Une Suite qui dérange : Le Temps de l’Action – DocumenTerre

Titre Original : Un Inconvenient Sequel : Truth to Power

De : Bonnie Cohen et Jon Chenk

Avec Al Gore

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Documentaire

Résumé:

L’ex vice-président Al Gore poursuit infatigablement son combat en voyageant autour du monde pour former une armée de défenseurs du climat et exercer son influence sur la politique climatique internationale. Les caméras le suivent en coulisse, saisissent des moments publics et privés, drôles et émouvants : alors que les enjeux n’ont jamais été aussi importants, il défend l’idée que les périls du changement climatique peuvent être surmontés par l’ingéniosité et la passion des hommes.

Avis:

Souvent, le documentaire écologique se pare de ses plus beaux atours pour mettre des étoiles dans les yeux des spectateurs et leur faire oublier leur quotidien morose fait de déchets industriels et de gaz d’échappement. La plupart du temps, les docs estampillés « Nature » sont même des documentaires animaliers sur de majestueuses ou mignonnes créatures, histoire de découvrir un peu la vie des autres êtres qui peuplent notre planète.

DisneyNature s’en ai fait une spécialité avec Un Jour sur Terre, Océans, Félins, Chimpanzés ou encore Grizzlis, et on ne compte plus les productions qui surfent sur la vague, que ce soit La Planète Bleue, La Planète Blanche, La Famille Suricate, Bonobos, Les Animaux amoureux ou bien sûr l’inégalable Microcosmos.

 

Parfois, les auteurs de tels documentaires prennent la voie d’une écologie plus générale, qui montrerait les merveilles de la planète pour nous apprendre à en prendre soin. On peut citer le fameux Home de Yann Artus-Bertrand, ou le récent Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, mais aussi Il était une forêt, Genesis, le dytpique Baraka/Samsara de Ron Fricke, ou encore la trilogie de Godfrey Reggio Koyaanisqatsi/Powaqqatsi/Naqoyqatsi.

 

Plus drastique, il y a ceux qui ont décidé que se voiler la face et ne penser qu’aux merveilles de la nature n’était pas toujours la bonne solution, et n’hésitent pas à ruer dans les brancards pour nous coller une vilaine réalité devant les yeux : La planète va mal, et c’est à cause de nous. Et détrompez-vous, il y en a bien plus qu’on ne peut le croire.

Du Cauchemar de Darwin au Syndrome du Titanic de Nicolas Hulot, de We Feed the World à La 11ème Heure produit par Leonardo DiCaprio, en passant par The Cove, L’Âge de la stupidité, Plastic Planet ou le Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau, les initiatives sont nombreuses, pertinentes et souvent terrifiantes, malgré les œillères placées sur le public grâce à une distribution au compte-goutte savamment orchestrée (c’est bien connu, on ne va pas au cinéma pour s’élever l’esprit mais pour être brossé dans le sens du poil).

Et puis il y a Al Gore. Ancien candidat à la présidence des Etats-Unis, militant acharné contre le réchauffement climatique, lauréat du prix Nobel de la Paix en 2007, s’il y a bien un homme dont l’aura et l’influence peuvent procurer à un film une plus large distribution et une réelle reconnaissance, c’est bien lui.

Et effectivement, lorsque sort Une Vérité qui dérange en 2006, fruit de longs mois (voire années) d’étude du réchauffement climatique et de nombreuses conférences sur le sujet par l’ex-vice-président, le succès est immédiat. Présenté à Sundance et à Cannes, il recevra l’année suivante l’Oscar du meilleur documentaire.

 

De l’eau polluée a coulé sous les ponts depuis, d’autres documentaires se sont engouffrés dans la brèche avec plus ou moins de succès, et 11 ans plus tard, le voilà qui revient avec la suite de son documentaire culte, logiquement intitulé Une Suite qui dérange, qui essaie encore et toujours de changer les mentalités envers le réchauffement climatique. Plus d’une décennie après l’original, le propos se fait toujours posément alarmiste, comme il semble parfois que les embûches s’accumulent devant les hommes de bonne volonté.

Cela étant, en continuant à suivre l’épopée d’Al Gore pour une meilleure compréhension et surtout une acceptation des problèmes écologiques actuels, le film réussit à se renouveler, et à renouveler son sujet.

 

Premièrement, si Une Vérité qui dérange était principalement pensé comme un message d’alerte lancé à la face du monde face au déni des politiques, sa suite se fait beaucoup plus optimiste. À travers les différents voyages et actions du narrateur vedette, le film montre les efforts actuels des différents pays et de leurs citoyens pour changer la donne, à travers les images des conférences d’Al Gore et de la COP21 notamment.

 

Ensuite, là où l’ancien homme politique était auparavant le maître de cérémonie d’Une Vérité qui dérange, il devient ici une véritable star, suivi par les réalisateurs dans tous ses déplacements, ses discours et ses tentatives de changer les choses, ce qui amène forcément un point de vue glorificateur puissamment orienté. Il est de tous les plans ou presque, sert de fil rouge continuel, et sauve régulièrement la situation. Il faut le voir convaincre une start-up écolo de fournir gratuitement le matériel adéquat à des pays en voie de développement pour débloquer les négociations. Tout ça, bien entendu, pour faire prendre conscience au spectateur que chacun doit donner du sien pour faire avancer les choses. Le final se transforme même en « appel à l’action » qui confine presque au prosélytisme.

Ceci dit, le jeu en vaut la chandelle, et c’est pour une bonne cause (et si l’on en croit ce documentaire, Al Gore a effectivement permis aux accords de la COP21 de se conclure malgré la réticence de l’Inde à abandonner ses énergies fossiles). Du coup plutôt que d’avoir le sentiment que les créateurs du film prêchent pour leur paroisse, on en ressort avec une foi redoublée en l’humanité, avec une furieuse envie de gambader gaiement, d’embrasser les gens autour de soi, et surtout d’applaudir Al Gore à s’en briser les doigts. Un homme dont la foi indéfectible lui permet de résister même à des événements aussi désespérant que l’accession de Trump à la présidence de son pays.

 

L’époque a beau être morne, et un énergumène orange à la coiffure improbable et aux décisions non-sensiques a beau être à la tête de la première puissance mondiale, pour tous les citoyens à l’ouverture d’esprit un tant soit peu large, monsieur Gore, vous resterez notre président de cœur.

 

Note : 16/20

 

par Corvis.

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