décembre 2, 2020

Conviction

D’Après une Idée de : Liz Friedman et Liz Friedlander

Avec Hayley Atwell, Eddie Cahill, Shawn Ashmore, Merrin Dungey

Pays: Etats-Unis

Nombre d’Episodes: 13

Genre: Policier

Résumé:

Au sein du système judiciaire américain, rien n’est tout noir ou tout blanc. Il suffit de demander à Hayes Morrison, avocate et fille de l’ex-Président des États-Unis. Après avoir été arrêtée pour possession de stupéfiants, elle fait face à un dilemme : aller en prison ou accepter un emploi chez son rival, l’avocat new-yorkais Conner Wallace. Afin d’éviter de teinter la campagne électorale de sa mère, Hayes décide d’accepter l’offre et se retrouve ainsi au sein d’une unité spéciale de la police à travailler avec des experts dans de multiples domaines pour réexaminer des dossiers problématiques.

Avis :

Empruntant énormément d’éléments aux productions policières, les séries judiciaires sont tout aussi fournies que leurs homologues. Répondant à des codes clairement établis, il est très difficile de s’en affranchir. D’une part, cela dénature un genre à part entière. D’autre part, trouver une nouvelle approche est délicat, sans compte le risque de mécontenter les spectateurs. Pourtant, il existe bien quelques astuces pour proposer des projets de qualité. On pense notamment à l’anticonformisme des protagonistes (Scandal) ou des intrigues inspirées de faits réels. Ce dernier point étant le cas pour Conviction, le film de Tony Goldwyn qui, en plus de son titre, partage également la même thématique que la présente série. À savoir, les erreurs judiciaires.

Dans le domaine, le sujet est propice à titiller la fibre émotionnelle des spectateurs. La faillibilité du système, la vie brisée de « monsieur Tout-le-Monde », les injustices et les préjugés mis en exergue sur fond de polémiques plus ou moins assumées… Tout cela contribue à mieux s’identifier aux protagonistes, fussent-ils secondaires. Or, si Conviction peine à convaincre le public et la critique, c’est pour de multiples raisons. La première réside dans une mauvaise exploitation du contexte dramatique, alternant légèreté et gravité avec une déconcertante facilité. Cela incombe en grande partie au personnage principal incarné par Hayley Atwell (Agent Carter).

Prônant le dilettantisme à outrance, elle véhicule tous les clichés propres aux gosses de riches en mal de reconnaissances. Capricieuse, hautaine, arrogante, arriviste… Difficile de la trouver attachante, même si elle tend à s’assagir en fin de parcours. Toujours est-il que son caractère désintéressé (dans le mauvais sens du terme) influe sur la qualité des investigations. En l’occurrence, le détachement dont elle fait preuve se révèle une composante clairement communicative. Contrairement à l’accablement et au sentiment de persécution dont elle s’affuble, cette ancienne fille de président des États-Unis n’est pas le seul frein à la réussite de Conviction.

Format télévisé oblige, chaque épisode respecte une structure identique sur laquelle viennent se calquer des histoires indépendantes. Or, celles-ci usent d’un faux suspense de rigueur qui les rend bien trop souvent prévisibles au regard d’un œil averti. D’emblée, on sait que l’acceptation d’un dossier va entraîner un compte à rebours de 5 jours. Exception faite de l’épisode 9 où la vie d’un condamné est en jeu, cette contrainte temporelle n’a aucune incidence sur les faits. Il convient à l’équipe de vérifier que tout a bien été appliqué et que l’accusé est réellement coupable. On devine bien que, malgré les tergiversations et les détours narratifs, il ne peut en être ainsi.

À aucun moment, on ne parvient à partager le doute des différents intervenants. À force d’investigations bâclées, de témoignages recueillis à l’emporte-pièce et de reconstitutions contradictoires, il est évident que l’erreur judiciaire est manifeste. L’apport d’éléments nouveaux ne surprend guère, sauf par leur arrivée tardive dans les enquêtes respectives. Pour dénoncer les négligences du système à tous les niveaux (procédures policière ou judiciaire incluses), la série exploite relativement bien les ficelles propres à chaque spécialité ; y compris celles de la police scientifique pour infirmer ou confirmer certains faits par quelques démonstrations sur le terrain.

Si les thématiques brassées demeurent intéressantes, elles semblent ressasser des points de vue beaucoup trop conventionnels. Certaines enquêtes auraient pu être l’occasion de réviser une opinion, mettre à mal celles de l’équipe ou poser des interrogations éthiques subtiles. On reste dans une approche très conservatrice et conforme à une vision trop restreinte du système. La sempiternelle question de la peine de mort succède aux problèmes de racisme et à l’irresponsabilité pénale. On aurait aimé un peu plus d’audace et de cynisme, comme l’épisode 3 et le point de vue subjectif de la justice. Peut-on relâcher un innocent à même de commettre les crimes dont on l’accuse ? De par sa conclusion et son approche nuancée, il s’agit du point d’orgue de la série.

Au final, Conviction est une série moyenne, pas complètement ratée, mais certainement pas réussie. La base et le concept initial ont le mérite de mettre en avant les dérives d’un système plus fragile et faillible qu’il n’y paraît. Pour autant, les intrigues se révèlent beaucoup trop conformistes et suscitent peu d’interrogations dans leur morale. La compréhension de l’ensemble reste très accessible, mais pâtit d’un cadrage structurel beaucoup trop rigide pour se renouveler. On notera également un fil rouge quasi inexistant qui se résume aux frasques publiques et sentimentales d’Hayes, personnage antipathique par excellence. Cette unique saison s’avère donc mal exploitée au regard de ce qu’elle était capable d’apporter au genre.

Note : 12/20

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Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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