octobre 27, 2020

Revenge – A Love Story

Titre Original : Fuk Sau Che Chi Sei

De : Ching-Po Wong

Avec Juno Mak, Sola Aoi, Chin Siu-Hou, Tony Ho

Année : 2010

Pays : Hong-Kong

Genre : Thriller

Résumé :

Un tueur s’attaque aux femmes enceintes en les éventrant pour faire disparaitre le fœtus. Les enquêteurs découvrent avec horreur que ces femmes étaient en fait les épouses de deux collègues. Les inspecteurs arrêtent un jeune homme de 23 ans et réalisent qu’il se venge pour une affaire ayant eu lieu six mois auparavant…

Avis :

Le destin de certains films est pour le moins étrange. En effet, alors que se bousculent à l’entrée de nos salles certains films dispensables de qualité relativement médiocre, d’autres métrages sont condamnés au marché du DVD et parfois même de la VOD, ne connaissant finalement pas le succès qu’ils méritent. Bien évidemment, tout cela n’est qu’une question de budget, mais aussi de nationalité. En effet, en France, on favorisera toujours des films français ou des films américains, plutôt que des films asiatiques ou d’autres pays. Et cela est d’autant plus vrai dans les régions où il n’y a pas de multiplexes, les petites salles ne survivant que grâce aux fortes entrées et donc aux blockbusters. Et c’est dommage, parce qu’en plus de priver certaines personnes d’une culture élargie, on prive certains films d’un regard plus grand. Prenons donc l’exemple de Revenge – A Love Story.

Film hongkongais de 2010, il n’arrivera en France que deux ans plus tard, et malgré quelques récompenses dans des festivals, il devra se cantonner à une sortie directe en DVD, et se retrouver rapidement dans les bacs à soldes. Et c’est l’exemple typique de film qui mérite pourtant un certain regard. Thriller hard boiled se basant sur les faits d’un tueur en série, Revenge – A Love Story se veut un film percutant afin de montrer les dérives de la justice dans un pays qui aime les préjugés et juge les gens en fonction de leur apparence ou de leur statut social.

Le film est découpé en cinq chapitres. Le premier pose une première intrigue avec un homme qui tue des femmes enceintes et leur arrache leur fœtus. La police mène alors l’enquête et va rapidement arrêter l’homme en question, déjà connu des services de police. Ce premier chapitre est relativement violent, notamment dans les séquences gores, mais surtout, il ne laisse que peu d’ambiguïté sur les sentiments que l’on va éprouver pour le tueur. Impassible, volontaire, mutique, on prend presque du plaisir à le voir se faire maltraiter durant son interrogatoire. Ce qui frappe aussi d’entrée de jeu, c’est la réalisation. Entre de jolis plans-séquences, des ralentis intéressants et une volonté de montrer la violence de la façon la plus crue possible, Revenge – A Love Story possède une véritable identité visuelle. Tout comme ce silence qui pèse sur le film, n’utilisant quasiment jamais de la musique, afin de rendre encore plus lourds les silences du tueur.

Puis survient le deuxième chapitre, très court, qui montre une femme qui s’arrache d’elle-même le fœtus qu’elle a dans le ventre, en apprenant à la télévision l’arrestation du présumé tueur. Le film met rapidement le doute sur cette action, là aussi assez gore, en plongeant le spectateur dans un doute, que ce soit sur les raisons de cet acte, ou encore sur le lien possible qu’il y a entre le tueur et cette femme enceinte. Fort heureusement, le troisième chapitre va rapidement mettre les pendules à l’heure. Noyau central du métrage, il repart en arrière et montre le tueur avant les faits, en tant que vendeur de brioches sur le trajet d’un lycée. Devenant alors une love story entre deux personnages différents que la société n’accepte pas forcément, le film va devenir un moment simple, plutôt joli, mais qui va se terminer de façon tragique. En faisant cela, le réalisateur pointe du doigt une société qui n’accepte les gens différents. Le pauvre vendeur a le statut de voyou alors qu’il ne fait absolument rien de mal. Tout comme la jeune fille envers laquelle il éprouve des sentiments, une simple d’esprit, mais qui tout le monde juge comme une extraterrestre, hormis sa grand-mère. Et ce qui aurait pu être une idylle un peu bizarre, va vite tourner au cauchemar, à cause de la police.

A partir d’un quiproquo, le film va montrer une police corrompue jusqu’à la moelle et faisant preuve d’une violence inouïe. Il est difficile de ne point spoiler, pour garder toute la saveur du métrage, mais il faut savoir que les scènes qui suivent l’idylle sont très crues et montrent de manière frontale les méthodes policières les plus hideuses. Le tout étant rendu crédible par une mise en scène virulente et qui ne fait aucune concession. Avec ce chapitre, le réalisateur fait un tour de force, celui de nous renverser les sentiments. Celui qui était méchant au début devient un véritable ange gardien, alors que les gentils, ceux sensés nous protéger, deviennent des êtres inhumains, horribles et sans aucun état d’âme. Dans son quatrième acte, le film fait alors la part belle à la revanche, se lançant dans une démarche très vive, mettant en scène des séquences de courses-poursuites et de combats assez intéressantes, avec certains ralentis intelligemment pensés. La violence se fait alors plus exacerbée, jusqu’à un final nihiliste qui met en avant l’inutilité de la vengeance et l’importance du pardon. Une fin qui montre que, dans chaque camp, la violence entraine la violence, et la vengeance entraine des âmes innocentes dans un bain de sang inutile.

Au final, Revenge – A Love Story est un très bon film qui pose de vraies réflexions sur la violence, la corruption, la justice, mais aussi la vacuité de la vengeance, malgré des sentiments forts. Le film de Ching-Po Wong est une véritable baffe, qui ne laisse rien au hasard et qui montre que parfois, le sort réservé à certains films est scandaleux, car allier technique, performance des acteurs et scénario bouleversant n’est pas donné à tout le monde.

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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