Batman – The Telltales Series

Résumé :

Le jeu tourne autour d’un cycle jour/nuit dans la ville de Gotham. La journée, les choix de Bruce Wayne ont des conséquences sur la nuit avec Batman, et vice-versa. Le protagoniste veut changer la ville pour le mieux. Certaines situations clés donnent au joueur la décision d’aborder une scène en tant que Bruce ou Batman, avec des conséquences pour les deux parties. De nombreux personnages secondaires connus de tous comme Alfred, James Gordon, Vicki Vale, sont présents.

Avis :

Au terme de quatre jeux vidéo pour le moins réussis, Rocksteady était parvenu à redorer le blason d’une franchise considérée comme « jeux à licence ». Une appellation souvent synonyme de bâclage et d’étrons vidéoludiques. Depuis, le studio britannique s’est concentré sur une version du chevalier noir pour le PlayStation VR, laissant par la même le champ libre à d’autres développeurs aux ambitions bien différentes. Étonnamment, c’est Telltale Games qui reprend le flambeau. Sous couvert d’une histoire interactive, Batman est en passe d’explorer un genre qui lui est totalement étranger. Une orientation artistique réussie ou purement opportuniste ?

Il est vrai que la réputation de Telltale s’est enorgueillie de succès mérités avec, en tête de liste, The Walking Dead ou The Wolf Among Us. Mais s’approprier l’univers le plus sombre de DC Comics n’est pas une mince affaire. Pour autant, certaines histoires jouissent de ramifications et d’une complexité particulièrement seyante à un jeu d’aventure. Mais comment concilier la part d’action indissociable à l’œuvre de Bob Kane avec un genre par essence passif ? Une difficulté en partie résolue par ses prédécesseurs qui employaient des QTE. Ces dernières ont été retravaillées pour s’incorporer plus naturellement au sein de l’intrigue.

Plus nombreuses, elles demeurent de qualité et suffisamment nerveuses pour offrir quelques séquences rythmées. Afin de ne pas endormir la vigilance du joueur, elles proposent des combinaisons de boutons, ainsi que des passages où il est nécessaire de viser ses adversaires. Le tout est agrémenté d’une jauge de concentration qui se remplit au fur et à mesure des succès engrangés. Si certaines sont un peu plus subtiles que d’autres, l’ensemble des QTE reste assez permissif pour préserver la fluidité de la progression au détriment d’un véritable challenge. Car le principe du genre prévaut pour des qualités bien différentes, même si un effort sur les énigmes pouvait accroître la difficulté générale.

Là encore, les investigations sont prenantes et bien ficelées pour favoriser l’interaction. On se sert de la technologie de Batman pour reconstituer des scènes de crimes. Sens de l’observation, association d’indices, prélèvements et réalité améliorée s’avèrent bien exploités. La réalité virtuelle est même employée pour planifier des affrontements et les rendre encore plus expéditifs et spectaculaires. Malgré un intérêt évident, ce point ne survient qu’en de trop rares occasions pour vraiment s’imposer. Toujours est-il que les passages où l’on interagit forment un bon équilibre entre réflexion et action. De plus, cela colle à l’image que l’on se fait de Batman avec ses compétences d’enquêteur, sa maîtrise des arts martiaux et sa panoplie de gadgets et son arsenal truffé de technologie.

En ce qui concerne l’intrigue, le format épisodique, désormais bien connu des amateurs, permet de développer le suspense à travers une décomposition en cinq segments. Là encore, Telltale s’approprie le matériau de base de fort belle manière. On se situe aux premières années du mythe où Batman est encore considéré comme un paria par la population et les autorités. Dès lors, le contexte justifie l’introduction de plusieurs têtes familières et leurs relations chaotiques. Les histoires secondaires sont nombreuses et se décantent au fil d’une trame tournée vers des révélations progressives et multiples. On dégrade l’image de Thomas Wayne pour mieux exposer les liens qui unissent Bruce Wayne avec Harvey Dent, Selina Kyle et Oswald Cobblepot.

Les inconditionnels des comics évolueront en terrain connu non sans déplaisir. Certaines apparitions ou références évoquent déjà de potentielles pistes à explorer pour une inévitable saison 2. Toutefois, il est bon de noter que certaines libertés ont été prises, notamment avec le personnage qui se cache sous le masque de l’antagoniste principal. S’appuyant à la fois sur l’hommage et l’originalité du récit, le jeu propose des choix pertinents qui, quelle que soit leur orientation, restent fidèles à une ambiance sombre et à une caractérisation tourmentée. Avec ce qui a été évoqué précédemment, on tient vraisemblablement un excellent titre. Sauf que…

Sauf qu’il persiste des problèmes purement formels et grossiers qui entachent le plaisir de la découverte. Il n’est pas rare de constater des ralentissements pour un moteur graphique peu gourmand en termes de ressources. Moins fréquent, mais tout aussi inacceptable, le décor de fond s’efface pour laisser place à un écran noir. Parfois, ce sont les personnages qui jouent les hommes invisibles ! Quant à la localisation, la traduction reste approximative dans la signification, mais également la syntaxe et l’orthographe. « Faire une apparence (apparition) » « Appartement de Selina » : mais l’on se trouve devant l’asile d’Arkham. Certains dialogues des épisodes 4 et 5 n’ont même pas fait l’objet d’une traduction et demeurent en anglais.

Concernant la durée de vie, on oscille entre 1 h 30 et 2 h par épisode, soit une moyenne de 9 h pour une partie. Malgré la mise à jour des fiches des personnages, la présence des revues de presse, la rejouabilité ne tient qu’à exploiter toutes les ramifications possibles de l’intrigue. Les énigmes qui se traduisent par les scènes de crime à reconstituer ne dissimulent aucune difficulté ou logique particulière. Il y a bien quelques vidéos commentées sur le processus créatif ou l’analyse des scènes clefs de l’histoire, mais rien qui justifie un acharnement disproportionné. Pas vraiment un défaut étant donné que c’est le propre des jeux d’aventures.

Au final, Batman – The Telltale Series pouvait prétendre au statut de chef d’œuvre. L’intrigue se révèle complexe et travaillée pour toucher les fans et les curieux. Le rendu en cel-shading est particulièrement judicieux pour retranscrire les pages d’un comics (les onomatopées en moins). De plus, la psychologie tourmentée des protagonistes assure une parfaite assimilation des codes qui régissent l’univers de Batman. Une œuvre sombre et nihiliste qui joue autant sur les subtilités narratives que sur la symbolique de l’identité cachée ; un rien schizophrène, il est vrai. On regrette simplement la profusion de bugs et le manque de finition, à tout le moins sur la version PlayStation 4. Il se révèle tout de même un bon titre pour les amateurs d’histoires interactives nourrissant un intérêt certain pour la chauve-souris.

Note : 15/20

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Par Dante

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