Valerian et la Cité des Milles Planètes – Tristesse et Misère

Titre Original : Valerian and the City of a Thousand Planets

De: Luc Besson

Avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Rihanna

Année : 2017

Pays : France

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha – une métropole en constante expansion où des espèces venues de l’univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d’Alpha, une force obscure qui menace l’existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l’avenir de l’univers.

Avis :

Luc Besson est un personnage assez singulier dans le milieu du cinéma, surtout dans le sillon du cinéma français. Fort des succès mérités de ses premiers films, le réalisateur va alors fonder sa propre école de cinéma et il va aussi s’exporter aux States pour réaliser des films plus ambitieux. Cependant, il y a eu un avant et un après Besson. On ne peut pas vraiment dater le dérapage du cinéaste mais on sait que cela se situe entre Taxi, dont il est le producteur, et Le Cinquième Elément, un film de science-fiction qui a su alimenter la haine au fur et à mesure des années. C’est alors qu’est né le Besson Bashing, à savoir une haine viscérale du réalisateur et une destruction systématique de ses films avant même leurs sorties sur grands écrans. La question que l’on peut se poser est : pourquoi tant de haine ? Car si on regarde la carrière du bonhomme, c’est tout de même un mec touche à tout, qui a essayé plusieurs genres et même si parfois il se rate grandement, il n’empêche qu’il expérimente, tâtonne, essaye, ce qui est rare dans le cinéma français. En creusant un peu, on peut comprendre que l’homme attire la colère à cause de ses productions. En effet, il lui arrive d’inonder le marché du cinéma avec des blockbusters de qualité médiocre, relativement rentable, afin, très certainement, de pouvoir avoir les coudées libres lorsqu’il se décide à réaliser un film. Est-ce là une raison suffisante pour casser à chaque fois le personnage et son travail ? Quid de Valerian, qui a bénéficié du plus gros budget jamais attribué à un film français (près de 200 millions d’euros) ?

Adapter des bandes-dessinées franco-belge, ce n’est pas facile. Soit parce que l’on tombe dans le film familial neuneu (Le Petit Nicolas, Boule et Bill, Benoît Brisefer), soit parce que l’on tombe dans la comédie potache et complètement gratuite (Lucky Luke, Ducobu ou encore Les Profs). Mais il arrive parfois que l’on ait de bonnes surprises comme pour le premier Largo Winch ou encore Astérix et Obélix Mission Cléopâtre. Ou se situe Valerian ? On ne va pas se mentir, on aurait adoré aimer le film, mais malheureusement, le dernier film de Luc Besson se situe dans la première catégorie, à savoir les mauvais films issus d’une BD. Et c’est d’autant plus dommage que le film commençait de manière assez étonnante et plutôt forte. Présentant un développement assez rapide pour montrer la construction de la cité des mille planètes, le film propose près de 15 minutes d’introduction sans parole. On retrouvera donc une planète idyllique, avec des aliens humanoïdes assez étranges qui cultivent des perles et qui montrera bien toute l’étendue des talents des gars chargés des effets spéciaux, puis survient une apocalypse relativement bien foutue. A partir de là, Besson va présenter les deux héros, Valerian et Laureline, dont leur première mission est d’infiltrer un marché géant. La réalisation de ce passage est complètement dingue. Jouant sur divers plans, divers univers parallèles, les idées foisonnent et la mise en scène est exemplaire. C’est très étonnant et il y a un réel parti pris dans ce moment, montrant que le réalisateur est inspiré. Sauf que…

