décembre 2, 2020

Marquer les Ombres T.01 – Veronica Roth

Auteur : Veronica Roth

Editeur : Nathan

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Une galaxie où certains êtres possèdent un « don », un pouvoir unique. Akos et Cyra sont de ceux-là. Ils appartiennent à deux nations ennemies, mais ils ont chacun besoin du don de l’autre. Vont-ils s’allier ou se détruire ?

Avis :

Peut-être que le nom de l’auteure vous dit quelque chose et vous auriez bien raison. Veronica Roth, l’auteure de la trilogie dystopique Divergente (également adaptée au cinéma), signe ici le début d’une autre de ses sagas et change radicalement de style. L’univers est original, navigant entre science-fiction et fantaisie, et l’intrigue n’a rien à voir avec ses œuvres passées. Une saga de science-fantasy pour adolescents/jeunes adultes n’est pas chose courante et constitue une lecture vraiment rafraichissante !

On est ici en présence d’une science-fiction plutôt grand public, avec un univers régi non pas par des lois compliquées ni éprouvées mais maintenu par un flux dont on ne sait quasi rien. Ce flux est visible, comme peut l’être la Voie Lactée dans le ciel, et peut être vénéré comme une divinité. C’est également ce flux qui donne des pouvoirs à certaines personnes. Ces pouvoirs se manifestent d’une façon différente selon la personne qui en est affectée car ils dépendent de sa personnalité. Ce don peut être néfaste ou bienvenu, il peut faire souffrir ou soulager, il peut être utile comme ne pas servir.

Le début du roman est agrémenté d’une belle carte présentant le système solaire qui va nous intéresser pour ce tome un. On y voit une étoile entourée de neuf planètes, chacune abritant des peuples bien caractéristiques, des climats, reliefs, croyances et coutumes très différents. L’auteure ne décrit pas beaucoup ces différentes planètes et ne s’attardent pas spécialement sur les traditions de chaque peuple. On apprend tout de même certaines choses, notamment sur la planète Othyr, plutôt douée pour le commerce, ou sur Pitha, dont les armes de guerre de hautes technologies intéressent. L’univers ainsi créé est vraiment captivant et étonne plus d’une fois.

Cependant, certains faits restent flous. On ne comprend pas très bien le rôle des oracles ni celui des « destins », des faits que les personnes concernées ne peuvent jamais combattre, comme si le libre-arbitre n’existait plus et que leur vie était vouée à l’échec dès leur naissance. Tout le monde n’a pas de « destin » et rien n’est expliqué sur leur provenance, leur bien-fondé et leur utilité. Ces considérations perturbent et on ne trouvera pas nos réponses dans ce tome. On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi les « destins » sont révélés au grand public, surtout quand ceux-ci annoncent une trahison, des meurtres ou une guerre. Ce point reste mystérieux alors qu’il marque le tournant du livre. C’est en effet après l’annonce des « destins » des enfants de l’oracle de Thuvé (une des neuf planètes), qu’une chose horrible se produit.

Le livre est à deux niveaux de narration : une des écritures est à la troisième personne et une autre est à la première. Cette dernière prend le point de vue de la jeune Cyra, membre de la famille Noavek qui dirige Shotet, un pays englobant la moitié de Thuvé.  L’autre point de vue est celui d’Akos, un des fils de l’oracle, habitant sur l’autre moitié de la planète. Thuvésits et Shotets ont toujours été ennemis, jusqu’à aussi longtemps qu’ils s’en souviennent et n’ont pas du tout les mêmes croyances ni les mêmes histoires pour raconter ce qu’ils ont vécu et les guerres qui se sont produites. Un peu comme dans Roméo et Juliette, on retrouve ainsi un garçon et une fille, que tout oppose mais qui finiront, sans surprise, par se comprendre, s’apprécier puis par s’aimer. Les niveaux de narration sont intéressants et permettent de mieux comprendre les personnages.

Akos et Cyra peuvent plaire comme déplaire. Cela dépend de notre propre empathie, de notre facilité à adhérer à certains clichés et de ce que l’on a vécu. Akos, comme Cyra, sont des êtres profondément blessés qui, malgré le masque et la force dont ils se servent devant les autres, tombent quand ils sont seuls. Ce genre de personnages n’est pas très original mais cela n’enlève rien à leur crédibilité et à l’attachement que l’on peut développer envers eux. Leurs réflexions et leurs émotions sont plutôt sombres, s’accordant finalement avec l’univers dans lequel ils évoluent. L’auteure a en effet pris le parti des scènes d’actions crues et violentes, faisant couler le sang à profusion et accentuant le dégoût qu’Akos ou Cyra ressentent pour eux-mêmes.

L’intrigue principale ne se fait sentir que bien après le début du récit. Les premières pages du roman nous plongent dans le passé des deux personnages principaux et nous fait vivre leur rencontre avec lenteur et justesse. Les réactions d’Akos envers sa geôlière sont cohérentes avec la situation et l’attitude de Cyra est ensorcelante. On assiste à leurs découvertes l’un de l’autre et leurs sentiments évoluent doucement, en toute logique et sans précipitation. Cette histoire d’amour n’est d’ailleurs même pas assumée par les deux principaux intéressés qui se focalisent davantage sur les intrigues politiques qui se déroulent autour d’eux. De plus, la sensation de trahison pour leur propre patrie plane sur eux telle une enclume prête à s’abattre à tout moment. L’histoire d’amour ne s’en trouve que plus touchante mais est loin d’être l’enjeu principal de l’histoire. L’intrigue tourne autour des « destins » des personnages principaux, auxquels viennent s’ajouter le frère de Cyra, Zyrek, et le frère d’Akos, Eijeh.

Les personnages secondaires sont charismatiques et captivants. Ryzek, bien que personnifiant plutôt le mal et le méchant de l’histoire, est plus complexe que cela ; Sifa, la mère d’Akos, est étrange et mystérieuse et Cisi, la sœur d’Akos, est pleine de tendresse et de rancœur. Il est à espérer que le prochain tome les mettra plus en avant, étant donné leur originalité et leur saveur.

Beaucoup de résolutions d’actions apparaissent comme vraiment trop faciles. Même si les héros doivent se plier face à quelques difficultés, il ne semble pas y avoir de gros adversaires pour les contrer ou les empêcher de réussir. Il nous apparaît presque comme simple de pénétrer dans l’antre de Ryzek ou de venir semer le trouble sur le territoire d’origine d’Akos, la frontière entre les deux peuples n’étant même pas surveillée. Entre deux patries qui se détestent, ce détail perturbe.

La fin n’est pas une vraie fin et beaucoup de questions restent sans réponse. Des révélations sur les personnages nous sont fournies dans les dernières pages, pour nous faire saliver et nous donner envie de lire la suite.

La nouvelle saga de l’auteure s’annonce prometteuse. L’univers est incroyable et les personnages ont des caractéristiques plutôt intéressantes. De plus, la relation amoureuse est soignée et réaliste, comme les relations familiales et d’amitié développées dans le récit. Les actions et échappatoires sont sans doute à revoir pour une suite plus crédible et aussi sombre que l’auteure veut nous le faire sentir.

Note : 15/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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