Le Chien des Baskerville

Titre Original : The Hound of the Baskervilles

De: Terence Fisher

Avec Peter Cushing, André Morell, Francis De Wolff, Helen Goss

Année: 1959

Pays: Angleterre

Genre: Horreur

Résumé:

Le malheur poursuit la famille Baskerville depuis que sir Hugo, un ancêtre, tua une paysanne. Tous les membres de la famille meurent de mort violente annoncée et provoquée par un chien fantastique. Henry Baskerville, qui arrive d’Afrique du Sud, décide d’habiter le château maudit, mais il est accompagné de ses amis le Dr Mortimer, Sherlock Holmes et le Dr Watson.

Avis :

Devant Dracula, Sherlock Holmes est considéré comme le personnage le plus adapté au cinéma et à la télévision depuis sa création et les balbutiements du septième art. Le chien des Baskerville est sans doute son enquête la plus célèbre. Paradoxe intéressant à observer quand on sait que Holmes est absent pendant la moitié du récit… Toujours est-il que de 1914 à nos jours, cette histoire possède de nombreuses versions (environ une vingtaine), mais c’est celle de Terence Fisher qui reste surtout dans les mémoires. La production initiée par la Hammer est emblématique d’une époque et d’un âge d’or révolus pour les studios britanniques. Au-delà de considérations somme toute nostalgiques, pourquoi ce métrage réussit-il plus facilement à traverser l’épreuve du temps qu’un autre ?

On pourrait avancer que l’on parle du premier Sherlock Holmes en couleur, que les codes du genre gothique sont présents… Or, d’autres films et histoires sont relayés aux oubliettes avec ce même genre d’éléments à leurs actifs. Ici, il s’agit d’un ensemble et d’une œuvre ambitieuse (pour ne pas dire intemporelle) qui concourt à créer cette aura propre aux grands classiques. Depuis Basil Rathbone, il était difficile de trouver un Sherlock Holmes aussi charismatique. S’il n’est pas le plus irréprochable ou emblématique détective de Baker Street (le statut concerne son homologue cité précédemment et Jeremy Brett), Peter Cushing incarne le rôle avec toute la force et la conviction qu’on lui connaît.

Contrairement à d’autres interprètes, il ne travaille pas sur l’aspect asocial du personnage, mais sur ses talents d’enquêteur. Les déductions ne sont pas clairement établies pour le spectateur, du moins celui qui n’est pas familier avec l’histoire ou n’aurait pas lu le roman. L’excentricité pleinement assumée de Sherlock ne surgit qu’en de rares occasions. Comportement qui intervient à des moments clefs pour appuyer l’orientation de l’intrigue et la résolution de l’affaire. On remarquera surtout son recul vis-à-vis des événements, ce qui explique son absence à l’écran pendant une grande partie du métrage. Toutefois, sa présence reste suggérée et latente pendant les investigations de Watson dont André Morell propose une interprétation plus nuancée que ses prédécesseurs ; ceux-ci étant habitués à le transformer en un faire-valoir benêt et involontairement comique.

Concernant l’intrigue en elle-même, Le chien des Baskerville est l’une des rares nouvelles du canon holmésien qui tente de jouer la carte du paranormal (dans un premier temps) avec Le vampire du Sussex. Ici, c’est une malédiction familiale qui entre en ligne de compte. Au regard de l’entame et de ce qui suit par la suite, il n’est donc guère étonnant que la Hammer ait choisi d’adapter cette histoire plutôt qu’une autre. Le déroulement est similaire à une enquête policière classique tout en empruntant des éléments propres aux films d’épouvante. La lande désolée et son brouillard spectral, les disparitions inexpliquées, la taille du manoir et sa pesante atmosphère… Tout concourt à instaurer une ambiance qui est la norme pour les productions du studio britannique.

Ceux-ci sont d’ailleurs grandement responsables d’une orientation clairement axée pour induire en erreur le spectateur. Mais l’on demeure bel et bien dans une enquête de Sherlock Holmes où la patte gothique ajoute une dimension supplémentaire au mythe de Conan Doyle. Quant à la fidélité relative au livre, les grandes lignes sont respectées, bien que le dénouement ait été révisé pour obtenir une version différente. Ni meilleure, ni moins bonne, cette relecture cohérente amène d’autres pistes de réflexion sur le passé des Baskerville et les contrées de Dartmoor. Pour le reste, il ne s’agit que de menus détails qui n’influent guère sur la qualité de l’intrigue.

Au final, Le chien des Baskerville est une œuvre doublement culte. Elle se situe en plein âge d’or de la Hammer et retranscrit à merveille les codes du film de genre avec des décors travaillés et une interprétation sans faille. La collaboration Peter Cushing / Christopher Lee vaut à elle seule le détour. Le long-métrage de Terence Fisher est également incontournable pour tous les amateurs de Sherlock Holmes. Entre respect et habile révision de l’histoire initiale, il en ressort une vision honnête et très proche de ce que l’on pouvait imaginer à la lecture du livre. On peut aussi mettre en avant la subtilité de l’intrigue et de l’énigme à résoudre. S’il ne s’agit pas de la plus complexe et périlleuse enquête du détective de Baker Street, elle demeure à tout le moins la plus mystérieuse et fascinante de ses aventures. Un incunable de la littérature policière qui trouve en la présence de ce métrage son pendant cinématographique.

Note : 18/20

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Par Dante

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