Justice – Woman

Avis :

La musique électro ne s’est jamais aussi bien portée, notamment en France, pays d’où sortent les meilleurs DJs du monde. Mais réduire la musique électro à de simples poseurs de disques serait idiot et parfois il faut chercher un peu plus loin pour trouver de l’originalité. Entre Madeon, Kungs, C2C, Daft Punk ou encore Kavinsky, on a de quoi faire et on est bien loin des David Guetta et autre Bob Sinclar qui ne proposent plus rien de nouveau depuis belle lurette. Au rayon des gens talentueux, on peut aussi citer Justice. Duo formé en 2003, le groupe connait un succès retentissant à la sortie de leur premier album en 2006. Alliant bien souvent une rythmique complexe avec des clips qui tiennent plus du court-métrage que de la simple mise en image, le duo s’est taillé une réputation d’enfer et ne cesse de surprendre au point de devenir des références pour d’autres groupes comme Carpenter Brut. La seule tâche que l’on peut trouver chez Justice, c’est la polémique qu’a engendré le clip de Stress, banalisant la violence dans les banlieues et qui a fait du tort à la notoriété jusque-là impeccable du groupe. Cela ne les empêchera pas de sortir un troisième album, cinq ans après le précédent, Woman et d’en faire une référence de la musique électro.

Le skeud commence calmement avec Safe and Sound, un long morceau de plus de cinq minutes qui mélange allègrement la funk avec la musique électro. Ici, les boîtes à rythmes sont quasiment inexistantes et tout l’aspect électro s’efface au profit de sonorités plus vraies comme des instruments à cordes et cela profite parfaitement à Justice, qui livre un titre musical, non redondant et qui donne pourtant envie de bouger. Cela sera encore plus prégnant avec Pleasure, un pur morceau funk qui fleure bon les années 80, source infinie d’inspiration pour le groupe. On a l’impression d’écouter un nouveau morceau d’Earth, Wind & Fire mais en plus aérien, mettant en avant un clavier bien présent et surtout une jolie batterie. Et c’est d’ailleurs ce qui marquera tout l’album, une alternance entre une électro assez discrète et une funk bien sentie pour un mélange frais et surtout novateur, bien loin des titres électros de base que l’on se bouffe à longueur de journée à la radio ou à la télé. Il y a là une véritable volonté de maîtriser des instruments et d’offrir un mélange subtil, quitte à ne pas rentrer dans des cases d’un cahier des charges oubliable. On retrouve cela avec le très électrique Fire, mais qui reste tout de même très funky dans sa rythmique ou encore Randy, plus lent, mais tout aussi absorbant dans son univers, nous plongeant dans quelque chose de complexe et de jamais redondant.

Mais ce n’est pas tout. Le groupe n’oublie pas qu’il est avant tout un groupe électro et qu’en ce sens, il y a une attente auprès du public. Le duo propose alors plusieurs pistes qui feront plaisir aux puristes, comme Alakazam ! qui est un titre purement électro, que ce soit dans sa rythmique rapide ou dans son instrumentalisation, qui se gère uniquement au sample ou au clavier. Mais encore une fois, le groupe ne sombre dans les abysses de la facilité et offre un titre qui parfois lorgne vers le Heavy Metal, autre source d’inspiration, et livre des lignes de basse surprenantes et des ruptures plus lentes mais bien dark. Stop est aussi un morceau intéressant dans sa structure et dans sa rythmique, plus lent que le reste de l’album, mais aussi plus sensible, allant chercher de l’inspiration dans la soul. Au même titre d’ailleurs que Love S.O.S, un autre morceau assez lent mais qui trouve une certaine résonnance dans l’émotivité. Enfin, difficile de ne pas citer Heavy Metal et son orgue gothique qui offre une ambiance vampirique parfaite, faisant parfois penser à un certain Castlevania. Les infrabasses sont puissantes et on sent que la structure du morceau est calqué sur le genre dont le titre fait référence et c’est très intéressant de voir que des artistes faisant de l’électro ne soient pas fermés et s’ouvrent à des genres complètement différents.

Au final, Woman, le troisième album de Justice, est une belle réussite pour un album électro, le domaine où les français se font de plus en plus remarquer et qui pourtant semble sclérosé dans une redondance de rythmes. Justice livre un album varié, prenant, qui n’hésite pas à citer ses références pour mieux les digérer et offrir quelque chose de nouveau, chose rare dans le paysage électro.

  1. Safe and Sound
  2. Pleasure
  3. Alakazam !
  4. Fire
  5. Stop
  6. Chorus
  7. Randy
  8. Heavy Metal
  9. Love S.O.S
  10. Close Call

Note : 15/20

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Par AqME

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