novembre 30, 2020

The Jane Doe Identity – Cadavre Exquis

Titre Original : The Autopsy of Jane Doe

De: André Ovredal

Avec Emile Hirsch, Brian Cox, Ophelia Lovibond, Olwen Kelly

Année: 2017

Pays: Etats-Unis, Angleterre

Genre: Horreur

Résumé:

Quand la police leur amène le corps immaculé d’une Jane Doe (expression désignant une femme dont on ignore l’identité), Tommy Tilden et son fils, médecins-légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Au fur et à mesure de la nuit, ils ne cessent de découvrir des choses étranges et inquiétantes à l’intérieur du corps de la défunte. Alors qu’ils commencent à assembler les pièces d’un mystérieux puzzle, une force surnaturelle fait son apparition dans le crématorium…

Avis:

Perturbations sonores, saccages dans les salles obscures, mauvaise réputation suite à plusieurs mauvais métrages, les films d’horreur ont eu la vie dure récemment et on peut même dire que c’est une espèce en voie d’extinction. Non pas que le film d’horreur va disparaître, mais surtout qu’il se voit privé de salles de cinéma et on risque, à plus ou moins long terme, d’avoir des films à moindre coût réservé à un marché du DTV et non plus à quelques pépites bénéficiant d’un budget un peu plus conséquent. De ce fait, il semblerait que dès qu’un film d’horreur sorte sur les grands écrans, c’est de suite la panacée et il faut à tout prix encenser le film pour qu’il ne sombre pas dans l’oubli. Si parfois cet engouement est justifié comme pour Get Out sorti en début de mois, parfois, c’est un peu la douche froide et Blumhouse ne fait pas que des bons films. The Jane Doe Identity (The Autopsy of Jane Doe en VO, allez savoir pourquoi ce changement de titre toujours en anglais…) se détache du reste de la masse par sa tonalité, son ambiance particulière et sa volonté de générer de l’angoisse en alliant un cinéma Hitchcockien avec de l’horreur moderne et des jump scare dépassés.

Dès le départ, le réalisateur donne le ton, avec la découverte d’une scène de crime sanglante et un cadavre blafard découvert à moitié enseveli dans le sable d’une cave. A l’aide d’un montage hyper cut, le réalisateur, déjà responsable du sympathique The Troll Hunter, pose une angoisse poisseuse et qui fait de grosses références au Seven de David Fincher. Cependant, ce ton va être rompu rapidement avec la visite de la morgue, lieu principal de l’action du film. Alliant une musique rock avec des images d’autopsie assez morbides, le métrage va alors présenter les deux principaux personnages, à savoir Tommy Tilden et son fils, Austin. On va avoir droit alors à une présentation assez sommaire d’un père et de son fils qui semble assez complices, mais dont chacun a des ambitions assez différentes. D’un côté, le père souhaite clairement que son fils reprenne l’entreprise familiale et de l’autre, le fiston souhaite d’émanciper et faire autre chose en compagnie de sa petite amie. Jouant sur les codes de la filiation et l’amour d’un fils pour son père, le film va alors essayer de tirer sur la corde sensible du spectateur pour qu’il puisse ressentir une certaine empathie envers les deux protagonistes. Si cela marche au départ, il manque une osmose entre les deux acteurs, Emile Hirsch et Brian Cox, pour que le tout prenne vraiment. En effet, on a l’impression que les deux acteurs mettent une vraie distance entre eux et c’est un peu dommage.

Cependant, le film se détache des autres productions dites modernes grâce à deux effets intéressants. En premier lieu, le film est gore, mais il est gore pour une bonne raison. Au fur et à mesure de l’autopsie, les effets surnaturels sont de plus en plus nombreux, mais surtout, les découvertes sur le corps de la défunte permettent de résoudre un puzzle qui va tenir en haleine son spectateur. Et c’est en ce sens que le film se veut un héritier d’Alfred Hitchcock, c’est qu’il prend le spectateur dans une angoisse permanente autour d’un mystère et joue constamment avec les bruits et les images en arrière-plan. Un suspens parfaitement géré malgré le vase clos dans lequel évolue les deux personnages, une morgue moderne dans son équipement mais lugubre dans sa décoration, arborant un style londonien des années 20. Cette dichotomie sera à l’image du film, qui s’appuie sur d’anciens effets de peur et notamment des effets gores réussis grâce à des effets spéciaux mécaniques, mais aussi sur des jumps scare modernes et trop attendus pour pleinement convaincre.

Et c’est peut-être là le léger point faible du film. En effet, il n’avait pas besoin d’inclure des moments surprenants pour faire sursauter le spectateur. On a l’impression qu’André Ovredal a voulu ménager la chèvre et le chou pour plaire aux jeunes, mais aussi aux plus rompus du genre, peaufinant une ambiance angoissante et lugubre. Ainsi, certains effets sont très réussis, à l’image de ces corps qui bougent, faisant tinter une petite clochette et que l’on ne découvre que partiellement, mais d’autres sont clairement éculés, comme ces montées de sons ou de changement soudain de plans pour faire sursauter le spectateur. Le film n’a clairement pas besoin de cela et il suffisait juste de continuer à faire de petits travellings, de petites apparitions dans un coin du cadre pour rendre le film bien plus intéressant et angoissant. D’autant plus que l’intrigue, qui s’éclaircit au fur et à mesure du film, se révèle finalement assez stressante pour se suffire à elle-même.

Enfin, le film se révèle efficace dans sa mise en scène. Tenant son film sur plus d’une heure et demi, le réalisateur trouve toutes les astuces pour possibles pour ne pas ennuyer le spectateur et que le film ne soit pas redondant. Alors certes, on aura droit aux sempiternels allers-retours, mais globalement, le réalisateur tire son épingle du jeu grâce à de judicieux mouvements de caméra et à un rappel toujours appuyé sur le visage de Jane Doe, ce cadavre inerte et pourtant sujet à bien des maux. Menace immobile et inexpressive, ce retour constant sur le visage de la défunte permet d’augmenter l’angoisse et d’interpeller sur l’origine de cette jeune femme inconnue, afin que l’on s’accroche à l’intrigue. C’est malin et surtout distillé avec intelligence durant tout le métrage.

Au final, The Jane Doe Identity est un film d’horreur efficace même s’il contient quelques faiblesses et qu’il abuse parfois d’effets dépassés comme des jump scare dispensables. Mais il faut plutôt se réjouir de revoir un film d’horreur « à l’ancienne » au cinéma, réussissant le pari d’allier une intrigue intéressante avec une ambiance anxiogène et claustrophobe maîtrisée de bout en bout. S’il n’est clairement pas le film d’horreur de l’année (Get Out est bien meilleur avec son message sulfureux et sociétal), The Jane Doe Identity s’avère un moment stressant et intelligent, comme on en voit trop peu au cinéma ces derniers temps.

Note : 15/20

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Par AqME

 

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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