Polytechnique

De : Denis Villeneuve

Avec Martin Watier, Maxim Gaudette, Sébastien Huberdeau, Karine Vanasse

Année : 2009

Pays : Canada

Genre : Drame

Résumé :

Basé sur les témoignages des survivants du drame survenu à l’Ecole polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1989, le film raconte l’évènement à travers les yeux de Valérie et Jean-François, deux étudiants qui ont vu leur vie basculer lorsqu’un jeune homme s’est introduit dans l’école avec une idée en tête: emmener avec lui dans la mort le plus de femmes possible.

Avis :

Denis Villeneuve est l’une des montées en puissance les plus impressionnantes de ces dernières années. Si le réalisateur officie depuis le milieu des années 90 au Canada, c’est à force de talent et de films tous plus impeccables les uns que les autres que Denis Villeneuve est aujourd’hui en passe d’être le réalisateur incontournable des années 2010.

Mais avant d’éclater avec ce que l’on peut appeler sa période américaine, Denis Villeneuve, c’est quatre autres films parmi lesquels on trouve « Polytechnique« . Même pas arrivé jusque dans nos salles, il aura fallu attendre 2015 et la reconnaissance de Villeneuve pour que le film soit disponible dans nos contrées.

« Polytechnique » nous raconte une effroyable et implacable descente en enfer pour les élèves de l’école de polytechnique de Montréal, un jour de Décembre 1989. Puissant, dur, d’une froideur de circonstance, pour son troisième film, Denis Villeneuve ne déroge pas à sa règle et nous offre encore une fois un grand film, qui n’est pas près de quitter nos mémoires.

Le 06 Décembre 1989, à l’école de polytechnique de Montréal, les élèves vaquent à leur occupation habituelle. Pendant que certains révisent les futurs examens, d’autres sont en cours et d’autres encore dans leurs chambres d’étudiant font la fête. Rien, absolument rien ne laissait présager en ce jour, le drame qui allait se jouer dans les couloirs.

Revenant sur un fait divers douloureux, la tuerie de l’École Polytechnique de Montréal, où un jeune homme armé d’un fusil, sous couvert de haine envers les féministes, a tué quatorze jeunes femmes et blessé tout autant d’autres. Le fait, un choc au Canada, et au vu du drame, était presque logique qu’un jour ou l’autre, un cinéaste se saisisse de l’affaire pour la mettre en images et c’est donc à Denis Villeneuve que revient cette lourde et douloureuse tache et le moins que l’on puisse en dire, c’est que Villeneuve a effectué un travail bluffant. Bluffant dans son rapport aux victimes ou au tueur et bluffant, car le réalisateur n’a pas oublié de faire de « Polytechnique » une œuvre aussi bien puissante dans son hommage, que fascinante dans sa mise en scène.

« Polytechnique« , c’est un film qui se base sur les témoignages des survivants de la tuerie. Denis Villeneuve livre là un film terriblement respectueux du drame. Le scénario est incroyable et les idées du réalisateur pour nous raconter cette descente aux enfers sont géniales. Plongé dans un noir et blanc (qui est à la limite de la poésie), comme pour créer une distance entre la réalité et la fiction, le passé et le présent, ou encore pour pousser à la froideur du drame qui va se tenir ici, Denis Villeneuve nous enferme dans les couloirs de cette école.

Le scénario, qui est avant tout un parcours, ou plutôt des parcours, puisque l’on suit principalement trois personnages (celui de deux étudiants, un masculin et un féminin, et le tueur en question (à noter que le nom du tueur n’est jamais mentionné, afin de ne pas le glorifier)), est captivant de terreur. Denis Villeneuve nous tient et jamais ne nous lâche avec cette pression qu’il exerce avec une habileté étouffante pendant l’heure et quart que dure son film.

« Polytechnique« , c’est aussi un film qui interroge sur l’état de notre société et malgré les presque trente ans des faits, il résonne sur certains de ses sujets d’actualité. « Polytechnique« , c’est un film qui aborde le féminisme, mais aussi le côté masculin, d’ailleurs Villeneuve ouvre parfaitement son film avec les explications du tueur (attention, elles ne sont pas là pour excuser les faits qui vont suivre dans le film). C’est un film qui parle avec des mots incroyablement justes des conséquences et des séquelles qui demeurent après ces faits. Des blessures qui jamais ne se refermeront vraiment. Et tous ces sujets sont abordés avec un extrême respect des victimes ou de l’école.

Si « Polytechnique » est un choc fascinant dans son récit, c’est aussi un choc dans sa mise en scène. Incroyable, Denis Villeneuve développe ici des idées de mises en scène qui vont être autant de métaphores pour mieux comprendre le film ou ses personnages. Une mise en scène d’une subtilité absolue qui se déchiffre et pousse à la réflexion à elle seule. Le dernier plan du film est peut-être le meilleur des résumés.

« Polytechnique« , c’est aussi un travail sur le son tout à fait impressionnant. Chaque coup de fusil est puissant, Denis Villeneuve nous terrifie à chaque coup un peu plus, c’est extrêmement violent et ce travail donne l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. Denis Villeneuve veut autant nous surprendre et nous choquer par l’instantanée que les protagonistes de son film.

On ressort donc de « Polytechnique » sur les rotules, secoués, choqués, étouffés, brutalisés. L’immersion est sévère, brutale et surtout totale. Denis Villeneuve crée l’angoisse et la pression à tout instant et son final se révèle être une puissante démonstration de son talent, mais aussi de son intelligence et son respect pour toutes les victimes vivantes ou non et leurs familles.

Bref, ce film est une onde de choc qu’il faut voir. Décidément, Denis Villeneuve n’a vraiment pas fini de nous bousculer et nous passionner.

Note : 18/20

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Par Cinéted

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