Leprous – Malina

Avis :

Metal Prog, Metal avant-gardiste, Math Rock, jamais un groupe comme Leprous n’aura réussi à brouiller les pistes quant à son propre style. Démarrant comme un groupe de Heavy avec des sonorités allant chercher parfois chez Radiohead ou Massive Attack, le groupe norvégien s’affranchit de ses modèles et du Black Métal qui baigne son pays pour trouver son propre style, avançant dans des contrées inconnues et proposant de véritables expériences auditives. Il faut dire qu’autant sur scène qu’en studio, le groupe montre une capacité assez incroyable à fournir des mélodies accrocheuses, mais pourtant syncopées et dotées d’une structure complexe. Cependant, le groupe possède de menus défauts, et beaucoup lui reproche de partir vers un rock prog un peu trop gentillet, oubliant ses racines plus heavy. Sortant un album comme des métronomes tous les deux ans depuis le premier paru en 2009, le groupe nous sert cette année Malina, le cinquième opus de la bande et les premiers retours ne furent pas des plus enjoués. Musique lorgnant vers le jazz, morceaux trop mous pour faire headbanger, manque de parties accrocheuses, bref, il semblerait que le dernier Leprous ne fasse pas l’unanimité. Et pourtant, après plusieurs écoutes, il s’agit-là d’un excellent opus, qui tient plus de l’expérience personnelle, organique, que du véritable morceau brûlant.

Le skeud débute d’ailleurs avec Bonneville et on pourrait croire que le groupe a complètement abandonné son ancien style pour quelque chose de plus calme, de plus doux, et même d’un peu jazzy. Sauf que le groupe ne laisse pas la mélancolie prendre le dessus et sert une montée crescendo vers quelque chose de plus brut, de plus touchant. Il faut dire que la voix du chanteur fait des merveilles et cette voix de tête prend rapidement aux tripes, notamment lors de modulations assez incroyables au sein d’une même phrase. Stuck en sera un exemple flagrant, en plus d’être l’un des titres les plus accessibles de l’album. Entre un refrain nerveux en voix de tête et une certaine rapidité d’exécution, Leprous montre tout son talent et surtout sa capacité à construire des morceaux mélodieux mais complexes. La fin, à base de clavier et de violons est à tomber par terre tant elle touche au plus profond et laisse une mélancolie prendre le pas sur l’aspect technique. D’ailleurs, le groupe l’a rapidement confirmé en interview, souhaitant faire un album plus organique et non pas parfait sur le plan technique. Pourtant, certains titres auront une pêche incroyable et serviront de passerelle entre le rock et le métal, comme notamment l’excellent From the Flame, un titre assez court, mais d’une efficacité à toute épreuve et on se surprendra plusieurs fois à chanter le refrain, ou encore Illuminate et sa ligne de basse en introduction qui sera vite suivie par un clavier ajoutant de la lourdeur. Bref, malgré l’aspect assez lent de l’album, certains morceaux trouvent une réelle énergie.

Cependant, Malina n’est pas un album de métal prog, et il se situe à la frontière entre le rock prog et le métal avant-gardiste à base de claviers et d’ajouts ambiants. Et comment ne pas tomber amoureux de Mirage, un long titre assez conceptuel, qui lâche en plein milieu de morceaux des infrabasses surpuissantes, ajoutant une certaine lourdeur à un morceau pourtant aérien dans ses couplets ? Comment ne pas apprécier la session du batteur dans Coma qui doit plus tenir du poulpe que de l’être humain, créant un vrai dimorphisme entre un rythme ultra rapide et un chant lent et langoureux ? Leprous repousse certaines limites et essaye encore une fois de sortir de sa zone de confort pour offrir quelque chose de nouveau, de protéiforme et qui fonctionne parfaitement. Alors oui, d’autres titres sont un peu en deçà du reste comme Captive qui, bizarrement, ne captive pas ou encore Malina, qui joue trop sur les sentiments et la voix, certes parfaite, du chanteur. Par contre, le groupe réussit un joli coup de poker sur son dernier titre, The Last Milestone, qui est clairement un titre de musique classique, touchant, beau et démontrant que dans le métal, on peut clairement tout faire et que cela marche de façon impeccable. Cette conclusion est à l’image du groupe, risquée, mais touchante et d’une beauté à toute épreuve.

Au final, Malina, le dernier album de Leprous, est une belle réussite. On peut néanmoins aisément comprendre que le skeud va en décevoir plus d’un par son aspect très calme et posé et sa recherche perpétuelle de faire des sons assez inédits, créant des dimorphismes importants. Mais c’est aussi cette prise de risque qui s’avère payante, Leprous offrant quelque chose de plus personnel, de plus touchant et qui prend corps et âme dans la voix du chanteur. Bref, si Malina est imparfait, il n’en reste pas moins un sublime album, sincère et qui laisse parler les émotions dans un monde (le métal) où c’est un peu trop rare.

  1. Bonneville
  2. Stuck
  3. From the Flame
  4. Captive
  5. Illuminate
  6. Leashes
  7. Mirage
  8. Malina
  9. Coma
  10. The Weight of Disaster
  11. The Last Milestone

Note : 17/20

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Par AqME

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