Le Roi Arthur – La Légende d’Excalibur – Sons of Liberty

Titre Original : King Arthur : Legend of the Sword

De: Guy Ritchie

Avec Charlie Hunnam, Jude Law, Astrid Bergès-Frisbey, Djimoun Hounsou

Année: 2017

Pays: Angleterre, Etats-Unis, Australie

Genre : Fantasy, Action

Résumé :

Jeune homme futé, Arthur tient les faubourgs de Londonium avec sa bande, sans soupçonner le destin qui l’attend – jusqu’au jour où il s’empare de l’épée Excalibur et se saisit, dans le même temps, de son avenir. Mis au défi par le pouvoir du glaive, Arthur est aussitôt contraint de faire des choix difficiles. Rejoignant la Résistance et une mystérieuse jeune femme du nom de Guenièvre, il doit apprendre à maîtriser l’épée, à surmonter ses démons intérieurs et à unir le peuple pour vaincre le tyran Vortigern, qui a dérobé sa couronne et assassiné ses parents – et, enfin, accéder au trône…

Avis :

Guy Ritchie est un cinéaste qui ne fait pas l’unanimité auprès des cinéphiles. Il faut dire qu’il a une patte bien à lui et que bien souvent, ses films sont sévèrement burnés, à la frontière du mauvais goût, mais il arrive toujours à raccrocher les wagons grâce à une mise en scène percutante et surtout un amour pour les flashbacks démentiels, qui ne sont pas sans rappeler le cinéma de Danny Boyle. Fasciné par les figures littéraires anglo-saxonnes, il avait déjà repris par deux fois le mythique Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle pour en faire un personnage rock n’roll, toujours sur la tangente, mais diablement efficace, drôle et avec une mise en scène qui dynamiter le genre. C’est au tour maintenant de la légende arthurienne d’en prendre plein les dents pour un remix totalement déjanté, qui arrive à mélanger fantasy et modernité dans un métrage pop et pulp complètement décomplexé, avec de menus défauts, mais surtout une générosité à toutes épreuves. Car qu’on se le dise, Le Roi Arthur – la Légende d’Excalibur n’est pas un blockbuster comme les autres et il risque fort, à la manière d’Alien Covenant, de diviser les critiques, aussi bien la presse spécialisée que le public.

La première chose qui frappe dans ce film, c’est clairement son esthétique et cette volonté de constamment contrebalancer des moments calmes par des moments d’une vivacité psychédélique. Le début est relativement sombre et volontairement lent, présentant un monde noir, à la merci du magicien Mordred et avec pour seul solution, le roi Uther et son épée Excalibur. Plongeant à corps perdu dans la fantasy pur souche avec des éléphants gigantesques qui semblent sorti tout droit du Seigneur des Anneaux, le réalisateur prend tout le monde à revers, n’offrant pas une énième version édulcoré de la légende arthurienne, mais bel et bien un blockbuster pur souche gavé d’effets spéciaux, galvanisé par une action épique et frôlant à chaque le nanar de luxe. Ne nous leurrons pas, nous sommes face à un mélange bordélique de Donjons & Dragons, de Game of Thrones et du Seigneur des Anneaux, le tout mâtiné aux petits oignons avec Arthur et ses chevaliers. Sauf que le film va prendre une autre tournure, notamment dans l’identification de son héros.

On voit déjà d’ici les psychorigides du folklore hurlant à l’hérésie avec un Arthur qui fait ses armes dans la rue, protégeant ainsi une maison close et apprenant les arts martiaux. Exit donc la belle chevalerie et les armures mordorées, Guy Ritchie identifie son héros comme une légende moderne, né dans la rue et se faisant roi par la force et la persuasion, tout en utilisant aussi une certaine abnégation. A partir de là, si le film garde toujours des aspects fantasy comme la tour qui donne des pouvoirs au méchant Vortigern, rappelant étrangement la tour de Sauron, on sera dans le chemin initiatique, dans l’apprentissage d’un homme insouciant à avoir des responsabilités qui le dépassent. Se concentrant quasiment exclusivement sur Arthur (Charlie Hunnam en pleine forme et tout en muscles), le réalisateur place donc cette légende dans notre monde contemporain, à l’image de ces jeunes qui arrivent à sortir des ghettos pour s’émanciper dans l’art ou dans les études. Une transposition intelligente qui fait écho au monde contemporain et qui offre un spectacle toujours aussi grisant.

