Le Violent

Titre Original : In a Lonely Place

De: Nicholas Ray

Avec Humphrey Bogart, Gloria Grahame, Frank Lovejoy, Carl Benton Reid

Année: 1950

Pays: Etats-Unis

Genre: Polar

Résumé:

Dixon Steele, un scénariste en proie à des crises de violence, est accusé du meurtre d’une serveuse. Laurel, une voisine amoureuse de Steele, le disculpe, mais leur amour ne peut échapper à la suspicion.

Avis:

Nicholas Ray fait partie de ces réalisateurs qui possèdent une histoire et une vie hors du commun. Cinéaste visionnaire reconnu pour son travail, notamment sur La Fureur de Vivre ou encore Johnny Guitare, il avait aussi une vie très déstructurée et un tempérament autodestructeur. Pour s’en rendre compte, il suffit de jeter un œil sur son autobiographie de 1974, We Can’t Go Home Again, afin de bien saisir le caractère impulsif et étrange de ce personnage sensitif et sanguin. Mais vingt-quatre ans plus tôt, Nicholas Ray réalise aussi un film qui lui ressemble, sorte d’autobiographie non avouée, avec Le Violent (In a Lonely Place en version originale), dans lequel Humphrey Bogart joue un scénariste solitaire et impulsif, ressemblant étrangement au réalisateur. Poussant le vice encore plus loin, le réalisateur force sa femme à jouer dans le film, Gloria Grahame, et lui donne le rôle de la future conquête du « héros ». Un film maladif donc, jusque dans le physique de Humphrey Bogart, déjà rongé par la maladie lors du tournage, et qui décèdera sept années plus tard.

Sous son titre français, on pourrait croire que Le Violent est un film très sombre, sondant l’âme d’un être nerveux, dangereux et donc virulent. En ce sens, le titre en version originale est beaucoup mieux, puisqu’il permet de parler de l’un des thèmes majeurs de ce métrage, la solitude. Tiré d’un roman de Dorothy B. Hughes de 1948, Le Violent parle d’un homme rongé par la solitude et qui a du mal à gérer ses émotions. Le film, assez différent du roman, montre des personnages qui sont souvent seuls et qui n’arrivent jamais vraiment à garder quelqu’un dans leur entourage. Dix Steele, le personnage central du métrage est un scénariste bougon qui ne semble que très peu intéressé par la gente féminine et qui a beaucoup de principes. On sent, dès le départ, une tristesse infinie dans ce personnage, qui n’est finalement qu’un pion dans le grand échiquier qu’est Hollywood. Mais ce n’est pas le seul personnage à souffrir de cette solitude, puisque tous les protagonistes, ou presque, sont célibataires ou veufs, et tous se retrouvent dans un bar en vogue, masquant ainsi un esseulement morose. Le film possède vraiment une tension émotionnelle importante et elle va énormément jouer sur la relation entre Humphrey Bogart et Gloria Grahame.

Une relation qui s’instaure tout doucement, répondant au canon de la drague des années 50 et qui montre un amour naissant tout en douceur. Le couple est étincelant, redonnant ainsi l’envie d’écrire au scénariste et un goût de la vie à la jeune femme qui a déjà fui un mari violent. Cependant, cette relation va rapidement battre de l’aile lorsque le scénariste est soupçonné d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Poursuivi en secret par la police, manipulant plus ou moins sa compagne, le passé du personnage central refait surface et l’histoire d’amour va commencer à battre de l’aile. Jouant en permanence sur les préjugés, puisqu’il le personnage de Dix Steele est un homme impulsif pouvant se montrer violent, Nicholas Ray s’amuse à semer le trouble chez Gloria Grahame aussi bien que chez le spectateur. Et c’est toujours au détour d’une scène anodine, d’un geste qui peut sembler normal, que le réalisateur s’amuse à entretenir un doute sur l’innocence de son personnage principal. Ce mystère, qui trouvera une résolution à la fin du film aura un impact fort et prouvera que le temps passe vite et que la confiance n’est jamais quelque chose d’acquis. Nicholas Ray propose un final qui prend à la gorge, qui rend triste, mais qui reste vraiment plausible, en lâchant trois phrases sublimes: Je suis né quand tu m’as embrassé. Je suis mort quand tu m’as quitté. J’ai vécu le temps que tu m’as aimé.

Enfin, en dehors de sa charge émotionnelle, le film se veut être un pamphlet contre la grosse machine qu’est Hollywood. Et oui, même dans les années 50, le rouleau compresseur d’humains était déjà bien en place, créant ainsi des has-been, détruisant des personnalités et enfonçant dans l’oubli des stars qui pensaient être éternelles. Derrière son côté polar dramatique, le film montre aussi comment les producteurs choisissent leurs projets, comment certaines personnalités sont jetés à la poubelle et comment les petits jeunes deviennent arrogants avant, eux aussi, de sombrer dans les sombres abysses de l’oubli. Le film est relativement cynique sur l’industrie du cinéma, un milieu dans lequel personne n’est vraiment ami, et où l’alcool et le paraître sont bien trop présents. Nicholas Ray dénonce de façon acerbe mais sans jamais tomber dans la dénonciation frontale, n’empiétant jamais sur l’intrigue principale, afin de ne pas rompre une tension palpable dans l’histoire d’amour entre les deux personnages principaux.

Au final, Le Violent est un grand film qui est un peu trop tombé dans l’oubli. Avec son scénario à tiroirs, sa réalisation impeccable et ses acteurs d’une justesse absolue, Nicholas Ray livre un film poignant, à la fois doux et dur, dressant un portrait triste et touchant d’un homme brisé par une machine infernale. Bref, la restauration bluray était indispensable pour remettre ce film au goût du jour et il serait bien dommage de passer à côté, tant le film reste d’actualité et tant il est excellent dans ses thématiques.

Note: 17/20

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Par AqME

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