septembre 24, 2020

Faute d’Amour

Titre Original : Nelyubov

De : Andreï Zviaguintsev

Avec Alexey Rozin, Maryana Spivak, Marina Vasilyeva, Matvey Novikov

Année: 2017

Pays: Russie, France, Belgique, Allemagne

Genre : Drame

Résumé :

Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser… Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Avis :

Andrey Zvyagnitsev fait partie de ces nouveaux réalisateurs qui émergent peu à peu du cinéma russe. Cartonnant dans tous les festivals dans lesquels il présente ses films, on a pu le voir dans nos salles avec « Le bannissement« , « Elena » et bien sûr « Léviathan » sorti il y a trois ans et qui avait trouvé un petit succès chez nous. Se posant comme un observateur de son pays, Andrey Zvyagnitsev nous revient cette année avec l’affaire d’une disparition d’enfant.

Film majestueux dans sa forme, « Faute d’amour » s’avère aussi un film prenant dans son intrigue et surtout dans l’analyse de ses personnages et c’est à travers cette recherche étouffante que le réalisateur livre ici un film coup de poing qui ne vous lâchera pas.

Boris et Genia sont en train de divorcer et on peut dire qu’il ne reste plus grand chose de leur couple, tant ils sont en permanence en train de s’engueuler à chaque fois qu’ils se trouvent dans la même pièce. Chacun d’eux prépare sa nouvelle vie de son côté avec leur nouveau compagnon et dans ce tableau, aucun des deux parents n’a l’air d’avoir pris en compte Aliocha, leur fils de douze ans. Un matin, Aliocha disparaît… Fugue ? Enlèvement ? Ou pire encore ? Boris et Genia vont être obligés de mettre leurs différends de côté pour se lancer dans la plus angoissante des recherches.

« Faute d’amour » est un film saisissant qui va peindre avec horreur, narcissisme et d’une triste vérité la déchéance d’un couple qui dans son nombrilisme va mettre pas loin de deux jours avant de se rendre compte de la disparition de leur fils.

Film sombre, plongé dans une lumière sans vie, Andrey Zvyagnitsev nous emporte dans un film qui étouffera de douleur et tristesse celui qui s’y arrête.

« Faute d’amour« , c’est un scénario terrifiant qui développe un regard effroyable sur la société russe, et même sur le monde d’aujourd’hui. « Faute d’amour« , c’est ce fait divers qu’on retrouve trop souvent dans les journaux. C’est un regard terrible et trop vrai sur une société qui s’égare et s’oublie en se basant sur des éléments superficiels, comme cette foule, plus occupée à prendre soin de ce qui se passe sur des réseaux sociaux, au lieu de faire attention au monde qui l’entoure. Comme ce couple qui se déchire sans voir toutes les souffrances d’un enfant qui hurle de douleur en silence. Ce couple qui malgré la disparition de leur fils s’enverra des reproches à la place de se ressouder, se rejetant la faute l’un sur l’autre quitte à presque survoler les recherches que d’autres feront mieux qu’eux.

Bref, le scénario de « Faute d’amour » offre un regard dur et cynique qui ricoche et renvoie sur l’image d’un monde de plus en plus nombriliste. Tout comme il renvoie sur une société débordée, en manque d’effectif et de moyen. Une société où la police ne traite pas les disparitions d’enfants de suite, laissant au possible fugueur une dizaine de jours pour revenir, ce qui semble invraisemblable. Une société où ce sont les associations qui bénévolement pallient au manque d’effectif de la dite police.

Pour peindre ce triste monde, Andrey Zvyagnitsev a su mettre des mots terribles, mais il a aussi su mettre des images prenantes et des scènes bouleversantes. Sobre et percutant, « Faute d’amour » fait partie de ces films majestueux qui allient à la perfection le fond et la forme. C’est un film dur qui happe nos émotions, mais c’est aussi un film où l’on en prend plein les yeux devant des plans incroyables d’une grâce folle.

« Faute d’amour » ne fait pas dans le superflu. Ici chaque scène raconte quelque chose d’important. Chaque séquence sait prendre son temps tout en allant à l’essentiel. Bref, c’est tout simplement bluffant et ça nous change radicalement du cinéma actuel dont on a que trop l’habitude.

« Faute d’amour« , c’est aussi deux acteurs d’une très grande densité. Deux acteurs fabuleux de charisme, de haine, d’amour perdu ou oublié. Deux acteurs qui crèvent l’écran dont la confrontation ne pourra qu’être étouffante et l’issue glaçante ne laissera pas indifférent.

Peu à peu, au fur et à mesure de ses projets, Andrey Zvyagnitsev s’affirme comme le réalisateur russe à suivre. Ici, avec « Faute d’amour« , il ne fait pas que livrer un bon film qui mêle habilement « thriller » et suspens sur le sort d’un gamin. Avec « Faute d’amour« , Andrey Zvyagnitsev livre un grand film cynique et violent sur la société russe d’aujourd’hui. On en ressort tendu et bouleversé par cette histoire d’une triste réalité.

Note : 16/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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