Il faut dire que la mise en scène de Ritchie est incroyable, toujours en mouvements et ne s’apitoyant pas sur des plans larges contemplatifs. Le Roi Arthur – la Légende d’Excalibur est un film déjanté, vif, qui alterne les plans osés et encore jamais vus dans ce genre. Entre des moments en GoPro pour simuler la vitesse d’une fuite dans des ruelles, les zooms et dézooms pour différencier les échelles de valeur ou encore les plans larges dantesques pour montrer le gigantisme de certains créatures, Guy Ritchie se fait plaisir et lâche complètement la bride. Un relâchement que l’on retrouve même au sein de la construction narrative du métrage, puisque le réalisateur aime à utiliser les flashbacks ou des flashforwards pour rendre le tout plus drôle et dynamique. Ainsi, au détour de plusieurs séquences explicatives, on se retrouvera face à des choix audacieux, propres au cinéma de Guy Ritchie, et on a vraiment la sensation de retrouver un cinéma anglais typique comme dans Trainspotting ou encore Rock n’Rolla. Cette façon de faire ne sied pas forcément au genre, mais dans un contexte délirant comme Le Roi Arthur, l’ensemble fonctionne et apporte une certaine fraîcheur.

Une fraîcheur contrebalancée par une noirceur ambiante assez glaçante. Le méchant Vortigern (génialement composé par un Jude Law au regard noir) est un vrai méchant de cinéma, qui se fout de son peuple et qui demeure très lucide sur sa popularité. De ce fait, sa vocation est de faire le mal et même si on en a que des balbutiements dans ce métrage, on est invité à voir les conséquences de l’abandon d’Arthur et cela fait froid dans le dos. D’autant plus que pour appuyer la méchanceté de l’homme, les créatures qui tournent autour de lui sont tout autant mauvaises ou ragoûtantes, à l’instar de cette sirène grasse et tentaculaire octroyant des pouvoirs au méchant en l’échange d’un sacrifice. Dans ses décors, le film n’hésite pas non plus à proposer quelque chose de froid et de parfois lugubre, notamment dans des forêts décharnées ou des villes poisseuses et dangereuses. Chaque habitant semble défiguré et il réside dans ce métrage quelque chose de sale, qui attire immédiatement l’œil et qui permet de mettre en avant Arthur, beau et brillant garçon.

Cependant, le film est loin d’être parfait et certaines choses sont vraiment décevantes, à commencer par des scènes de combat en CGI absolument illisibles. Par deux fois vers la fin du film, les séquences d’action laissent à désirer et on se retrouve face à des scènes qui tirent plus vers le jeu vidéo que vers le vrai film visuel. D’ailleurs, l’affrontement final sera un bouillabaisse de CGi imbuvables, rappelant les œuvres sombres du combat entre Superman et Doomsday dans le BvS de Zack Snyder. Ensuite, le film oublie qu’il n’y a pas que le Roi Arthur et que ses chevaliers (ou tout du moins ceux qu’il va nommer chevalier) sont tout aussi importants. Malheureusement, que ce soit Perceval ou les autres, les personnages secondaires sont à peine esquissé et on aura bien du mal à les prendre en empathie. Il y en aura bien un, dont le drame autour de son enfant sera un poil touchant, mais c’est une maigre compensation face au vide abyssal des autres protagonistes. Reste la mage, jouée par la française Astrid Bergès-Frisbey, assez mystérieuse et plutôt charismatique, mais qui manque aussi de background.

Au final, Le Roi Arthur – la Légende d’Excalibur est un film imparfait et qui risque fort de diviser les avis tant il est un mélange saugrenu et bordélique de tout ce qui fait le cinéma de Guy Ritchie. Généreux et culotté, on pourrait comparer ce film à une expérimentation étrange entre fantasy et modernité, voulant en faire un récit épique résolument pop et pulp. Si le pari est à moitié réussi, on ne peut pas renier la générosité du réalisateur, qui s’est complètement lâché, offrant quelque chose d’inédit, à la lisière du blockbuster épique et du nanar de luxe ayant conscience de sa grandiloquence. Bref, un film étrange, novateur, parfois raté, mais savamment orchestré.

P.S : On a oublié de mentionner la Bande-Originale qui est à tomber par terre.

Note : 14/20

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Par AqME

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