Blade Runner 2049 – Plus Humain que l’Humain

De : Denis Villeneuve

Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Ana De Armas, Jared Leto

Année : 2017

Pays : Etats-Unis

Genre : Science-Fiction

Résumé :

En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…

Avis :

Le premier Blade Runner, signé Ridley Scott, a révolutionné la science-fiction moderne lors de sa sortie en 1982. Mélangeant habilement la science-fiction au polar, le film était une sorte de mix entre une enquête policière dans un monde dystopique et une réflexion sur la vie et ce que c’est que d’être humain. Implantant son décor dans une atmosphère désespérée et triste, Ridley Scott, sans jamais mâcher le travail du spectateur, et laissant toujours planer le doute sur la nature de chacun des personnages, livrait un réel travail de mise en scène et de questionnement profond. Il était donc suicidaire de vouloir faire une suite à ce film majeur, qui possède pourtant ses détracteurs, le trouvant trop lent ou trop prévisible (certains ont clairement un don de prescience). Et pourtant, lorsque Alcon Entertainement obtient les droits du premier film, de suite une idée de suite ou de préquelle vient germer dans l’esprit tordu des producteurs.

Il fallait donc trouver le bon réalisateur pour tenir un tel projet, mais aussi et surtout de bons scénaristes pour ne pas planter une thématique aussi forte que l’humanisme. Et c’est avec une certaine confiance que l’on retrouve ceux qui étaient à l’origine du premier métrage, à savoir Hampton Fancher, Michael Green et Ridley Scott. Puis arrive Denis Villeneuve, convaincu par le script et fort de son succès avec Premier Contact, un film de science-fiction lent, contemplatif, mais bouleversant et exprimant déjà quelques thématiques tournant autour de l’être humain. A partir de là, Blade Runner 2049 est devenu l’un des films les plus attendus de l’année, mais aussi les plus craints, la faute à un aîné culte et réputé intouchable. Verdict ?

Ce nouveau film, qui est directement une vraie suite au premier métrage, non pas un remake/reboot, possède bien des arguments pour lui, et finalement très peu de lacunes. Si on doit commencer par les défauts, on peut déjà dire que le film est très long. Durant 2h44, le film de Denis Villeneuve est en plus de cela très lent, et donc si on ne rentre pas dans l’ambiance voulue, il sera très dur de tenir sur la longueur. Ayant comme toujours un cinéma très contemplatif, le film peut laisser certaines personnes sur le carreau. L’autre point un peu noir dans ce tableau idyllique, c’est que le réalisateur nous mâche le travail de réflexion. Là où Ridley Scott laissait constamment planer le doute sur la nature même d’Harrison Ford (répliquant ou humain ?), ce nouveau film affirme directement ses choix, la nature des personnages, annihilant donc certaines réflexions sur les actions de certains protagonistes. On apprend directement que Ryan Gosling est un répliquant, proposant donc directement une réflexion sur le fait de tuer ses semblables, rejoignant le principe du meurtre chez les humains. De ce fait, Blade Runner 2049 peut sembler moins fort dans sa thématique principale, à savoir qu’est-ce qui définit un humain et l’humanisme. Quelle est la nature profonde de l’humanité ?

Mais Denis Villeneuve va explorer bien d’autres thématiques dans son métrage. En premier lieu, la première chose qui frappe dans ce film, c’est la solitude. Une thématique qui va se détacher du reste à travers le personnage de K, un répliquant Blade Runner que tout le monde évite, les robots étant mal vus par la population humaine, et qui est amoureux d’une intelligence artificielle, renvoyant à cette réalité virtuelle qui prend de plus en plus de place dans notre monde contemporain. Une solitude qui se caractérise aussi dans son métier, évoluant en solo et étant finalement un meurtrier de ses semblables. Les teintes du film, alors que K est tout seul, sont dans les gris, avec une pluie prédominante, renforçant la tristesse du personnage, dans un monde qui semble de plus en plus individuel et malsain. La preuve en est faite lorsque le personnage déambule dans un Los Angeles dépravé où les gens font l’amour avec des prostituées à travers des vitres à peine teintées. Et la réalisation lente et contemplative de Denis Villeneuve donne encore plus d’ampleur à cette thématique autour de la solitude.

Mais ce n’est pas tout. La thématique majeure du film tourne autour de l’humanité présumée des répliquants, notamment lorsque l’on découvre ce qui définit la nature même de l’être humain. Sans vouloir spoiler, le film tourne autour de la maternité, mais aussi des souvenirs et de ce qui définit l’humanité. Une réflexion importante, qui montre à quel point il est délicat de différencier le répliquant de l’humain quand on aborde des notions comme la mémoire et l’enfance. Le film se fait peut-être moins fort que son aîné parce que l’on sait la nature de tout le monde, mais il arrive à susciter de l’émotion à travers des personnages torturés et complexes. Et on ressent de l’empathie envers quasiment tous les personnages, Ryan Gosling en tête, complètement perdu dans une quête qui semble de plus en plus personnelle. Mais Ana de Armas (d’une beauté sublime) n’est pas en reste, étant une intelligence artificielle touchante, montrant tout son amour, mais aussi son incapacité à combler un vide physique chez les autres. On peut aussi citer Harrison Ford, qui semble tout de même bien fatigué, mais qui redonne un certain espoir chez le « héros », lui offrant un peu de compagnie, ce qui est symbolisé à l’écran par des couleurs chaudes. Le petit bémol viendra des méchants, et notamment de Jared Leto, surjouant un méchant christique, et sa compagne Love, même si elle garde quelques symboliques fortes, puisque c’est elle qui détruit l’amour entre Gosling et son IA (Love/amour).

Enfin, hormis des thématiques importantes et profondément humanistes, il reste la réalisation de Denis Villeneuve. Certes, le film est long et lent, mais il est d’une beauté sidérante. On retrouve, ce qui est une récurrente chez le cinéaste, de longs plans larges qui sont soulignés par des infrabasses, accentuant un sentiment de gigantisme et de solitude. Certains plans sont tout simplement sublimes, comme ce moment où le personnage principal découvre la planque de Rick Deckard, avec des statues immenses et une lumière chaude envoutante. Le réalisateur maîtrise son art et offre une œuvre hypnotique, techniquement irréprochable et avec des décors à tomber par terre. Une réalisation au service des thématiques abordées, comme ce moment touchant où l’IA pointe le héros du doigt, comme pour appuyer sa solitude. Bref, le réalisateur ne fait pas n’importe quoi et donne un film quasiment parfait.

Au final, Blade Runner 2049 est un grand film. Certainement moins puissant que le premier, mais tout aussi important dans ses thèmes et sa mise en scène, le dernier film de Denis Villeneuve est un petit bijou qui allie à merveille fond et forme pour offrir un petit diamant brut de la Science-fiction moderne. Un film qui fera date dans l’histoire du cinéma, malgré quelques points de détail, qui le rendent inférieur à son aîné, qui restera indétrônable.

Note : 19/20

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Par AqME

 

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