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Le Cri du Cannivore – Jour 1

Et voilà, ça y est, le Festival de Cannes a officiellement commencé pour moi et la plupart des gens.

Les professionnels affluent au marché du film, les stars s’accumulent sur les marches et les spectateurs se pressent près du tapis rouge pour tenter d’apercevoir une mèche de leur acteur préféré (alors qu’il m’a suffi de marcher dans les rues de Cannes pour croiser Elle Fanning).

Et bien sûr rien ne se passe comme prévu, ce qui en a fait une petite première journée, tant au niveau du nombre de films vus que de leur qualité.

Comme je l’imaginais, je n’ai pas eu la foi de me lever aux aurores pour la séance de 8h30 de Wonderstruck. Je descends donc sur la croisette vers 12h30 pour tenter d’aller charmer les hôtesses (ou les stewards, mais ce sont plus souvent des femmes) du Marché du Film et récupérer des invitations pour les séances prévues.

Première déconvenue : A24, qui distribue It Comes at Night, n’a pas de stand dans l’enceinte du Palais. Cela arrive, souvent les prods préfèrent louer un appartement ou une chambre d’hôtel dans un des nombreux bâtiments du bord de mer. Sauf que certains n’aiment pas être dérangés, et ne donnent pas à l’organisation leur lieu de villégiature… Comme ici.

Impossible de les contacter donc, je reste broucouille en attendant les prochaines possibilités.

Détour sur le stand Finecut pour espérer assister à la projection du film de SF coréen A Day, où l’on me propose de venir très sympathiquement directement devant la salle, il ne devrait pas y avoir de problème. Pareil pour Shockwave avec Andy Lau, la jeune femme me propose de venir à la projection de 18h, et elle me fera rentrer.

Je n’ai plus qu’à attendre patiemment 15h, en continuant de frayer au marché, ou sur la terrasse des journalistes mise à disposition cette année.

Dans la file pour A Day pourtant, nouvelle déconvenue, le film attire énormément d’acheteurs potentiels, et bien entendu ces badges Marché sont prioritaires sur moi qui n’est même pas sensé pouvoir assister à ces projections. Lorsque sonnent 15h, même les badges prioritaires ne sont pas tous rentrés. Tant pis, j’aurai essayé, heureusement l’hôtesse de Finecut m’a gentiment dit que si je ne pouvais pas entrer, elle pouvait toujours me faire parvenir le film par un autre biais.

Du coup, changement de plan, Wonderstruck que j’ai raté ce matin passe à 16h au Théâtre Lumière, et j’apprends par la salle presse que contrairement à d’habitude, les journalistes y sont acceptés. Je me dirige donc (en faisant tout le tour de la Croisette pour cause de stars en train d’arriver) dans la file presse, avec une sécurité renforcée cette année, portiques, fouille des sacs et détecteurs manuels. Tellement renforcée qu’on me force à jeter (oui oui, jeter) ma bouteille d’eau et la nourriture prévue pour le soir, éléments effectivement hautement dangereux en cette période de plan Vigipirate…

C’est donc délesté de mon casse-dalle mais impatient de découvrir le nouvel essai de Todd Haynes que je m’installe dans la salle principale du festival.

Wonderstruck commence de façon très opaque, et pendant presque 30 minutes on ne voit pas bien où le réalisateur veut en venir. En alternant l’histoire de Ben, un jeune garçon passionné de musées qui a récemment perdu sa mère et n’a jamais connu son père, en 1977, et celle de Rose, une gamine sous le joug de son père qui rêve de rencontrer une star du cinéma muet, en 1927, il multiplie les allers et retours et sème la confusion, d’autant plus qu’à chaque époque correspond une note d’intention. Doucement colorée et parlant pour l’histoire de Ben, muet et en noir et blanc pour celle de Rose. Comme les films de leur époque respective, le segment 70’s est baigné de morceaux musicaux d’alors, et celui des années 20 d’une musique d’accompagnement, principalement au piano, qui palie à l’absence de son.

