Tarantula

De : Jack Arnold

Avec John Agar, Mara Corday, Leo G. Carroll, Clint Eastwood

Année: 1955

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Une tarentule géante, d’origine expérimentale, sème la terreur dans une contrée américaine.

Avis:

Jack Arnold fait partie de ces réalisateurs qui ont un véritable regard bienveillant sur le fantastique et la science-fiction durant les années 50. Si bien souvent le genre est considéré comme un cinéma pop-corn pour jeunes adolescents attardés du bulbe, le cinéaste en fait son chemin de bataille et il va prouver par plusieurs fois que l’on peut faire un vrai cinéma avec des scénarios portant sur des thématiques futuristes. Bien évidemment, Jack Arnold connaîtra un succès phénoménal avec l’adaptation réussie de Richard Matheson, L’Homme qui Rétrécit. Film majeur et marquant du septième art, on a souvent tendance à oublier que le réalisateur a aussi réalisé l’autre versant, à savoir le gigantisme. Et c’est assez marrant de voir les oppositions entre ces deux films, puisque deux années avant de faire rétrécir l’homme à un état infinitésimal, le cinéaste a eu la bonne idée de faire grandir une tarentule pour faire peur à une petite bourgade américaine et à un public américain qui voit pour la première fois des effets spéciaux convaincants et une ambiance stressante, mélangeant alors science, folie et monstruosité.

Tarantula est un film relativement simple dans son déroulement, à savoir des expériences qui se déroulent mal, une araignée s’échappe, devient gigantesque et va commencer à boulotter troupeaux et bergers. D’ailleurs, aujourd’hui, le scénario n’a rien d’exceptionnel et il semble important de recontextualiser l’œuvre pour en déceler tout le sel. Non seulement parce que c’est presque un film séminal du genre, mais aussi parce qu’il n’y pas que l’histoire de l’araignée dans ce métrage. En effet, il faudra attendre bien cinquante minutes avant de voir l’attaque de la bestiole, ce qui peut faire long sur 1h20 de film. Cependant, durant ce laps de temps, Jack Arnold fait ce que beaucoup de réalisateurs contemporains oublient, il construit des personnages et les rend crédibles et attachants. Si tous les clichés du genre sont réunis, à savoir un médecin beau gosse qui va dénouer l’énigme, un scientifique mystérieux et antipathique, une belle jeune femme assistante en sciences qui veut s’émanciper, un shérif rondouillard et vieillissant un peu dépassé par les évènements, bref, on retrouve une palette de personnages connus mais qui sont extrêmement bien tenus par des acteurs solides. Cette presque heure de présentation permet de faire évoluer les mœurs, de montrer les sentiments naissants du docteur envers la seule demoiselle du film, mais aussi de montrer la transformation physique lente et douloureuse du savant. Jouant perpétuellement sur les ombres et les regards des protagonistes, Jack Arnold montre à quel point ce savant est fou, lui donnant comme raison la passion et toute une vie de travail. Il y a une logique implacable dans le film, prouvant toute l’intelligence du récit et ajoutant aussi une ambiance presque gothique dans ce laboratoire pourtant épuré.

Tarantula est donc un film de monstre à deux échelles. Tout d’abord l’humain, avec ce professeur qui est prêt à tout pour réussir à trouver un nutriment de synthèse faisant grandir les animaux plus vite, mais aussi avec l’araignée. Alors les plus médisants pourront pester contre la longueur du film qui se veut très bavard et qui prend vraiment son temps. Mais encore une fois, cela permet de créer du liant avec les personnages et surtout de montrer les différentes étapes de croissance de l’araignée, s’amusant à la faire apparaitre de manière incongrue, où l’on ne voit que ses pattes. Et c’est là toute l’intelligence de Jack Arnold qui va constamment jouer sur l’arachnophobie en montrant la bestiole de manière assez fugace, comme un vieux scare jump, s’amusant avec la vivacité de la bestiole. On appréciera aussi le fait que cette araignée ne soit quasiment jamais montrée de manière claire. Souvent en ombre, ou toute floue, la créature apparait comme dans un cauchemar éveillé et cette façon permet deux choses : masquer les effets spéciaux et jouer sur les perspectives à moindre coût, donnant un résultat probant et même stupéfiant pour l’époque. Le final est même épique, faisant intervenir l’armée (et un tout petit premier rôle pour Clint Eastwood), mais jouant aussi sur l’incertitude de tuer une si grande créature, mettant en avant tout un arsenal pour en venir à bout.

Alors oui, le film a vieilli et il manque clairement de rythme. Mais la restauration en HD est impressionnante et il serait dommage de passer outre cette œuvre car elle est tout simplement meilleure que tous les films d’araignées géantes que l’on se tape aujourd’hui. Pourquoi ? Parce qu’il y a de vrais personnages, il y a une histoire qui tient la route et il y a un vibrant hommage à la littérature fantastique anglo-saxonne. Comment ne pas voir une allégorie au mythe de Frankenstein dans ce film ? Si aujourd’hui tous les films d’araignées géantes sont vidés de leur substrat, ne donnant comme résultat que des nanars ridicules, Jack Arnold propose une vraie vision, une vraie intelligence dans le propos, tout en gardant un côté bis assumé et effrayant pour l’époque.

Au final, Tarantula est une œuvre importante car elle prouve, malgré le temps qui passe, que l’on peut faire un vrai bon film d’araignée géante avec des personnages solides, des acteurs brillants et surtout une mise en scène exemplaire et inspirée. Jack Arnold ne livre peut-être pas un chef d’œuvre avec ce métrage, mais il porte haut le fanion des films de genre, ne le réduisant pas à un simple cinéma imbécile pour faire peur aux gosses.

Note : 15/20

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Par AqME

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