Brick Mansions

De : Camille Delamarre

Avec Paul Walker, David Belle, RZA, Catalina Denis

Année : 2013

Pays : France, Canada

Genre : Action

Résumé :

Détroit, 2018. Damien, policier expert en arts martiaux, est chargé d’infiltrer le dangereux ghetto de Brick Mansions. Sa mission : neutraliser une arme de destruction massive détenue par le gang de Tremaine, qui règne sur les lieux. Pour ce faire, Damien devra faire équipe avec Lino, un habitant du quartier qui connaît la banlieue comme sa poche… mais qui a surtout une affaire très personnelle à régler avec Tremaine.

Avis :

Faire des remakes, c’est la source inépuisable d’Hollywood pour piller des héritages de tout pays. Cependant, on notera que les américains aiment surtout reprendre certains de leurs vieux films pour les remettre au goût du jour et ainsi faire fructifier une bande de fans déjà solides. Ce qui est moins évident de prime abord, c’est de voir les français américaniser leurs productions. Si Les Visiteurs fut un échec retentissant et même gênant, et si certains de nos films vont avoir leur touche américaine comme Intouchables, Luc Besson, dans sa grande générosité, décide de prendre une de ses productions (ici Banlieue 13) et de la faire avec des acteurs américains et un réalisateur… français. C’est un peu compliqué comme ça, mais pour faire simple, Besson a grand besoin de thunes pour faire son prochain film, il reprend alors l’une de ses vieilles recettes françaises et la remet au goût du jour avec des acteurs américains, afin de pour l’exporter outre-Atlantique. Il en résulte donc Brick Mansions, un remake/reboot de Banlieue 13 qui capitalise sur la présence de Paul Walker, et qui finalement, devient l’une des pires choses que le cinéma puisse connaître.

Le pitch de départ est relativement flou. On ne sait pas à quelle époque on se trouve, ni dans quel pays et finalement, cette perte de repères nous empêche de rentrer de façon optimale dans le métrage, puisque même s’il nous semble que l’on évolue dans un milieu un peu futuriste, rien n’est là pour nous l’indiquer, si ce n’est les ghettos mis en place. Mais qu’importe avec les scénarios de Luc Besson, ce qui importe, c’est la poudre aux yeux, l’action non-stop et quelques séquences qui se veulent tape à l’œil. Et en ce sens, Brick Mansions remplit son cahier des charges. Seulement, l’écriture du métrage est d’une faiblesse rare qui ne fait que jouer avec les clichés. Durant tout le métrage, les blacks, les mexicains, les arabes, tous sont des criminels aimant manier le fusil à pompe, découvrant des dents pleines d’or et n’ayant pas une seul livre sous la main. Identifié d’emblée comme des méchants, le film ne va jamais se remettre en question pour essayer de retourner tout le monde sur un twist final lamentable. Seulement, rien n’excuse ce maniement des armes, ces meurtres volontaires ou encore cette violence exacerbée. Au contraire, la fin trouve une excuse et tente, maladroitement, de trouver des excuses pour justifier un tel comportement.

La fin, d’ailleurs, revenons-y, même si l’on est encore en début de chronique. Comme pour Banlieue 13, il n’y a guère de surprise et c’est sur l’image politique que le film va taper. En gros, le maire veut éradiquer les quartiers populaires avec une bombe en faisant porter le chapeau au chef des gangsters. Essayant de retourner son film avec un twist prévisible et lamentable, le film va se vouloir populaire après avoir été raciste sur toute sa longueur. Non seulement c’est du populisme à deux balles, mais en plus de cela, c’est vraiment mal amené, ne créant pas de grand méchant et réduisant le rôle de RZA que l’on croyait être le vilain de l’histoire. En seulement deux minutes, le type pense du nabab de la drogue au plus mignon des bisounours, et c’est d’une tristesse infinie.

Mais ce n’est pas tout, puisque rien ne va dans ce film. Et notamment la relation entre Paul Walker et David Belle. Lorsque les mecs se rencontrent, au lieu de se donner leur objectif, qui est le même, ils préfèrent se mettre sur la gueule pour prendre un van. La situation est grotesque et voit très bien qu’elle n’est là que pour apporter une nouvelle scène d’action percluse de non-sens. Par la suite, les deux compères font se décider à faire équipe pour réussir leur mission, motivés par des ambitions différentes. Pour l’un, la lutte contre la drogue, et pour l’autre, la vengeance de son père. On nous rabâchera tout du long que la vengeance ne peut pas se substituer à la justice, essayant de véhiculer un bon message pour les crétins qui vont mater le film (puisque de toute façon, en faisant ce film, les producteurs pensaient bien avoir des jeunes des banlieues dans les salles obscures, les considérant comme tel), mais cela n’est rien d’autre qu’un discours de pacotille d’une mièvrerie plus néfaste qu’autre chose. Pourquoi ? Parce que les actes illégitimes des jeunes des quartiers sont excusés par la corruption régnant dans les hautes sphères politiques. C’est léger.

Au niveau de la mise en scène, c’est Camille Delamarre qui est en charge du projet et qui signe son tout premier long-métrage. L’homme est tout d’abord monteur sur des films comme Colombiana ou Taken 2 (que des chefs d’œuvre) et Besson voulant le mettre en avant, le désigne comme réalisateur sur ce projet. Et on retombe bien sur toutes les petites productions Europacorp, qui ne sont là que pour faire fructifier un chiffre d’affaire parfois déficient, afin que Luc Besson puisse faire ses propres films. Déléguer les merdes, il sait faire, mais visiblement, il sait aussi les faire sans les déléguer. Bref, on retrouve toutes les scories de chez Europacorp, à savoir un humour débile, une action incohérente avec quelques séquences plutôt bien trouvées (on va lui accorder ça), mais surtout une mise en scène aux fraises, hyper syncopée avec des ralentis qui ne servent absolument à rien. C’est d’ailleurs assez hallucinant de mettre en avant des ralentis qui ne servent à rien, comme des sauts ou des gens qui tombent après un coup. Encore une fois, on est dans l’esbroufe, espérant masquer la misère du film derrière une esthétisation tape à l’œil et vide de sens.

Et que dire des prestations des acteurs. Le regretté Paul Walker ne sait pas trop quoi faire de son personnage binaire, qui fait quelques fois le bourrin et parfois le joli cœur. Il n’arrive pas à donner de l’épaisseur et demeure relativement lisse. D’ailleurs, le message hommage en fin de film est plus une insulte qu’autre chose. David Belle, déjà présent dans Banlieue 13, est un personnage un peu plus intéressant, mais on sent bien que l’homme n’est pas un acteur de métier. Il est monolithique et les séquences où il tape une crise d’angoisse sont risibles. Quant à RZA, c’est le cliché du black racaille avec de l’argent, s’habillant de façon tapageuse et se voulant supérieur à ses sbires, tous plus débiles les uns que les autres. Le rappeur/acteur demeure mauvais dans un rôle qui, de toute façon, est mauvais dès son écriture.

Au final, Brick Mansions est une daube infâme qui ne se rattrape à rien, même pas aux gouttières des immeubles délabrés qui peuplent le film. Cliché, mal filmé, mal joué, vulgaire et d’une stupidité sans nom, le premier film de Camille Delamarre est une purge qui ne rend pas hommage au talent de Paul Walker et qui prouve tout l’opportunisme de Besson à vouloir produire des petites merdes, à mettre de petites mains derrière, pour pouvoir engranger de l’argent afin de faire ses propres films. Bref, c’est mauvais de bout en bout.

Note : 01/20

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Par AqME

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