avril 16, 2021

Au Revoir là-haut – Albert Dupontel sur le toit du monde

Titre Original : Au Revoir là-haut

De: Albert Dupontel

Avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Niels Arestrup, Laurent Laffite, Émilie Dequenne, Mélanie Thierry, Kyan Khojandi, Michel Vuillermoz

Année: 2017

Pays: France

Genre: Historique/Comédie dramatique

Résumé:

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire..

Avis:

Il est coutume de dire qu’avec Albert Dupontel, un film sur deux fait un bide et l’autre est un triomphe. La réalité est un peu moins manichéenne que ça, mais si l’on regarde sa filmographie de réalisateur, on constate que Bernie était culte dès sa sortie, que Le Créateur n’avait pas fonctionné, qu’Enfermés dehors était un joli retour en grâce, que Le Vilain n’avait pas fait d’étincelles, et enfin que 9 Mois ferme avait plutôt réussi son pari.

Ce qui indiquerait que ce Au Revoir Là-haut aurait toute les chances de ne pas trouver son public.

Il y a pourtant toutes les chances que ce nouveau film casse le leitmotiv et fasse un tabac, tant il regorge de qualités et d’éléments enthousiasmants.

 

Pour la première fois de sa carrière, Dupontel n’est pas le seul maître à bord de son histoire, puisqu’il adapte le multi-récompensé roman éponyme de Pierre Lemaître, et cela lui réussit très bien. Sa boulimie cinématographique virtuose canalisée pour un récit de chaos contrôlé, il ne laisse pourtant pas de côté ses velléités de trublion au profit d’une adaptation académique qui porterait le poids de l’Histoire sur son dos. De toute façon, le film ne lui en aurait pas donné l’occasion, puisque le roman picaresque dont il est issu est à l’opposé des livres historiques amidonnés et révérencieux, plein de fougue et d’impertinence.

Aussi, passée une introduction qui lance le film comme un flashback, dès la première image du générique, alors que l’on suit un chien militaire dans les décombres des tranchées d’une Drôle de Guerre au bord de l’Armistice, on sait que le réalisateur a pris son sujet à bras le corps sans rien perdre de sa maestria visuelle.

Le style est ample et plein d’idées, beaucoup fluide et reposé que de coutume, si l’on se fie aux délires parfois presque épileptiques de ses précédentes œuvres.

Dupontel calmé, mais pas assagi, loin de là. Il n’y a pas une seule scène qui soit similaire à la précédente, le rythme est tantôt poétique, tantôt échevelé, on passe du rire aux larmes et à l’émerveillement, on suit un discours à la fois révolutionnaire et respectueux de certaines valeurs, bref le réalisateur utilise tous les moyens humains et matériel à sa portée, pour ne pas seulement retranscrire sur grand écran le roman original, mais surtout lui donner toute la fougue visuelle (et musicale) qu’une telle histoire méritait.

L’histoire, puisqu’on en parle, et pour ceux qui ne la connaissent pas, et celle d’Édouard Pericourt, héritier de la haute bourgeoisie, dessinateur fantasque rejeté par son père, et d’Albert Maillard, humble comptable. Leur rencontre dans les tranchées, juste avant l’Armistice, scellera leur destin respectif, puisque le premier sauvera le second d’un trou d’obus, perdant la moitié basse du visage au passage.

De retour à la vie civile, laissés pour compte, alors qu’Édouard s’est fait passer pour mort auprès de sa famille pour ne pas avoir à y retourner, ils s’installent ensemble, et décident de monter une arnaque d’actualité : vendre aux municipalités des monuments aux morts qui n’existent pas. Alors que de son côté, leur ancien lieutenant, sanguinaire et égocentrique, amasse une petite fortune en vendant aux familles des morts au combat des cercueils plein de terre et de cailloux.

Et ce n’est là que la base d’une histoire qui foisonne littéralement, comme un véritable thriller, de coups de théâtre, de fausse-pistes, et de circonvolutions scénaristiques. En ces temps de canevas simplistes artificiellement gonflés d’introspection masturbatoire, de dialogues qui n’en finissent pas ou d’orgies de péripéties vomitives, Au Revoir là-haut sait aller à l’essentiel avec efficacité pour accumuler les changements de direction. Il sait trouver l’image ou le mot juste pour faire évoluer ses personnages et provoquer l’émotion en un temps record, et au sortir de la salle, on s’aperçoit qu’il s’est passé plus de choses (et plus de choses intéressantes) dans ce film de deux heures que dans certains qui en font 40 minutes de plus.

 

Les scènes sont d’une fluidité exemplaires, gorgées de trouvailles visuelles, et pourtant les qualités formelles ne prennent jamais le pas sur le jeu incroyable des comédiens. Si Albert Dupontel se met une fois de plus en scène dans le rôle « principal » (ici celui du narrateur de l’histoire), il s’efface presque derrière ses acolytes, se donnant plus des allures de Maître Loyal que de véritable héros.

Car le héros dans l’histoire, extravagant, furieux, à fleur de peau, et un peu traumatisé par sa condition, c’est Édouard. Que ce soit ses grands yeux bleus, sa gestuelle souple, les masques qu’il se crée pour cacher son infirmité, tout son apparat lui donne un charisme et une aura incroyables. C’est le peu connu Nahuel Pérez Biscayart qui entre dans la peau du personnage, avec tellement de talent qu’on se demande comment on ne l’a pas aperçu avant, lui qui s’est fait connaître en 2010 dans Au Fond des bois de Benoit Jacquot, et qui était déjà plus tôt dans l’année à l’affiche de 120 Battements par minute de Robin Campillo.

À leurs côtés, une clique d’immenses comédiens dont Albert Dupontel s’est une nouvelle fois entouré, immenses surtout car pour certains, moins prompts à provoquer l’émoi, on ne les a jamais vu si convaincants et touchants.

Niels Arestrup continue son jeu bien rôdé de vieux briscard stoïque et implacable qui révèle un cœur sous sa carcasse quand elle se fêle, et Laurent Laffite est un délicieux salopard égocentrique, vénal, manipulateur, qu’on adore détester et qu’on veut voir chuter dès le début du film.

Émilie Dequenne confirme qu’elle prend de l’assurance en même temps que de la bouteille, mais c’est surtout Mélanie Thierry qui se révèle incroyable dans ce rôle de soubrette fragile qui tape dans l’œil d’Albert.

Ajoutez à cela le toujours impeccable Michel Vuillermoz et l’inattendu Kyan Khojandi en seconds rôles, et vous avez un casting complet qui sait donner aux scènes un cachet parfois hilarant, parfois mordant, parfois extrêmement touchant.

 

Bref, si l’on peut s’attendre à ce que les fans du livre restent sur leur fin (car même sans le connaître on sent à la vision du film que l’adaptation a été compliqué et qu’elle ne peut pas retrouver toute la profondeur de son modèle), il reste qu’Au Revoir là-haut se place parmi les meilleurs films que vous verrez cette année, une pièce montée foisonnante mais toujours digeste qui vous laissera des étoiles dans les yeux, et la certitude qu’Albert Dupontel est depuis 20 ans une valeur sûre du cinéma français.

Note : 18/20

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par Corvis.

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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