octobre 24, 2020

Spider-Man Homecoming – Si l’Art Régnait, Marvel Ferait Moins de Toiles

De : Jon Watts

Avec Tom Holland, Michael Keaton, Robert Downey Jr., Zendaya

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Super-Héros

Résumé :

Après ses spectaculaires débuts dans Captain America : Civil War, le jeune Peter Parker découvre peu à peu sa nouvelle identité, celle de Spider-Man, le super-héros lanceur de toile. Galvanisé par son expérience avec les Avengers, Peter rentre chez lui auprès de sa tante May, sous l’œil attentif de son nouveau mentor, Tony Stark. Il s’efforce de reprendre sa vie d’avant, mais au fond de lui, Peter rêve de se prouver qu’il est plus que le sympathique super héros du quartier. L’apparition d’un nouvel ennemi, le Vautour, va mettre en danger tout ce qui compte pour lui…

Avis :

Il est devenu monnaie courante maintenant d’avoir son lot de super-héros au cinéma. Bien entendu, deux maisons de production se battent en duel pour la suprématie de l’écran noir, Marvel et DC Comics. Si ce dernier s’évertue à prendre des réalisateurs avec une certaine patte graphique comme Zack Snyder, David Ayer ou encore James Wan (Aquaman) tout en les brimant dans leurs projets, Marvel fait presque le choix inverse en prenant des yes man prêts à tout pour se faire voir et avoir les coudées libres sur de prochains films. Pour Spider-Man, le cas est encore plus particulier. Il semblerait que ce super-héros soit très difficilement adaptable à l’écran. Pour preuve, Homecoming est le deuxième reboot de la franchise, avec un troisième acteur qui reprend le rôle et un nouveau réalisateur qui compte bien faire oublier les deux films estampillés « Amazing ». Sauf que reprendre une telle licence, il faut soit en avoir une grosse paire, soit être un peu inconscient. La surprise viendra-t-elle de Jon Watts ?

Il faut savoir que ce réalisateur a commencé sa carrière en coréalisant une comédie américaine, The Fuzz, mais qu’il s’est fait connaître grâce à deux films de genres, Clown, un film d’horreur, et Cop Car, un thriller hard boiled teinté d’humour noir. De ce fait, on peut placer des espoirs dans Spider-Man Homecoming, comme une mise en scène inspirée ou encore des enjeux dramatiques poignants. Il n’en sera malheureusement rien. Mais attention, le film n’est pas mauvais pour autant. Commençons par les points positifs.

En premier lieu, la première chose qui frappe, c’est le casting et la présence rafraîchissante de Tom Holland. Le jeu acteur est plutôt bon, assez charismatique et il représente assez bien le super-héros du comics dans les années 60, c’est-à-dire un Peter Parker insouciant, rêveur, amoureux, mais qui veut faire ses preuves. Cela nous change de l’inexpression d’Andrew Garfield, pourtant excellent acteur. Toujours dans le casting, on peut se réjouir de voir un Michael Keaton en grande forme dans un rôle qui semblait fait pour lui, Le Vautour, qui pourrait se percevoir comme un pied de nez à son personnage dans Birdman D’Inarritu. Cependant, la plus grande force de ce métrage, c’est bien son parallèle réussi entre l’entrée dans le monde des adultes, son corps qui change, ses responsabilités aussi, avec la découverte de ses pouvoirs et de la tenue que lui a fabriqué Tony Stark. On peut voir le film comme une découverte aussi bien de soi que de l’autre, de ses nouvelles capacités et de ses nouvelles émotions, comme l’amour. Les choix sont parfois difficiles, les prises de risque inutiles, mais tout cela vaut la peine d’être vécu et cette expérience est vécue comme un enrichissement pour le héros. Très clairement, le film est une origin story et en ce sens, il introduit bien le personnage de Peter Parker, son humour, sa fraîcheur, mais aussi ses prises de position.

Cependant, tout n’est pas reluisant dans ce métrage et on a parfois l’impression de voir un film qui caresse le geek dans le sens du poil. C’est bien simple, le film cible un public particulier, les 15/20 ans fan de comics, de jeux vidéo, d’informatique et qui vont retrouver leur univers là-dedans. Du coup, les autres spectateurs seront parfois sur le carreau, notamment lors de séquences humoristiques un peu lourdes. Les enjeux du film resteront quant à eux au ras des pâquerettes, à savoir un Vautour qui ne fait que de la vente d’armes pour s’enrichir (alors qu’à la base c’est un vieillard qui vole la jeunesse des ados pour vivre plus longtemps), un Shocker sans costume qui ne sert à rien, un Spidey qui ne fait que découvrir ses pouvoirs pour déclencher des phases comiques dans des situations dangereuses et enfin un parallèle anecdotique avec les Avengers qui passent pour des bêtes de foire. Il n’y a rien de bien transcendant là-dedans, si ce n’est le design du Vautour qui est plutôt sympathique. Mais le plus dérangeant, et qui rejoint le manque d’enjeu dramatique, c’est cette absence totale de sentiments dans le métrage. Alors certes, on pourra voir un Peter Parker amoureux, souffrant d’une certaine dichotomie entre son devoir de super-héros et son envie d’être un ado comme tous les autres, mais au final, on ne ressent rien pour le personnage. Là où Sam Raimi mettait une énorme tension dans son film avec le coup du train, Jon Watts retire tout danger en faisant intervenir Iron Man et détruisant finalement un climax catastrophique intéressant.

Ensuite, la mise en scène de Jon Watts est quasiment catastrophique quand elle n’est pas transparente. Il n’y a aucun plan iconique dans le métrage. Si, un qui dure deux secondes lorsque Le Vautour est calé sur une corniche, mais le plan passe tellement vite que l’on ne peut pas s’extasier devant. Le pire étant le dernier quart du film, la bagarre finale entre les deux personnages et c’est une souffrance pour les yeux. Si l’idée de se battre sur un énorme avion était intéressante, voire même couillue, le rendu est tout simplement dégueulasse. Entre le clignotement perpétuel de l’avion, la shaky cam qui donne la gerbe et les couleurs sombres, c’est tout bonnement illisible et en plus de cela, ça pique les yeux. Alors on peut voir deux choses différentes. Soit Jon Watts n’a pas eu les libertés voulues avec ce film. Soit il a pris peur par l’enjeu et l’envergure du projet et il s’est brimé tout seul. Quoiqu’il en soit, il manque beaucoup de choses à ce Spider-Man pour convaincre pleinement, comme un manque d’envol, de vitesse, de vertige, tout ça, en plus des émotions, est complètement absent du film et c’est vraiment dommage. Cependant, on ne s’ennuie pas vraiment, même si sur la fin, le film semble interminable. Le rythme est plutôt bon, certaines séquences fonctionnent et la légèreté apportée au métrage est salvatrice d’un état neurasthénique.

Au final, Spider-Man Homecoming n’est pas un mauvais film, mais ce n’est pas non plus la panacée. Se voulant résolument cool et léger, le film tombe rapidement dans les tares de toute production Marvel, ne sortant jamais de son carcan étouffant et sans surprise. Si certaines choses sont plutôt correctes, à savoir ce choix cornélien entre l’insouciance adolescente et les responsabilités d’un super-héros, d’autres points laissent à désirer, et notamment la mise en scène qui est impersonnelle au possible et sans un vrai parti pris.

Note : 12/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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