décembre 2, 2020

L’Amant Double

De : François Ozon

Avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond

Année : 2017

Pays : France

Genre : Thriller

Résumé :

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

Avis :

L’infatigable François Ozon, voilà comment il faudrait le définir, tant le réalisateur enchaîne les films avec une grâce et une fluidité étonnante.

François Ozon, c’est presque trente ans de carrière, et près d’une quarantaine de films en boîte (bien entendu, on prend on compte le nombre assez incroyable de courts-métrages qu’il a faits et continue de faire encore). François Ozon, c’est l’homme qui passe d’un style à l’autre, d’une histoire à l’autre.

Huit mois après le sombre et très beau « Frantz« , François Ozon revient cette fois-ci avec un thriller manipulateur aux tendances très sulfureuses. « L’amant double » est un film qui va avoir tendance à diviser le spectateur tant le film est aussi osé que particulier. Avec ce film, François Ozon ose s’aventurer là où peu l’on fait et livre un film aussi malsain et pervers que fascinant dans ses mensonges. Un film qui ne se livre pas facilement, et qui mérite même (à condition de l’avoir apprécié) un deuxième visionnage pour en comprendre toutes les subtilités de sa folie. Bref, Un Ozon radical qui ne ressemble à rien dans l’impressionnante filmographie de son réalisateur.

Chloé est une femme fragile et tourmentée. Après des années d’hésitation, elle finit par avoir le courage de consulter un psychothérapeute. Ce psychothérapeute, c’est Paul Mayer, et après plusieurs mois de séances, Chloé se sent de mieux en mieux. Au fil des séances, des sentiments sont apparus entre Chloé et Paul, si bien que pour vivre leur histoire, Chloé et Paul ont décidé d’arrêter la psychothérapie.

Après plusieurs mois d’idylle, après avoir emménagé ensemble, Chloé découvre que Paul n’est peut-être pas celui qu’il semble être.

Perturbant, glauque, sombre, violent, déséquilibré, et très manipulateur, voilà ce qu’est et plus encore le nouveau film de François Ozon.

« L’amant double« , comme son nom l’indique, est un double film, une double histoire qui va se révéler peu à peu au grès des indices cachés que le réalisateur sème dans son histoire. Avec ce film, François Ozon tient là son scénario le plus dur. Un scénario qui tient en alerte son spectateur. Un scénario qui nous plonge dans une paranoïa aussi perverse qu’elle est complice. Un scénario qui s’avère bien plus psychologique que le synopsis et la bande-annonce le laissent paraitre.

« L’amant double » peut se révéler difficile d’accès, tant le film est radical. Il faut dire qu’une fois les pièces du puzzle rassemblées, le dernier-né de François Ozon peut laisser un goût d’incompréhension qui déséquilibrera celui qui l’a suivi, d’où le fait d’un second visionnage, afin de pouvoir clairement profiter de toutes les subtilités d’un scénario, mais aussi d’une mise en scène à double tranchant.

Si « L’amant double » reste un film fascinant, il est aussi si radical et perturbant et il est aussi parfaitement compréhensible que le film laisse naître des réactions violentes de rejet. François Ozon, avec cette histoire de jumeaux manipulateurs et pervers, se laisse totalement noyer dans son film, quitte à en perdre une partie de son public, ce qui est loin d’être désagréable, car qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il est vrai que si le cinéma français avait autant de gueule, de caractère et de couille que ce film, il serait plus souvent passionnant.

« L’amant double« , comme vous l’aurez compris, est un film à la mise en scène sublime, troublante et labyrinthique. Ici, ce qui est très appréciable, c’est que François Ozon joue énormément avec les ambiguïtés, les apparences et les fausses routes. Son film a quelque chose qui tient du cauchemar, dont on ne sait si c’est un rêve ou la réalité.

Le réalisateur joue beaucoup avec les reflets, les miroirs, les spirales, et les doubles à l’image de ces jumeaux maléfiques ou angéliques génialement incarnés par un Jérémie Renier qui n’avait encore jamais été filmé ainsi.

Encore une fois, François Ozon démontre une envie de se renouveler et ose, quitte à se planter sur certaines choses.

« L’amant double » demeure bien souvent fascinant dans ses idées de mise en scène. Une mise en scène qui n’est pas sans rappeler « Le locataire« , « Répulsion« , ou « Rosemary’s Baby » de Polanski, c’est même flagrant.

L’amant double, dans ses idées, est un film qui nous plonge dans un thriller glaçant, qui ira même jusqu’à aller dans le fantastique. Dans ses idées, c’est un film qui est parfois cru et violent quand il part dans l’érotisme et la sexualité. « L’amant double« , c’est un film qui n’a pas peur de la chambre à coucher. C’est un film qui ose se perdre dans des sexualités différentes, entre amour, perversité et névroses. Seul petit reproche qu’on peut lui faire, c’est de ne pas oser aller plus dans la liberté avec son acteur. Si Jérémie Renier a des scènes très osées, il faut dire aussi que quand les rapports sont fini,s que les discussions sur l’oreiller s’installent, la nudité de son acteur paraît alors très fabriquée, dans le sen, où tout est fait pour cacher son acteur. Un choix pour le moins étrange, car François Ozon livre un thriller chaud, qui ose s’aventurer crument dans les chambres et d’un coup, il se met un frein, allant presque jusqu’à faire des tableaux pour cacher son acteur, alors qu’il n’a aucun souci à filmer la magnifique Marine Vatch (superbe d’ailleurs en jeune femme tourmentée, déséquilibrée et presque androgyne) sous toutes les coutures.

« L’amant double » est donc un bon film, voire même un excellent film signé François Ozon. Certes, il est difficile d’accès, certes, il est cru, certains diront même qu’il est gratuitement pervers, mais il n’en demeure pas moins prenant et fascinant. Et finalement, le seul petit reproche qu’on a envie de lui faire (et pourtant qui n’en est pas un), c’est de sortir de la salle avec un sentiment d’avoir été perdu à un moment donné. Mais bon, c’est avec plaisir qu’on se replongera dans cet « … amant double » pour en comprendre toutes les subtilités, les névroses, et les doubles tranchants de son scénario.

Note : 15,5/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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