novembre 30, 2020

The Meyerowitz Stories – Notre Belle Famille

Titre Original : The Meyerowitz Stories (New and selected)

De: Noah Baumbach

Avec Dustin Hoffman, Ben Stiller, Adam Sandler, Emma Thompson, Grace Van Patten, Elizabeth Marvel

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie dramatique

Résumé:

Dans ce drame familial plein d’esprit, trois enfants déjà grands et leur père, un artiste new-yorkais grincheux, tentent de démêler leurs relations compliquées.

Avis:

Si l’on vous parle de Noah Baumbach, vous allez peut-être hausser les sourcils en vous demandant quel est cet énergumène qui cite un réalisateur complètement obscur.

Effectivement, si le new-yorkais est loin d’en être à son coup d’essai, ses films sont restés en France plutôt confidentiels.

Pourtant, avec Les Berkman se séparent porté par Jeff Daniels, Margot va au mariage avec Nicole Kidman, Greenberg interprété par Ben Stiller, Greta Gerwig et Jennifer Jason Leigh, ou encore Mistress America, le réalisateur-scénariste avait toutes les cartes en main, et le talent nécessaire, pour faire son trou dans le milieu du cinéma indépendant.

Mais c’est pour sa deuxième casquette qu’on va le connaître (ou en tout cas ses films), puisqu’il a co-écrit avec Wes Anderson La Vie aquatique et Fantastic Mr Fox, et qu’il est responsable du scénario de… Madagascar 3.

Malgré tout cela, et malgré la présentation du film à Cannes en compétition officielle, The Meyerowitz Stories est sorti dans l’indifférence générale le 13 Octobre dernier, uniquement sur Netflix.

Sans réelles informations sur le passif du cinéaste et au vu du sujet, on pourrait craindre un pensum lénifiant, et si l’on fait l’effort de visionner le film, c’est plutôt pour son casting haut de gamme.

Pensez-donc, Dustin Hoffman, Emma Thompson, Ben Stiller et Adam Sandler réunis devant la caméra, voilà qui a quelque chose de très intéressant. Pour parler personnellement, grand bien m’en a pris, et je peux dire sans réfléchir que je suivrais avec attention la suite de la carrière du bonhomme. The Meyerowitz Stories est une comédie d’une finesse délicieuse qui, dans le soin apporté aux personnages, les dialogues ciselés, le jeu de ping-pong verbal, le soin apporté à l’ambiance musicale et le cadre new-yorkais (le réalisateur est né à Brooklyn, il connaît sa ville sur le bout des doigts et ça se sent) rappelle par certains aspects le cinéma de Woody Allen.

Avec une pointe de Judd Appatow pour le côté émotionnel et la peinture d’un groupe de misfits chers au réalisateur de 40 ans, mode d’emploi.

Centré autour d’une famille dysfonctionnelle qui baigne dans l’artistique (le père est un sculpteur à la retraite qui n’a jamais connu le vrai succès, un de ses fils est un musicien au chômage et divorcé qui a abandonné son art, la petite fille, quant à elle, entre dans une Fac d’Art pleine d’espoir et de volonté…), le film se joue des classiques règlements de compte un peu intellectualisant pour brasser avec subtilité beaucoup de thèmes forts. La nostalgie du temps passé, les regrets, la frustration de l’artiste restée dans l’ombre, et une certaine mélancolie de la vie.

À l’adulte moyen à l’existence déjà bien entamée (dans tous les sens du terme) comme à la jeune pousse qui craint de marcher dans les pas de ses aînés, le film parlera forcément, avec beaucoup d’acuité et de douceur.

À l’artiste accompli, raté, ou en devenir, il serrera le cœur, tant les séquences sonnent juste et mettent en perspective une réalité qui parfois fait mal. Dans un univers d’apparence et de notoriété, l’art est une passion qui porte rarement ses fruits.

 

Construit en chapitres centrés sur autant de personnages ou d’événements en particulier, The Meyerowitz Stories réussit par petites touches, et avec beaucoup d’humour, à décrypter les relations familiales dans toute leur complexité et leur humanité. On sent un amour profond pour ses personnages dans le scénario et la réalisation de Baumbach, et il s’en dégage une véritable émotion, sans pour autant oublier d’être toujours drôle et parfois un peu décalé.

En ce sens, le film ressemble un peu à une version sobre, plus douce, des œuvres de son compère Andersonla Famille Tennebaum en tête (déjà avec Ben Stiller).

Quant aux acteurs d’ailleurs, si on a pris l’habitude de voir Ben Stiller dans des rôles plus denses et subtils, loin de son image habituelle de gaffeur neuneu (ce qui lui réussit très bien), il est en revanche plus rare de découvrir Adam Sandler de cette manière. Lui qui, en dehors de films tellement codifiés qu’ils sont devenus une marque déposée d’« Adam Sandler movies », n’avait peu ou prou brillé que dans Funny People (et encore, quelque part dans son propre rôle) et le Punch Drunk Love de l’autre Anderson, il trouve peut-être ici le rôle de sa vie, et prouve qu’il est un véritable acteur complet.

Le fait est qu’avec le recul, on aimerait le voir plus souvent dans ce genre de film.

 

Enfin, Emma Thompson, en alcoolique baba cool, est impériale comme à son habitude, et Dustin Hoffman confirme qu’il devient de plus en plus pointu dans ses choix d’acteur avec l’âge, là où certains comme Robert De Niro s’engouffre dans la série de troisième zone et la gaudriole facile avec un entrain qui frôle le gâtisme (Dirty Papy et autres L’Instinct de tuer en tête).

 

Bref, alors qu’on attendait pas grand-chose d’un film qui sentait fort la masturbation intellectuelle, un pensum arty new-yorkais qui ne reposerait que sur le charisme de ses interprètes, The Meyerowitz Stories s’avère une superbe surprise, fraîche, touchante, hilarante et très intelligente, qui donne envie de rester plus longtemps en compagnie de ses personnages, et fait regretter le relatif anonymat de son réalisateur.

 

Note : 18/20

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par Corvis.

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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