Martin

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De : George A. Romero

Avec John Amplas, Lincoln Maazel, Christine Forrest, Elyane Nadeau

Année : 1976

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame, Horreur

Résumé :

Un jeune homme de dix-sept ans, obsédé par le sang, est persuadé d’être un vampire.

Avis :

George Andrew Romero n’a pas fait que des films sur les zombies, critiquant de manière acide la société de consommation ou la véritable nature de l’homme. Si le papy du cinéma d’horreur s’est fait connaître grâce au sublime La Nuit des Morts-Vivants en 1968 et qu’il est connu pour son affection envers la chair putréfiée, il a aussi fait d’autres films dont on parle beaucoup moins. Outre son Bruiser en 2000 ou encore son Knightriders en 1981, le réalisateur s’est intéressé de près au vampire mais avec une approche très différente de ce que l’on voit actuellement. Toujours prêt à surprendre et à inclure une critique sociétale dans ses films, George A. Romero réalise Martin en 1976, film assez mineur dans sa carrière et qui est pourtant une œuvre très intéressante et qui va, encore une fois, changer la vision du vampire dans le cinéma actuel. Mais le film n’a-t-il pas trop vieilli ? La réalisation n’est-elle pas trop obsolète ? Allons étudier ce cas si particulier de Martin.

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Les vampires modernes droguent leurs victimes avant de les sucer !

L’histoire de Martin s’inscrit dans un univers vraiment ancré dans le réel, avec un jeune homme tout ce qu’il y a de plus banal. On le découvre dès le début du film au bord d’un train, où il va droguer puis violer et enfin sucer le sang avec un rasoir d’une jeune et désirable femme. Il arrive alors chez son oncle qui l’appelle Nosferatu et sont il reste persuadé que son neveu est un vampire de la pire espèce. Martin lui-même en est persuadé et son obsession du sang le force à prendre de gros risques et à désobéir à son oncle. Ce film n’est pas tellement un film d’horreur, il s’agit plus d’un drame intimiste, d’un portrait d’un jeune homme complètement endoctriné dans une idée fixe. Et c’est cela la grande force du métrage, qui nous présente un soi-disant vampire sans que l’on n’en ait la confirmation, hormis quelques flashbacks en noir et blanc mais qui proviennent de la pensée de Martin et de ce fait, qui peuvent être de son imagination. La force du récit de Romero, de son scénario, c’est d’imposer une image du vampirisme, non pas comme un fait avéré, mais comme un fardeau que l’on a imposé au jeune homme, sans remettre en question son affabulation. Ainsi, l’ail ne lui fait rien, tout comme les crucifix et, d’un point de vue du spectateur, on verra plus Martin comme un psychopathe accro au sang que comme un vampire. Critique acide de la religion, Romero n’hésite pas à montrer l’inefficacité de la religion pour guérir Martin, se montrant archaïque et vénale, acceptant cet état de fait et essayant vainement de faire des exorcismes à répétition. On va donc se prendre d’affection pour Martin, à la fois tueur psychotique mais aussi victime de la société et de l’église, rejeté par le système et dans lequel il ne trouve pas sa place. Il ressort de ce film un brulot intelligent contre le clergé, mais aussi contre la société qui accepte des fantaisies plutôt que de rester terre à terre et d’essayer de comprendre un état mental fébrile. Bref, un film qui montre que la société construit ses propres monstres.

Au niveau du casting, on reste dans le très intimiste et le peu connu. Pour incarner Martin, Romero fait appel à John Amplas, un acteur relativement méconnu, qui ne rejouera que dans Le Jour des Morts-Vivants du même réalisateur. Il reste néanmoins très convaincant, très mystérieux et très timide. Son physique plutôt androgyne l’aide dans l’interprétation de ce rôle qui ne comporte que très peu de dialogues. D’autant plus qu’il respire l’innocence alors qu’il cache un lourd secret. A ses côtés, on trouve Lincoln Maazel dont se sera le seul rôle au cinéma. Il incarne un oncle très riche, mais qui reste persuadé que son neveu est un vampire et qu’il peut le guérir avec l’aide de l’église. Sa prestation est très convaincante et il respire la bondieuserie à trois kilomètres. On retrouvera bien entendu Tom Savini dans un rôle mineur mais relativement drôle, tout comme George A. Romero qui tient un rôle de curé citant L’Exorciste. Côté féminin, on aura droit qu’à des rôles dramatiques et touchants. Ainsi, on aura droit à la femme dépressive mais qui donnera un peu d’amour à Martin avant de commettre l’irréparable ou encore la fille de son oncle, qui tient un rôle touchant, celle d’une jeune femme qui n’a pas tellement le choix de ses envies et qui va fuir son père. D’un point de vue casting, c’est un sans faute de la part du maître des zombies. On regrettera cependant quelques longueurs abjectes entre deux scènes chocs et c’est assez dommage car on décroche assez vite. La force du récit provient aussi des meurtres, notamment le premier très violent et très long ou encore lors de la chasse dans la maison, qui emprunte beaucoup d’éléments au giallo. La fin demeure très choquante et très abrupte, même inattendue, montrant finalement que l’être humain est un être spirituel débile qui préférera croire l’improbable plutôt que de se remettre en question.

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Que Dieu me remette les dents en place !! Dieu est un dentiste !

Au final, Martin est un film très intéressant malgré sa longueur lancinante. Préférant faire un portrait d’un soi-disant vampire en brouillant les pistes et en montrant l’inutilité et même la dangerosité de la croyance et de l’église, Romero signe un film intimiste, innovant et qui va changer la vision du vampire séducteur et mystique en simple humain dérangé. Il montre alors l’imbécillité de l’homme à vouloir croire des phénomènes paranormaux, quitte à aller jusqu’au meurtre, plutôt que de rationnaliser et de se remettre en question, essayant de voir que la société moderne forge les esprits malades de notre temps. Marquant, mais contenant trop de longueurs, le film reste un ovni à voir et découvrir.

Note : 15/20

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Par AqME

ServalNote de Serval: 13/20

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