octobre 29, 2020

Air Doll

Titre Original : Kûki Ningyô

De : Kore-Eda Hirokazu

Avec Doona Bae, Itsuji Itao, Arata, Jô Odagiri

Année : 2010

Pays : Japon

Genre : Fantastique

Résumé :

Tokyo. Une poupée d’air habite l’appartement sordide d’un homme d’une quarantaine d’années. Elle ne peut ni parler, ni bouger, mais elle est la seule compagne de son propriétaire. Il lui parle, prend son bain avec elle, et lui fait l’amour chaque soir, en rentrant du travail. Mais un jour, le fantasme devient réalité : la poupée prend vie et développe des sentiments humains. Comme un nouveau-né, elle découvre un monde inconnu qu’elle aspire à découvrir.
Elle s’aventure alors dans les rues de la ville, fascinée par tout ce qu’elle voit, mais les gens qu’elle rencontre sont incapables de lui expliquer ce que veut dire “être en vie”… C’est en poussant la porte d’un vidéoclub qu’elle obtient enfin une réponse : elle fait la connaissance de Junichi, le vendeur, et tombe aussitôt amoureuse de lui. La poupée est embauchée au magasin et noue chaque jour des liens de plus en plus forts avec Junichi : ils vont ensemble au cinéma et sillonnent la ville … comme un couple.
La poupée est parfaitement heureuse jusqu’au jour où elle se coupe la main par accident et se met à dégonfler devant Junichi…

Avis :

Habitué au festival de Cannes, cela fait une vingtaine d’années que Kore-eda Hirokazu livre régulièrement ce que la presse, comme le public, qualifie de chef d’œuvre. Il faut dire que l’homme qui se cache derrière « Tel père, tel fils » a su donner ses lettres de noblesse au mot exigence, car son cinéma est d’une très grande qualité.

Au milieu d’une filmographie qui approche de manière on ne peut plus réaliste ses personnages, Kore-eda Hirokazu revenait en 2010 avec l’ovni de sa carrière. « Air Doll » est un drame où une poupée gonflable prend vie et découvre le monde qui l’entoure. Tour à tour beau, triste, merveilleux, dramatique, « Air Doll » est un film surprenant, bourré de poésie et d’onirisme, un film fascinant de par ce qu’il nous raconte, et de par son actrice principale qui livre là une performance hallucinante. Bref, un film qui ne ressemble à rien de connu, un film qui ose, quitte à se perdre et ça fait franchement du bien.

Une poupée gonflable réside dans un appartement miteux. Elle « vit » une relation à sens unique avec Hideo, un homme d’une quarantaine d’années, célibataire et frustré sexuellement. Un matin, quand ce dernier part travailler, la poupée s’éveille à la vie. Alors que son propriétaire est loin de se douter que son « amour » a pris vie, la poupée parcourt Tokyo à la découverte du monde, du cinéma et des sentiments.

« Air Doll« , c’est donc un conte de fées pas comme les autres. Avec ce film, Kore-eda Hirokazu nous entraîne dans un Tokyo moderne, aussi beau et grand qu’il peut être vide, injuste et même cruel.

Doté d’un scénario complexe, dont il faudra quand même plusieurs visionnages pour en comprendre toutes les subtilités et les métaphores, « Air Doll » est avant tout un film qui va parler du sens de la vie à travers le regard enfantin de cette femme poupée qui s’éveille, s’émerveille, découvre et apprend.

Avec ce film et au travers de son personnage, Kore-eda Hirokazu va aborder et développer tout un tas de thèmes, tel que la vie et la mort, la société japonaise, la femme objet, la découverte que ce soit des sentiments ou du monde, et enfin, le vide. Le vide de la vie, le vide en amour, le vide dans une ville aussi immense que Tokyo. Le vide et la solitude, malgré tous les habitants de la ville. Le vide des sentiments et la solitude qu’on comble comme on peut, ainsi en s’inventant une vie avec une poupée gonflable. Poupée qu’on peut changer comme on veut, un peu comme ce que ressentent tous les personnages (on notera le montage assez remarquable qui présente beaucoup de personnages seuls dans la ville, sans qu’on ne les connaisse vraiment), qui finalement ne sont que perdus et seuls, au milieu d’aveugles.

Ce conte unique est emporté par Doona Bae (« Sense8« , « Cloud Atlas« ) qui livre là l’une de ses plus grandes interprétations. Incroyable, divine, sensuelle, énigmatique, enfantine, elle crève tout simplement l’écran en permanence et malgré de beaux personnages et des scènes plutôt fortes avec eux, on ne voit et l’on ne retient que Doona Bae.

Mais voilà, « Air Doll » est loin de n’avoir que des qualités et malgré des scènes fortes, parfois puissantes, et un final on ne peut plus triste et lourd de réflexion, ou encore une très belle ambiance qui offre aussi bien des images sublimes, des effets spéciaux rudement bien faits ou encore des idées de mise en scène très intéressantes, on pourra lui reprocher un manque de rythme. Lent, contemplatif, peu de dialogues, allant même chercher parfois vers le cinéma muet (d’ailleurs « Air Doll« , dans une seconde lecture, est une déclaration d’amour au cinéma) « Air Doll » pourra aussi avoir la peau de plus d’un spectateur qui risque de s’ennuyer devant. De plus, si l’histoire reste dramatiquement belle, elle contient aussi des incohérences assez grandes et des choses qu’on ne s’explique pas vraiment, comme le fait que le propriétaire de la poupée mette autant de temps à se rendre compte de la situation, alors que cette dernière n’est pas forcément là, au moment où il rentre du boulot.

Avec ce film, Kore-eda Hirokazu démontre encore une fois tout le talent qu’on lui connaît et arrive à faire d’une intrigue loufoque et casse-gueule, un film très intéressant en tout point. Surréaliste et captivant dans sa réflexion, « Air Doll » sera d’une tristesse absolue et on le quittera avec la sensation d’avoir vécu un moment de cinéma vraiment pas comme les autres et rien que pour ça, « Air Doll » mérite qu’on s’y attarde.

Note : 16/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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