Sauf que tout le reste est une abomination. Une fois la séquence du marché passée, le film va prendre un rythme assez plan-plan malgré les incessantes courses-poursuites. En fait, on se rend vite compte que le film tourne à vide et que l’intrigue n’est plus qu’un mince ruisseau dont on se fout pas mal. Et pour masquer ce manque évident d’écriture, Luc Besson va masquer le tout avec des scènes d’exposition, notamment durant les poursuites. On va donc voyager dans cette immense station, mais sans réel but, comme une âme en peine et il ne va rien se passer de bien transcendant. Ou tout du moins d’imprévisible. C’est un énorme point faible du film, tout est prévisible à des kilomètres, et notamment le grand méchant. Cela aurait pu passer si Besson n’était pas certains d’avoir des écervelés devant ses films, créant ainsi un twist final qui n’en est pas un, puisqu’on le sait depuis le début du métrage. Tout, absolument tout, est surexposé et expliqué. Le cinéaste mâche le travail du spectateur et il doit constamment expliquer le pourquoi de telle scène ou encore un mot alien alors que la situation suffit à nous faire comprendre ce qu’il se passe ou ce qu’il se dit. Cette façon de faire est très désagréable, non seulement parce qu’elle nous fait passer pour des crétins, mais aussi parce qu’elle casse le rythme en mettant des flashbacks issus du début du film alors que l’on comprenait très bien sans avoir ça.

Et puis il y a un réel problème de cynisme dans ce film. Voulant faire un humour proche du Cinquième Elément, Luc Besson va sombrer dans des délires imbuvables ou destinés à des enfants de cinq ans. La séquence la plus gênante étant quand une alien veut montrer des robes à Cara Delevingne et qu’elle passe pour une grosse débile avec un sourire niais à plusieurs reprises. Encore une fois, on a l’impression d’être pris pour des jeunes stupides écoutant du Jul à longueur de journées, sauf que ces jeunes-là, ils ne vont pas au ciné. Ce cynisme, on le retrouve chez tous les personnages et notamment chez Valerian, qui est un stéréotype du connard imbu de sa personne. Il est pénible, sûr de lui, sûr de son succès auprès des filles et c’est très compliqué de ressentir une quelconque empathie pour lui. Surtout que Dane DeHaan joue très mal et n’est absolument pas crédible dans ce rôle. Et Laureline ne sera pas loin derrière, malgré son personnage de femme forte (piquant d’ailleurs la vedette à son homologue mâle, mais on sait que Luc Besson aime les femmes fortes et c’est plutôt bien), elle aime faire des vannes à deux balles avec un sourire en coin narquois assez déplaisant. En fait, il manque vraiment de la simplicité ou une évolution intelligente à tous ces personnages.

Des personnages d’ailleurs qui ne sont que des faire-valoir des héros et qui ne restent que deux minutes à l’écran. Alain Chabat joue un marin steampunk très intéressant, mais il ne reste que deux minutes à l’écran et on ne le voit plus de tout le film. Ethan Hawke joue un tenancier de bordel hystérique et cela ne lui va pas du tout, surjouant à mort et ne restant que trois minutes à l’écran. Rihanna fait une danse embarrassante et méga sexiste puis disparait au bout d’un quart d’heure. Bref, tout ce petit monde n’a aucune épaisseur et on voit toute l’incapacité du scénario à les faire exister. Le pire dans tout ça, c’est que le film veut nous faire ressentir rapidement des émotions pour ces personnages, comme en en faisant mourir certains dans une espèce de tragédie. Sauf que ça ne marche pas, puisque on connait à peine le personnage et que l’on se fout de ce qu’il peut lui arriver. Une émotion qui n’est donc pas présente malgré tous les efforts du réalisateur, qui nous rabâche les mêmes conneries sur l’amour, l’être humain, la vie, la mort et c’est de la psychologie de comptoir qui n’a aucune profondeur.

Au final, Valerian et la Cité des Mille Planètes est un mauvais film de science-fiction, une mauvaise adaptation et un mauvais film. Démarrant de façon surprenante, on voit vite que Luc Besson lâche la bride pour ne plus rien raconter et juste faire étalage des 200 millions qu’il a dépensé dans des effets spéciaux réussis mais avec des références à peine digérées. Si pour Lucy, l’avenir de l’être humain tenait dans une clé USB, avec Valerian, on se rend compte que pour trouver une personne disparue, il suffit de se mettre une méduse sur la tête et que pour sauver une race alien, il faut nourrir un hérisson qui chie des perles. Besson n’a pas évolué malgré sa volonté de faire bouger le cinéma français et cela nous attriste vraiment.

Note : 06/20

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Par AqME

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