octobre 27, 2020

Le Gang Anderson

Titre Original : The Anderson Tapes

De : Sidney Lumet

Avec Sean Connery, Martin Balsam, Dyan Cannon, Christopher Walken

Année: 1971

Pays: Etats-Unis

Genre: Policier

Résumé:

A sa sortie d’une peine de dix ans de prison, le cambrioleur Duke Anderson retrouve sa maîtresse dans un hôtel de luxe. Reformant un gang avec l’aide d’un homme d’affaires baignant dans la mafia, il organise la mise à sac de l’immeuble et de ses richissimes occupants. Malheureusement, Duke est suivi par plusieurs équipes de surveillance qui en veulent aux personnages qu’il engage pour ce braquage de grande envergure…

Avis:

Sidney Lumet est un réalisateur qui apparait en 1957 avec un premier film qui va devenir culte, 12 Hommes en Colère. Ne lâchant plus sa caméra après cet éclat, le réalisateur va fournir au fil des années des films importants, comme L’Homme à la Peau de Serpent, Point Limite, La Colline des Hommes Perdus, The Offence, Serpico ou encore Une Après-Midi de Chien. Bref, une filmographie dense, qui impose le cinéaste comme un poids lourd du septième art. Mais Sidney Lumet n’a pas fait que des chefs d’œuvre et quand on jette un œil à sa filmographie, on se rend compte qu’il y a de nombreux films qui restent anodins, et parfois même inconnus au bataillon. Le Gang Anderson en fait partie et cela pour une bonne raison, il n’a pas convaincu grand monde à sa sortie. Non pas que le film fut bashé comme on a l’habitude de la faire aujourd’hui, mais il a dérouté plus d’un critique et le remettre au goût du jour maintenant est plutôt une bonne idée, car le métrage se bonifie grandement avec les années, montrant que Le Gang Anderson était finalement en avance sur son temps.

En fait, le film possède deux défauts majeurs. Le premier, c’est que c’est un film de casse lambda dans lequel on remplace la banque par un hôtel particulier. Le film suit une logique platonique, sans surprise, où l’on peut voir un « héros » sortir de prison, trouver un hôtel chic, un financement pour le cambriolage, puis une équipe de bras cassés. Là-dessus, Sidney Lumet ne s’est pas trop embêté avec un scénario complexe et il va à l’essentiel, à savoir l’action et le déroulement de ce casse. Le second gros défaut du film provient des personnages. Durant un poil plus d’une heure et demi, le réalisateur n’a pas le temps d’approfondir tous ses personnages et il file vraiment à l’essentiel. Remplissant le cahier des charges d’un film de casse, on retrouve le chef (Sean Connery), le jeune qui maîtrise les techniques pour couper l’électricité et les alarmes (Christopher Walken), le conducteur, celui qui sait ce qui a de la valeur, le violent ou encore celui qui se fait passer pour le gardien de l’immeuble et qui veille. En dehors de leur rôle, les personnages n’ont pas vraiment de consistance, d’ampleur et c’est bien dommage car cela empêche que l’on ressente de l’empathie. Le seul personnage qui tire son épingle du jeu, c’est Dyan Cannon, la seule présence féminine et qui apporte une touche de sensibilité.

Fort heureusement, le film trouve tout son intérêt dans d’autres pistes. En premier lieu, on peut parler du casse en lui-même qui rompt avec les codes du genre. Très peu d’armes, pas de violence, on a l’impression de voir un film à l’ancienne avec des gentlemen qui préfère la méthode douce à la manière forte. Le film joue énormément sur l’action et la tension que cela soulève lorsque le héros se rend compte que les policiers encerclent le bâtiment. Sidney Lumet n’a pas son pareil pour rendre la nervosité palpable et le spectateur prend un malin plaisir à voir l’étau se resserrer autour des malfrats. Certains plans sont même iconiques, à l’instar de ce policier en civil qui se balade devant le bâtiment et devant lequel la caméra se soulève pour montrer les barrières de sécurité de la police. On appréciera aussi les gros plans sur les visages des acteurs, perlant de sueur, rajoutant une tension face à l’inévitable échec de l’entreprise.

Mais le film est encore plus intéressant dans son sous-texte et sa critique acerbe de la surveillance à outrance. En effet, durant tout le film, on peut voir des caméras, des micros et des gens qui espionnent d’autres personnes. D’ailleurs, toute l’équipe de Sean Connery sera sous surveillance par différents types de services. Le black sera surveiller car il est soupçonné d’appartenir aux Black Panthers. Le Kid est surveillé par la brigade des stupéfiants car il est suspecté de vendre de la drogue. Un personnage est surveillé par le FBI, tandis que la prostituée que se tape le héros est surveillée par un homme jaloux voulant l’exclusivité. Bref, jouant sans arrêt sur des flashbacks ou des coupures pour montrer ces différents épiages, Sidney Lumet va mettre en avant l’inutilité d’un tel processus. Les services ne discutent pas entre eux, ne se font pas passer les informations, et l’ensemble sonne creux, prouvant que sans dialogue, on ne peut rien faire. Et c’est entre humour et cynisme que le réalisateur place alors son film, jouant avec les codes de la science-fiction, montrant un personnage principal presque écrasé par les nouvelles technologies, rajoutant des bruits parasites qui ramène le protagoniste dans un monde inconnu. C’est très intelligent de la part de Lumet d’avoir fait un film aussi avant-gardiste et il en a un peu payé les pots cassés en 1971.

Au final, Le Gang Anderson est un film plaisant même s’il contient quelques menus défauts comme des personnages binaires et une histoire de casse très classique. Mais visionnaire avant l’heure, le film gagne en intérêt avec le temps et résonne comme une œuvre moderne aujourd’hui, dans un monde où tout est contrôlé par caméra mais sans que cela serve à quoi que ce soit. Ce film en est un bon exemple et même si on déplore quelques scories et qu’il ne fait pas partie des meilleures œuvres du cinéaste, il n’en demeure pas moins un métrage agréable et surtout très intelligent.

Note : 14/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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