octobre 21, 2020

L’Ivresse de l’Argent

Titre Original : Do-Nui Mat

De : Im Sang-Soo

Avec Kim Kang-Woo, Yun-Shik Baek, Yun Yeo-Jung, Hyo-Jin Kim

Année : 2013

Pays : Corée du Sud

Genre : Drame

Résumé :

Youngjak est le secrétaire de Madame Baek, dirigeante d’un puissant empire industriel coréen. Il est chargé de s’occuper des affaires privées de cette famille à la morale douteuse. Pris dans une spirale de domination et de secrets, perdu entre ses principes et la possibilité de gravir rapidement les échelons vers une vie plus confortable, Youngjak devra choisir son camp, afin de survivre dans cet univers où argent, sexe et pouvoir sont rois…

Avis :

Im Sang-soo est un réalisateur sud-coréen qui avait déçu avec « The Housemaid« , film sorti en 2010 qui avait tout pour être sublime et prenant et qui s’était révélé être ennuyant et finalement à la limite du compréhensible.

Mais si « The Housemaid » avait déçu, « L’ivresse de l’argent » est un film puissant, sombre et machiavélique qui m’a totalement et infiniment conquis. Loin du film auquel on peut penser, avec « L’ivresse de l’argent« , Im Sang-soo nous plonge dans un drame fou, furieux, injuste, et tiraillé entre principes et envie. Bref, un grand film qui laisse une marque et démontre encore une fois la puissance du cinéma coréen.

Young-jak travaille comme homme à tout faire pour une puissante famille coréenne. La famille est dirigée par Baek, une femme froide, sans état d’âme. Young-jak a beaucoup plus de facilité avec le mari de Madame Baek, celui qu’on appelle le Président. Son travail, même s’il frôle l’illégalité à plusieurs reprises, lui est plaisant et surtout, il est assez facile. Mais la vie de Young-jak va changer du tout au tout quand Madame Baek découvre l’infidélité de son époux avec une servante. Dès lors, haines, rancœurs et trahisons sont les mots d’ordre.

Troublant, voilà le premier mot qui vient en tête à la fin de « L’ivresse de l’argent« , car ce film est troublant dans tous les sens du terme.

À des années du film auquel on s’attendait, Im Sang-soo nous fait une leçon de machiavélisme, sadisme, de mensonge et peint le portrait d’une famille qui fait froid dans le dos.

Ce qui est parfait avec « L’ivresse de l’argent« , c’est que c’est un film qui s’appuie essentiellement sur son scénario, sur le fil rouge de son intrigue et le rapport entre ses personnages. Oubliez le film d’action spectaculaire comme la Corée du Sud sait nous en offrir, « L’ivresse de l’argent » est un film perfide, malsain, qui prend un malin plaisir et tout son temps pour peindre le contexte dans lequel il évolue et creuse ses personnages comme rarement.

Passionnant de bout en bout, le film de Im Sang-soo donne l’impression fascinante d’être une bombe à retardement. Le réalisateur joue d’ailleurs beaucoup avec nos attentes et nous livre un film imprévisible auquel on n’aurait jamais pensé.

Si le scénario peut au départ paraître un peu fouillis, on se laisse entraîner sans difficulté et finalement, on se rend compte que tout a un sens, que tout est étudié, rien n’est gratuit et que tout est présent pour faire évoluer, douter et confondre son personnage principal.

Ici, c’est avec des lettres d’or que le réalisateur nous entraîne dans un monde où personne n’est bon. Pouvoir, désir et orgueil sont les maîtres-mots. Tous les personnages sont nuancés et chacun, mêmes les meilleurs, traînent finalement des casseroles et c’est ce qui fait toute la puissance, la richesse et la folle saveur de « L’ivresse de l’argent » et rend ce film encore plus touchant et lourd de sens.

De plus, le scénario parle à merveille de la folie de l’argent. Du regard que l’argent pose sur vous, de la réussite sociale qu’il démontre. De comment cet argent peut rendre fou aussi, les hommes comme les femmes. Comment il corrompt des cœurs, gâche des vies, donne un sentiment de puissance, de supériorité ou amène parfois au bord l’obsession ou de la dépendance.

« L’ivresse de l’argent« , c’est finalement un film qui est une puissante critique de l’argent en lui-même et pourrait même se révéler être la parfaite définition du dicton, « – L’argent ne fait pas le bonheur », car ici, malgré les millions de cette famille, aucun d’entre eux n’est en paix.

On ajoutera à cela que « L’ivresse de l’argent » est un bijou visuellement parlant. Là encore, le film est puissant et si la photographie est un chef d’œuvre à elle seule, si le film jouit de scènes aussi bluffantes qu’elles sont glaçantes, c’est surtout et avant tout une mise en scène qui s’appuie sur ses comédiens. Doté d’une direction d’acteurs qui s’avère parfaite, le réalisateur fait presque naître des tensions à chaque conversation, ce qui nous tient en état d’alerte permanent, c’en est presque épuisant.

En parlant des comédiens, si l’on notera que tout le casting est bluffant et troublant, Kim Kang-Woo incarne à la perfection les doutes de Young-jak. Yun-Shik Baek se trouve être le personnage le plus touchant. Hyo-jin Kim et On Ju-wan sont géniaux. Mais celle qui remporte tous les regards, c’est bien Yun Yeo-Jung, qui incarne la mère de la famille. Sidérante de charisme, d’autorité, de sadisme, elle crève l’écran dans un rôle complexe, étouffé, faux et sournois.

Im Sang-soo livre là un grand film noir, doté d’une acerbe critique. Pouvoir, désir, vengeance, aigreur, égoïsme, sadisme, machiavélisme, perfidie… Bref, le tout dans une ambiance glaçante qui vous tiendra en haleine jusqu’à la fin. Alors laissez-vous donc enivrer par cette « … ivresse de l’argent » et sa famille, tout en non-dits, en sous-entendus et en trahisons, vous ne serez pas déçu.

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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