Un procédé original mais perturbant qui tend à perdre un peu le spectateur. Le fil rouge qui va relier les deux histoires finit par se dévoiler après une longue introduction : Rose et Ben vont tous deux commencer une odyssée à New-York à la recherche de quelqu’un, et sont tous deux sourds. Elle de naissance, lui après un accident survenu un soir d’orage.

Et le film de croiser les deux histoires à 50 ans d’écart, en accumulant les découvertes et les rencontres, jusqu’à ce qu’il devienne évident pour le spectateur que les récits sont liés autrement que par leur sujet similaire. Reste à découvrir de quelle façon.

Adapté d’un roman culte outre-atlantique de Brian Sezlnick (déjà auteur de l’Invention d’Hugo Cabret), Wonderstruck (qui arrivera en France le 15 Novembre sous le titre Le Musée des Merveilles) était attendu impatiemment par les fans, mais semble arriver un peu trop tard. Si l’émotion fonctionne plutôt bien grâce à l’économie de moyen (évidemment, quand on raconte l’histoire de personnes sourdes) et le jeu des acteurs, le scénario en lui-même s’avère plutôt convenu, en ce sens qu’il brasse des thèmes et des péripéties assez évidentes, qu’on a l’impression d’avoir déjà expérimenté.

Et pourtant Todd Haynes s’épanche, s’appesantit, fait durer des scènes dont on devine déjà le déroulement, ce qui donne un film pas désagréable, mais peu original, et un peu trop long pour ce qu’il raconte.

Reste Julianne Moore, magnétique, impériale même quand elle ne dit pas un mot dans une poignée de scènes.

En sortant de la séance, je me précipite au Marché du film pour essayer d’assister à la projection de Shockwave qui commence dans cinq minutes. Les différents passages de sécurité me retardent, et quand j’arrive devant la salle, la séance a commencé et… la jeune femme du stand n’est pas là. Impossible de rentrer donc, sans directives le personnel du Marché ne laisse pas rentrer des badges presse, et j’ai beau retourner au stand du distributeur, plus personne…

Las, je dois à nouveau changer de programme.

Je me rabats sur l’ouverture de la Semaine de la Critique, avec l’un des rares films qui me donnent un tant soit peu envie des sélections parallèles, Sicilian Ghost Story de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (déjà responsable de Salvo en 2013). Une histoire qui commence comme un teen movie éthéré et auteurisant, pour bifurquer vers le thriller glauque avec des pointes de fantastique. Bref un brassage de tons à la sicilienne, qui pourtant manque de fluidité, et s’avère plus souvent lourd et laborieux que pertinent.

L’histoire de Giuseppe, 13 ans, amoureux tout frais de la jolie Luna, qui disparaît un jour sans laisser de traces au grand désespoir de celle-ci, est tiré d’un fait réel lors duquel le fils d’un mafieux fut enlevé et séquestré. Et c’est bien cette particularité (découverte in fine lors du générique) qui donne tout son sel glaçant à un métrage un peu trop arty pour être honnête.

Si beaucoup de situations s’avèrent passablement dures ou glauques, comme on suit à la fois la descente aux enfers de Guiseppe, attaché à une chaine et maltraité, et celle de Luna qui cherche coûte que coûte à le retrouver au risque de glisser elle aussi vers le désespoir, il plane sur Sicilian Ghost Story une certaine léthargie artistique qui, encore plus que dans Wonderstruck, s’applique à faire durer les plans et les scènes.

On peut saluer la volonté des réalisateurs de créer une ambiance onirique à cheval entre rêve et réalité, ou plutôt entre réalité et cauchemar, mais le tout manque énormément de cohésion, ou au moins d’une structure qui accompagne cette réalisation ouvertement plastique. On peine parfois à suivre, et le spectateur finit par trouver le temps long entre deux nouveaux événements qui relanceraient l’intérêt.

Comme pour Wonderstruck, ce sont les interprètes qui portent le tout sur leurs épaules, notamment les deux jeunes acteurs principaux, impeccables même dans les scènes les plus difficiles. On en ressort mitigé, convaincu d’avoir assisté à une histoire forte (d’autant plus qu’elle est partiellement vraie), mais pas convaincu par le traitement appliqué.

Facétie des sorties, le film débarquera sur nos écrans le même jour que le film de Todd Haynes.

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Par Corvis

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