septembre 28, 2020

Le Club de l’Enfer – Peter Straub

Auteur : Peter Straub

Editeur : Fleuve Noir/Pocket

Genre : Thriller, Horreur

Résumé :

Nora Chancel en est persuadée : après avoir agressé plusieurs de ses relations, le tueur va s’en prendre à elle ! N’a-t-elle pas toute sa vie été marquée comme une victime ? Ne vient-elle pas, encore tout récemment, en s’intéressant de trop près à la genèse du Voyage dans la nuit, roman culte à l’origine de la fortune familiale, de voir basculer toutes ses certitudes ?
N’est-ce pas elle qui se trouve accusée de meurtre tandis que le tueur. tapi dans l’ombre. attend son heure ? Lorsque celui-ci fond enfin sur elle, elle va s’embarquer pour son propre voyage dans la nuit. Mais une chose est sûre : qu’elle y survive ou non. plus jamais elle n’acceptera le rôle de la victime consentante.

Avis :

Moins connu que son ami et collègue Stephen King en France, Peter Straub demeure néanmoins un nom essentiel dans la littérature fantastique contemporaine. S’il a tendance à digresser plus que de rigueurs, il développe des personnages et des ambiances assez immersives. L’un des fleurons du genre reste Ghost Story dont l’adaptation cinématographique ne nous laisse qu’entrevoir une partie de la complexité du livre. Particulièrement friand des intrigues à tiroir où l’on entremêle réalité et fiction, Peter Straub explore l’envers du décor du métier de romancier et d’éditeur avec Le club de l’enfer. Une entreprise ambitieuse. L’est-elle un peu trop ?

En soi, le sujet choisi n’est pas pour déplaire puisqu’il entre au sein d’un milieu aristocratique quelque peu élitiste et pédant. L’homme maîtrise ce genre de personnages et, comme à son habitude, on retrouve une galerie de portraits aussi large qu’exhaustive. Peter Straub excelle dans la caractérisation au point de se complaire dans une multitude de détails qui ont tendance à rallonger l’intrigue plus qu’elle ne l’exige. Certes, chaque intervenant est à la place qu’il mérite avec ses contradictions, ses motivations et son comportement (enfin, quand on ne parle pas de mauviette). Pour autant, la somme d’éléments présents n’empêche nullement d’être surpris dans le mauvais sens du terme par certaines de leurs réactions.

En tête de liste, la pétulante Nora Chancel dont le statut de victime/otage en milieu de parcours laisse perplexe. La faute à certaines séquences où son psychopathe de kidnappeur la viole et lui fait subir divers sévices. Puis, le chapitre suivant, ils taillent le bout de gras au restaurant du coin ou se la jouent Bonnie & Clyde du dimanche. Même constat par la suite où le comportement de Nora va en s’aggravant avec des choix incohérent et injustifié dans le fond. Une impression qui entame clairement la crédibilité d’une intrigue poussive à la densité bien fade.

Si le premier tiers laisse augurer un traitement lent, mais soigné. Le reste nous plonge dans une succession de faits ennuyeux, banals ou sans grande utilité pour la suite des réjouissances. À ce titre, incorporer des éléments policiers et une chasse à l’homme sans tenir un rythme tendu confère à l’ensemble une progression brinquebalante où les visites de courtoisie prennent le pas sur l’éclaircissement de l’affaire. D’une part pour découvrir le fin mot de l’histoire. D’autre part, pour innocenter Nora qui ne semble guère préoccupée par ces agents du FBI un rien benêt et adeptes des conclusions hâtives étayées sans preuve matérielle.

Même en connaissant l’œuvre et le style de Peter Straub, il est difficile de se plonger dans son intrigue sans éprouver une sensation de lourdeur. Malheureusement, la progression laborieuse se dispute à quelques lignes de dialogues peu inspirées, voire répétitives au point de se révéler agaçantes. Et l’aspect surnaturel ? Derrière un titre qui laisse augurer du sordide se trouve un prétexte racoleur puisqu’on ne parle que trop peu du fameux club de l’enfer. À la rigueur, on pourrait apprécier le présent ouvrage comme un thriller maladroit pas forcément assumé, tant les intentions et les connaissances de son géniteur se tournent vers d’autres horizons.

Au final, Le club de l’enfer est une amère déception pour les amateurs de Peter Straub et les férus de littérature fantastique. Inutilement longue, l’histoire cache des révélations alambiquées sous un flot d’éléments anecdotiques. Il en émane une certaine complaisance où le sujet principal se perd dans des considérations secondaires et sans fondements. On ne retrouve nullement la patte esthétique de l’homme responsable de Ghost Story ; encore moins sa propension à entretenir des atmosphères peu communes. Avec ce thriller pseudo-horrifique bancal, Peter Straub présente une ébauche médiocre dépourvue d’identité bien loin du talent de conteur qu’on lui connaît.

Note : 08/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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