Baby Driver – You Do It Wright!

De : Edgar Wright

Avec Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, Jamie Foxx, Jon Hamm

Année: 2017

Pays: Angleterre, Etats-Unis

Genre: Action, Thriller

Résumé :

Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby a un truc pour être le meilleur dans sa partie : il roule au rythme de sa propre playlist. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu.

Avis :

Avec l’arrivée massive des super-héros au cinéma, on a eu de plus en plus de films hyper formatés et réalisés par des yes man qui ne veulent que bénéficier d’un peu de lumière pour mettre en place des projets un peu plus personnels. Si ce n’est pas forcément vrai avec l’écurie DC qui prend de vrais auteurs, ils sont par la suite brimés dans leurs idées et on se retrouve avec des bouts de films pas forcément agréables. Tout ça pour dire qu’aujourd’hui, être un auteur et connaître une bonne diffusion en salle, c’est compliqué. Soit on a déjà un passif conséquent et la distribution sera présente, comme pour ce cher Christopher Nolan et son Dunkerque, soit on a pour habitude de cibler un public de niche et malgré la qualité intrinsèque de nos métrages, on se fait assez discret, ce qui est le cas pour le génial Edgar Wright.

Génial car le jeune cinéaste a su imposer sa patte en seulement quatre films et possède un univers riche et varié dont il est le seul à connaître le secret. Après sa trilogie Cornetto (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde) et un délirant Scott Pilgrim, Edgar Wright décide de sortir de sa zone de confort pour proposer un film qui lui trotter dans la tête depuis de nombreuses années et qui s’éloigne de son univers plutôt comique. Baby Driver est un film très particulier, qui risque d’en dérouter plus d’un, puisqu’avant de faire le film, le réalisateur avait la playlist et savait quelle scène allait avec telle chanson. Un défi de mise en scène donc et surtout un mélange pas si évident, mélangeant action, thriller et comédie musicale. On pourrait croire le jeune homme trop ambitieux, mais ce n’est pas vraiment le cas quand on possède un si grand talent.

L’ouverture est à l’image de tout le film. A savoir un braquage dans une banque qui se suivra de l’extérieur, avec Baby, qui branche son Ipod sur une musique funky. S’ensuivra une course-poursuite effrénée au rythme de la chanson. Une fois au bercail, on retrouve alors Baby qui va chercher du café. C’est le moment qu’a choisi Edgar Wright pour placer un superbe plan-séquence qui donnera le côté comédie musicale au métrage. Par la suite, tout ne sera pas qu’une question de technique, mais ce cinéaste possède vraiment un don particulier. La mise en scène est au millimètre et pourtant, on ressent une réelle amplitude dans les choix de plans. Tout est lisible, tout est propre, mais surtout, tout fait crédible et sur le vif. A contrario par exemple d’un cinéma de Christopher Nolan qui propose des choses tellement propres qu’elles excluent le spectateur du métrage. Là, avec Baby Driver, Edgar Wright sublime son art en proposant une palette de plans explosifs et en alternant des moments plus calmes avec des moments très rapides.

La musique est la base même de la rythmique du métrage. C’est elle qui est le pilier du film et c’est elle qui donne le tempo. C’est-à-dire que l’on pourrait presque comparer ce film avec Pierre et le Loup de Prokofiev, où chaque instrument symbolise un personnage, dans Baby Driver, à chaque fois qu’un personnage fait quelque chose, ou apparait, c’est en lien avec la musique, avec un instrument. Parfois, pour pousser le vice encore plus loin, ce sont les fusillades qui forment un orchestre et complète la musique, comme par exemple sur Tequila. Mais ce n’est pas tout. En plus de mesurer le tempo du film, la musique symbolise aussi les états d’esprit du héros, qui masque un handicap avec ses écouteurs. Et la musique lui sert donc à mettre en avant ses émotions et les partager avec le monde qui l’entoure et donc le spectateur. C’est très intelligent d’avoir fonctionné comme cela et Edgar Wright rappelle que le cinéma c’est avant tout des images qui racontent quelque chose, mais qui doivent aussi faire ressentir des émotions, et l’appui de la musique permet cela. Elle marquera aussi l’évolution du personnage central, qui perd le contrôle petit à petit, comme il aura de moins en moins de musique dans les oreilles, le confrontant au chaos tumultueux de la ville et des coups de feu.

D’ailleurs, il faut aussi parler des personnages. On peut aussi faire un comparatif avec le dernier film de Nolan (puisque les deux métrages sont sortis le même jour et sont quasiment diamétralement opposés). Là où les protagonistes n’ont pas de noms et aucune ligne de script, chez Wright, c’est tout le contraire. Non pas que le jeune réalisateur en fasse des caisses, mais il va pondre une brochette de personnages hauts en couleurs, mais totalement crédibles et qui sont vraiment incarnés par les acteurs. En premier lieu, Ansel Elgort est parfait en Baby, presque autiste sur les bords. Son personnage est rapidement attachant car il se démarque des autres mais aussi parce qu’il est bienveillant. Avec quelques flashbacks, le cinéaste nous raconte rapidement son enfance, son amour pour la musique et sa difficulté à communiquer. Il n’a pas besoin d’en faire plus pour que l’on se sente proche de lui. La relation d’amour avec Lily James ne fera que renforcer son côté innocent et humain, le rendant d’autant plus crédible. Et c’est pour quasiment tous les personnages pareils. Jon Hamm forme un couple atypique avec la magnifique Eiza Gonzalez, mais on les aime pour le respect qu’ils ont pour Baby, tout comme on appréciera Lily James pour sa candeur et sa naïveté. Et on détestera Jamie Foxx pour sa folie destructrice. C’est très simple, chaque personnage possède une psychologie, un background, même léger, qui suffit à ressentir de l’empathie pour lui. En fait, c’est tout simplement un film humain.

Au final, Baby Driver confirme, si besoin en était, tout le talent d’Edgar Wright dans la mise en scène, mais aussi et surtout dans l’écriture des scénarios. Film relativement fun et divertissant, il sera aussi intelligent dans la maestria technique que dans son propos et sa palette de personnages. En offrant une œuvre hybride entre comédie musicale et film d’action burné, le jeune réalisateur britannique redéfinit certains codes et livre un blockbuster atypique, salvateur, dans un marasme qui se soumet trop volontiers aux exigences pécuniaires des studios et des super-héros.

Note : 17/20

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Par AqME

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