octobre 26, 2020

Police Frontière

Titre Original : The Border

De : Tony Richardson

Avec Jack Nicholson, Harvey Keitel, Valerie Perrine, Warren Oates

Année : 1982

Pays : Etats-Unis

Genre : Policier

Résumé :

Charlie Smith cède aux caprices de sa femme, Marcy, qui a des goûts de luxe… Or, il n’est que policier et par conséquent, pas très riche ! La dernière lubie de celle-ci est d’acheter une maison à El Paso, près de la frontière mexicaine. Charlie accepte de se faire muter là-bas et il découvre que la police là-bas ferme les yeux sur de nombreux trafics, notamment sur celui de l’immigration.

Avis :

Tony Richardson est un réalisateur britannique qui a connu un succès grandissant durant les années 60 et 70. Officiant aussi bien dans le drame que le film historique, il va, vers la fin de sa carrière, qui s’arrêtera prématurément au début des années 90 suite à son décès, s’expatrier aux Etats-Unis pour tourner un film qui l’éloignera de sa zone de confort et de son Angleterre natale. En effet, avec Police Frontière, le réalisateur va tenter de dresser un portrait peu reluisant de la police des frontières américaines au Texas, tout en y apportant une nuance de taille, le pouvoir de l’argent et le trafic de drogue. On est alors bien loin de ses films plus connus comme La Solitude du Coureur de Fond ou encore La Charge de la Brigade Légère. Mais qu’importe finalement qui tient la caméra, l’important est de bien retranscrire un scénario intéressant avec des acteurs de talent, et pour le coup, on retrouve un duo de choc en la présence de Jack Nicholson et Harvey Keitel. Mais le temps faisant son œuvre, le film est-il toujours d’actualité près de 35 ans plus tard ?

Le film débute avec un tremblement de terre au Mexique et un jeune couple avec son bébé décide de partir pour les Etats-Unis. Après le générique de départ, on reprend avec un Jack Nicholson désabusé, qui ne prend pas vraiment de plaisir dans son travail à la police de Los Angeles. Il traficote avec quelques commerçants pour avoir son quota d’immigrés à contrôler, mais rien de bien flamboyant. L’apparition de ce personnage est assez intéressante puisque le film va le présenter comme un homme énigmatique, peu bavard et on ne sait pas vraiment s’il est méchant ou gentil. On devinera rapidement sa psychologie lorsque le film présente sa femme, une blonde futile qui rêve de grandeur et qui a l’opportunité d’avoir une grande maison au Texas, à côté de sa meilleure amie. Jack Nicholson accepte de déménager et récupère un poste de flic à la police des frontières. Travaillant avec son voisin, incarné par Harvey Keitel, la nouvelle recrue va vite s’apercevoir des limites de son métier, mais surtout de la corruption qui règne dans son service.

Ce film se déroule en suivant une chronologie linéaire, qui montre progressivement les découvertes de son personnage principal. Il s’agit-là d’un homme plutôt désabusé, acceptant les folies de grandeur de sa femme, mais qui a du mal à s’acclimater aux changements. En effet, sa femme l’agace de plus en plus, la trouvant futile et inutile, mais surtout, il va se rendre compte que son métier cache une facette immonde. Petit à petit, le film montre comment cet homme perd peu à peu les pédales et va tout faire pour continuer à avoir une dignité. Ainsi, il refuse de se plier aux quatre volontés de sa femme, pétant parfois un plomb en plein milieu d’une réception pour lui montrer son ras-le-bol. Un ras-le-bol qu’il trouvera aussi dans son nouveau métier, plus dynamique que le précédent, mais face auquel il se retrouve piégé, d’une part par sa hiérarchie qui fait des magouilles et du trafic et d’autre part par les mexicains qui sont toujours de plus en plus nombreux à vouloir passer la frontière. Le film montre bien la psychologie de son personnage principal qui va perdre pied, pour finalement tenter de se rattraper, afin de garder une certaine dignité. Il le dit d’ailleurs lui-même dans le film, il fait ce qu’il fait pour pouvoir se regarder dans une glace.

Il aurait été facile de tomber dans le panneau des clichés des méchants flics et des gentils immigrés. Si en grande partie, on retrouve le côté méchant flic, avec notamment des trafics dans tous les sens, avec des indics pourris jusqu’à la moelle ou même du trafic de bébés, l’aspect gentil mexicain est nuancé. Il est nuancé par des porteurs de cocaïne qui tentent de franchir la frontière, montrant qu’ils ne sont pas tous bons. Alors certes, c’est peu évoqué, on insiste beaucoup sur le jeune couple et son bébé, qui sont des gens bien et bons, mais cela a le mérite d’être là et d’éviter tout manichéisme, même s’il reste légèrement présent.

L’autre défaut que l’on pourrait reprocher au métrage, c’est de faire de grosses ellipses temporelles. A titre d’exemple, à un moment, on a le personnage principal qui traverse un petit cours d’eau en fin de journée et une fois de l’autre côté, on se retrouve en pleine nuit. Tout comme on n’a pas les retours de sa femme à chaque fois qu’il pète un plomb lors d’une réception. Le film ne vise pourtant pas l’efficacité au niveau du rythme, puisque c’est assez lent, malgré quelques moments plus nerveux, comme la fusillade finale qui demeure relativement bien mise en scène. Le film fonctionne aussi sur l’alchimie de ses deux acteurs principaux. Si Jack Nicholson est parfait dans son rôle de gentil, il en sera de même avec Harvey Keitel, qui joue ici un personnage antipathique au possible. Dès sa première apparition, on sait que l’on a à faire à un homme fourbe, qui essaye de manipuler son petit monde. Le duel entre les deux acteurs est intéressant et passionnant, l’un étant attiré par l’argent et l’autre par la justice et l’honneur. Il en ressort donc un antagonisme fort qui permet au film de constamment jouer sur la dualité des deux hommes, et cela sur tous les fronts, aussi bien dans leur métier que dans la vie de tous les jours.

Au final, Police Frontière est un film intéressant par sa thématique, à savoir l’immigration vue par la police des frontières et par un homme qui va se battre seul contre une institution corrompue par l’argent facile. Jouant à bloc sur les relations humaines, que ce soit dans la dualité ou dans l’altruisme, Tony Richardson livre un film intelligent, même s’il possède quelques scories, à savoir un manichéisme un poil trop prégnant et quelques ellipses temporelles qui empêchent de voir l’évolution du couple du héros. Bref, on est tout de même face à un bon film, qui reste d’actualité malgré tout, avec notamment une immigration qui n’a de cesse de grimper.

Note : 15/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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