octobre 26, 2020

Les Rats de Manhattan

Titre Original : Rats – Notte di Terrore

De : Bruno Mattei

Avec Richard Raymond, Jann Ryann, Alex McBride, Richard Cross

Année : 1984

Pays : Italie

Genre : Horreur

Résumé :

Deux cents ans après le lancement de la dernière bombe atomique, un groupe de personnes affamées s’introduit dans un bâtiment d’une ville abandonnée. Le groupe est alors attaqué par des rats géants et également affamés…

Avis :

Le nanar est un genre très complexe au cinéma. Car il ne faut pas se leurrer, faire un mauvais film sympathique n’est pas donné à tout le monde, et bien souvent, ceux qui veulent tomber là-dedans font dans la surenchère et ne développe qu’un mauvais film désagréable qui s’apparente au navet. Une nuance subtile et importante, puisque le nanar est un mauvais film, mais qui offre de l’amusement, presque un plaisir coupable et certaines personnes se sont même spécialisés dans ce genre. On pourra même dire que certains réalisateurs ont plongé, souvent involontairement, à corps perdu dans les nanars, n’arrivant jamais à la hauteur de leurs ambitions, la faute à des scénarios gentiment réacs et stupides et bien souvent à des budgets riquiqui avec lesquels il faut composer pour des histoires trop grandiloquentes. Et c’est exactement ce qu’il se passe avec les films de Bruno Mattei, réalisateur italien qui a marqué le septième art avec des œuvres différentes, dont Les Rats de Manhattan demeure son point d’orgue.

S’ancrant dans un monde dystopique avec une guerre nucléaire qui s’est déroulée en 2015, le réalisateur tisse un portrait sordide de l’espèce humaine, qui vit maintenant recluse dans les sous-sols. Sauf qu’au bout de 285 années, un groupe de jeunes décident de revenir à la surface pour voir si c’est de nouveau habitable. Le groupe trouve alors une bâtisse inhabitée dans laquelle ils découvrent de l’eau potable, une serre et même des réserves de conserves. Malheureusement pour eux, la maison est remplie de rats qui n’ont qu’une envie, boulotter de l’humain. Sur le principe, le film est plutôt sympathique, voire même intéressant. Le réalisateur fait le parallèle entre les rats qui vivaient dans les égouts et qui prennent possession de la surface et des humains qui eux, redescendent d’un échelon. Un combat presque logique quand on connait l’intelligence de la bestiole. Cependant, ce sera bien là le seul truc plus ou moins réfléchi du film et c’est bien dommage que Bruno Mattei n’ait pas été plus fin dans ses réflexions. A titre d’exemple, nous n’avons aucun sujet sur la pollution ou encore les mutations et autres maladies que peut engendrer les radiations nucléaires et le cinéaste ne va se centrer que sur la survie des humains face aux rats.

Des rats qui sont tout ce qu’il y a de plus normal. Restriction budgétaire oblige, le film ne peut se permettre des costumes gigantesques et le réalisateur opte pour une attaque en masse de petits rats achetés chez Gamm Vert. Si les pluies de rats peuvent faire illusion, les gros plans sur les animaux pour créer une certaine tension sont complètement ratés. Et comme Bruno Mattei abuse de ces effets, le film prend une autre dimension, alternant entre des moments gênants et d’autres plutôt drôles, comme ce fameux rat qui va rentrer dans la chatte d’une jeune femme dénudée. Ne lésinant pas sur le gore et quelques passages un peu sexués, Les Rats de Manhattan se veut tout de même généreux dans son visuel. On aura droit à des cadavres, à des morts parfois « spectaculaires » à base d’explosion et d’hommes brûlés au lance-flamme, on pourra même bénéficier d’une explosion à cause de rats dans un corps humain. Si les effets sont kitschs  et frôlent parfois le mauvais goût, on ne peut enlever au réalisateur cette envie de faire de l’horreur sale et de créer une ambiance malsaine. Bien évidemment, tout cela est en partie raté à cause d’une mise en scène erratique et sans intérêt.

Mais le film trouve tout son sel dans le jeu des acteurs et leurs interactions, car c’est véritablement là que le mot nanar prend tout son sens. Et encore plus si l’on privilégie la version française et ses doublages sous acide. Les dialogues sont d’une pauvreté affligeante avec des espèces de punks complètement à la masse, remplissant le cahier des charges des débilités. On aura donc droit à deux/trois jolies nanas, un héros à la belle crinière blonde, un traître habillé en tenue militaire, des looks complètement à la masse ou encore une hystérique qui semble avoir été doublée par une stagiaire polonaise. Le tout offre une imagerie décalée et complètement hors de propos. D’ailleurs, ces looks sont incohérents par rapport à l’historique du début, tout comme la présence de véhicules fonctionnant à l’essence. Il faut croire que même si la fin de l’humanité est proche, il y aura toujours du pétrole. Mais le pire dans tout ça, c’est les interactions entre les personnages. Si les dialogues sont récités à tour de rôle sans jamais se couper la parole, les relations sont étranges, voire hallucinantes. On retrouve donc un couple qui s’amuse à baiser devant tous les autres, des survivants qui s’éloignent en mode solo pour explorer les pièces alors que les rats grouillent et pire, on trouvera un traitre au charisme d’huître. Tout ce petit monde est d’un ridicule atterrant et on ne parle même pas des jeux, tant c’est mauvais. Les morts durent trois plombent, abusant de ralentis et octroyant ainsi un cachet presque unique au métrage. Et que dire du twist final, d’une telle ringardise qu’il ne peut déclencher d’un fou rire incontrôlé.

Au final, Les Rats de Manhattan n’a pas usurpé son statut de nanar. Alors oui, le film est mauvais, s’étirant en longueur et ne proposant rien de vraiment intelligent à se mettre sous la dent si ce n’est son contexte, mais on prend un certain plaisir devant ce métrage, tant les tics de réalisation sont mal choisis et les personnages stupides au plus haut point. La version française donne du piment supplémentaire avec des doubleurs visiblement drogués et il sera difficile de ne pas rire devant un héros tenant une torche à bout de bras, hurlant aux rats de partir, avant de leur lancer un sublime « dans ton cul ». Bref, un mauvais film, certes, mais sympathique. Et c’est toute la définition du nanar.

Note : 05/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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