L’Amant

De : Jean-Jacques Annaud

Avec Jane March, Tony Leung Ka Fai, Melvil Poupaud, Jeanne Moreau

Année : 1991

Pays : France, Vietnam, Angleterre

Genre : Romance

Résumé :

Les amours d’une jeune fille de quinze ans et demi et d’un Chinois de trente-six ans à la fin des années 1920 en Indochine.

Avis :

On ne présente plus Jean-Jacques Annaud, immense réalisateur français qui ne cesse depuis plus quarante ans maintenant d’enrichir et d’embellir le paysage du cinéma français. Après avoir conclu les années 80 sur une note de chef d’œuvre avec « L’ours« , le réalisateur quitte alors les montagnes pour l’Indochine des années 20.

Les mots de Marguerite Duras, les images de Jean-Jacques Annaud (bon, les deux ne pouvaient pas se voir) et les débuts de Jane March, le tout dans un Saïgon moite, troublant et sensuel, cela a de quoi attiser la curiosité.

Sixième film pour Jean-Jacques Annaud qui se lance encore dans un projet différent et prend même des risques, puisqu’en plus de se risquer d’adapter Marguerite Duras à l’écran, le réalisateur se lance dans une histoire d’amour charnelle entre une jeune fille de quinze ans et un homme de trente-trois ans, autant dire que le sujet est aussi casse-gueule qu’il est brûlant dans tous les sens du terme, mais Jean-Jacques Annaud évite les pièges et offre un film passionné et délicat. Un film beau et étonnant. Bref, un film comme on adorerait en voir plus souvent.

Saïgon, les années 20, une jeune fille française de quinze ans fait la connaissance sur un bateau d’un homme, chinois, de trente-trois ans. L’attirance est presque innée entre eux. Elle vit dans un pensionnat et a quelques petits problèmes familiaux. Lui est un homme d’affaire riche et important. Ensemble, à l’abri des regards, derrière les volets d’une garçonnière, ils vont s’aimer.

Envoutant, émouvant, sensuel, érotique et pudique, « L’amant » de Jean-Jacques Annaud est vraiment une très belle surprise. Avec « L’amant« , Jean-Jacques Annaud fait bien plus qu’adapter Marguerite Duras, puisqu’il met en images l’adolescence et un moment particulier de l’écrivaine, puisque le roman qu’il adapte est une biographie de l’auteure. « L’amant » est donc un film encore plus casse-gueule qu’il ne le parait et la réussite d’Annaud est encore plus merveilleuse.

Si l’intrigue est magnifique et complexe, le réalisateur nous entraîne dans un film bien plus riche que la relation entre ces deux amants, puisqu’il aborde la relation que la jeune fille a avec sa mère, l’absence de son père ou encore l’amour d’un frère et le mal-être de l’autre. « L’amant » aborde aussi la vie dans un pensionnat et les amitiés qu’on s’y fait.

Puis plus largement, « L’amant« , c’est aussi la vie en Indochine, sa culture, sa pauvreté, sa richesse, ses lois, ses traditions, ses communautés et les rapports entre-elles ou encore la colonie. Bref, avec « L’amant« , Jean-Jacques Annaud offre un film riche et pointilleux, qui respire le travail pour que son rendu soit au plus juste, au plus intéressant, mais aussi au plus touchant.

Mais bien sûr, devant tous ces sujets, « L’amant » est avant tout l’amour et la passion dévorante entres ces deux personnages. Sujet difficile au vu de la grande différence d’âge entre les deux personnages, surtout que la plus jeune est mineure. Mais pourtant, malgré cette différence d’âge, même entre les deux acteurs eux-mêmes, Jean-Jacques Annaud réussit à faire un film aussi osé, sensuel, amoureux et sexuel que respectueux, pudique, et tout simplement beau. La relation entre ces deux personnages est fascinante devant la caméra de Jean-Jacques Annaud. On sent un désir, une étincelle à tout instant. On sent le plaisir des personnages, on est touché par la découverte de cette jeune fille que Jean-Jacques Annaud filme à merveille. « L’amant« , c’est une découverte, une recherche de soi à travers l’amour, le sexe, le désir et la provocation. « L’amant« , c’est une émancipation et une liberté, sans jugement et sans honte.

Avec ce film, Jean-Jacques Annaud ose filmer les chaleurs de cette relation, « L’amant » est érotique, il est parfois cru et magnifiquement bercé dans une photographie à tomber par terre.

Puis « L’amant » est tenu par deux acteurs incroyables dans des rôles terriblement difficiles. « L’amant« , c’est un couple de cinéma sublime que Jean-Jacques Annaud a bien eu du mal à trouver. « L’amant« , c’est le premier pas de Jane March, étonnante de charisme et de maturité. La jeune actrice de dix-huit ans à l’époque crève tout simplement l’écran. Cette grâce, ce sensuel et puis ce regard, on ne peut que comprendre que Jean-Jacques Annaud l’engage et c’est bien dommage qu’elle n’ait pas la carrière qu’elle mérite (mais ça c’est un autre débat).

Pour jouer « L’amant » de Jane March, Jean-Jacques Annaud a choisi Tony Leung Ka Fai qui trouve là un rôle bouleversant de délicatesse. Un rôle à sa hauteur. Un rôle tout en subtilité. Un rôle qui n’ose pas vraiment, puis qui se laisse peu à peu envahir, puis restreindre malheureusement. C’est vraiment un personnage bouleversant et peut être plus que celui tenu par Jane March.

Puis, on ne peut passer à côté du fait que l’histoire nous soit racontée par le timbre envoutant de Jeanne Moreau, qui incarne une Marguerite Duras vieillie plongeant dans ses souvenirs d’Indochine et de premiers émois.

« L’amant » était un film compliqué, difficile, et Jean-Jacques Annaud en fait une magnifique réussite. Romantique, sensuel, érotique, triste, et beau, tout simplement beau, le réalisateur nous fascine avec cette histoire d’amour interdite et l’on passe par toutes les émotions. Bref, encore un grand film d’Annaud et peut être bien son plus beau.

Note : 17/20

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Par Cinéted

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