septembre 28, 2020

La Bête d’Alaska – Lincoln Child

Auteur : Lincoln Child

Editeur : J’ai Lu

Genre : Thriller

Résumé :

La réserve naturelle fédérale d’Alaska est une terre particulièrement dangereuse et inhospitalière. Pour le paléoécologiste Evan Marshall, l’expédition qu’il dirige pour étudier les effets du réchauffement climatique est majeure pour la science. Installés dans une ancienne base militaire sur le Mont de la Peur, son équipe fait une étonnante découverte : un gigantesque animal préhistorique conservé dans la lave et la glace.

Malgré la défiance des Inuits qui craignent depuis toujours les esprits de la montagne et en dépit des réserves de Marshall, les sponsors de l’expédition décident de sortir la bête de sa sépulture devant les caméras de télévision. Mais la créature a disparu…

Avis :

Si Lincoln Child est surtout connu pour sa fructueuse collaboration avec Douglas Preston, il propose également une bibliographie solo non dénuée d’intérêt. Au regard de la qualité de ses ouvrages, on ne peut que regretter que tous ne soient pas traduits en français. Si ce problème tend à se résorber avec le temps, il manquait néanmoins le deuxième tome des aventures de Jeremy Logan pour compléter la série. À l’instar des romans de José Rodrigues dos Santos, la chronologie des événements n’est pas prise en compte dans l’ordre de parution. Hormis le fait que l’on ne peut apprécier l’évolution du personnage comme il se doit, cela ne porte pas à grande conséquence. Les enquêtes du célèbre « énigmologue » sont indépendantes.

Comme ce fut le cas pour Projet Sin, la première approche ne se fait pas forcément sous l’œil affûté de Jeremy Logan. À vrai dire, sa présence ne supplante guère celle des autres intervenants. On sent l’intention de soigner les protagonistes sans qu’il s’impose plus que de rigueur. Est-ce dû à leur nombre relativement élevé ou au fait que la principale attraction du livre se terre également dans le titre du roman ? Toujours est-il que la succession des séquences et des points de vue se révèle fluide et parfaitement maîtrisée dans la progression des événements. Pour autant, ce n’est pas sur la complexité de l’histoire qu’il faut compter, mais sur un suspense digne des meilleurs huis clos.

L’auteur instaure son intrigue dans un contexte qui rappelle quelques incursions glaciales propres au fantastique ou au thriller. En ligne de mire, The Thing trouve un écho particulier et pas seulement pour son environnement isolé dans un désert de glace. Si la finalité et les thèmes exploités sont foncièrement différents (quoique…), la trame évolue d’une manière similaire en jouant de psychologie. À savoir, une mise en condition qui fait la part belle au suspense, puis à une paranoïa latente. Celle-ci progresse vers un aspect survivaliste convaincant, le côté bis et second degré écarté pour une atmosphère oppressante. Car il faut reconnaître que le genre (surtout à l’écran) va de mal en pis.

Ici, on reste dans le domaine du thriller avec une approche crédible. Les explications scientifiques avancées sont pertinentes et parfaitement intégrées à l’intrigue. D’ailleurs, on remarquera des sujets peu usités en la matière pour étayer les propos, notamment en ce qui concerne la biologie évolutive et la paléoécologie. Des disciplines relativement méconnues du grand public. On a même droit à quelques notions de réalisations propres au documentaire avec une équipe technique sur place. Dans une certaine mesure, ces idées de mise en scène se retrouvent entre les lignes pour exposer les événements de la manière la plus immersive possible. Le cadre a beau être limité par l’espace, Lincoln Child l’exploite comme il se doit.

En ce qui concerne la bête en elle-même, son identité reste un mystère. On songe dans un premier temps à un animal préhistorique. Le smilodon est même évoqué dans les premières pages pour la définir. Pour autant, l’auteur brouille les pistes. On se prête alors à essayer de découvrir sa nature, en vain. Les caractéristiques et les traits physiques de la créature laissent penser à un hybride ou à une aberration génétique. De fait, l’on songe immédiatement à Relic (premier volet des enquêtes de l’inspecteur Pendergast) et sa bête qui présente de nombreuses similarités. Les théories pour expliquer son existence vont également en ce sens. Toutefois, il persiste toujours un doute, même après la dernière page.

Au final, La bête d’Alaska se révèle un excellent thriller doublé d’un survival animalier inattendu et surprenant. La rigueur du premier rejoint la tension propre au second pour définir un huis clos émaillé de suspense et d’hémoglobine. Il en ressort une lecture efficace soutenue par une trame dynamique et maîtrisée. Le côté horrifique peut éventuellement rebuter les puristes du thriller qui souhaite délaisser toute considération surnaturelle. Cependant, les aventures de Jeremy Logan versent dans ce climat où les mystères (paranormaux ou non) ébranlent parfois l’aspect rationnel des histoires et des protagonistes. Un roman qui mélange habilement les cartes en offrant un épilogue en pointillé. La véritable nature de la bête restant à l’appréciation seule du lecteur.

Note : 16/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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