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Alien Covenant – L’Enfer Selon Scott

De : Ridley Scott

Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Crudup, Danny McBride

Année: 2017

Pays: Etats-Unis, Angleterre

Genre: Science-Fiction, Horreur

Résumé :

Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’échapper.

Avis :

Parmi les sagas les plus lucratives du septième art, on peut compter sur la saga Alien. Après quatre épisodes qui se suivent chronologiquement et deux spin-off, c’est plus de vingt ans plus tard que son créateur, Ridley Scott, a voulu faire une préquelle, s’appuyant sur une figure que l’on voyait dans le premier Alien, le Space Jokey. Sorte d’espèce humanoïde géant fossilisé et le buste éclaté, le cinéaste a très rapidement eu l’idée d’en faire un personnage à part entière afin d’expliquer les origines des xénomorphes. C’est ainsi qu’est né Prometheus, une préquelle à Alien et qui tente d’expliquer les origines du monstre, mais aussi de l’humanité. A sa sortie, le film a longuement divisé les fans, certains hurlant au scandale alors que d’autres étaient ravis du résultat, certes imparfait, mais qui tentait une approche différente, avec une thématique bien précisé, la science et l’homme qui se prend pour Dieu dans une éternelle quête de l’immortalité. Cinq ans plus tard arrive Covenant, suite directe de Prometheus, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on est loin, très loin, des standards hollywoodiens en matière de blockbusters, et finalement, malgré les menus défauts, il est plus réjouissant de voir cela qu’une grosse production Mickey.

Car autant le dire tout de suite, Covenant va diviser autant, si ce n’est plus, que Prometheus. Il faut dire que le dernier né de Ridley Scott est un film hybride dans lequel se mélange deux genres, la science-fiction et l’horreur, non pas dans un mélange uniforme, mais plutôt comme deux couches qui se superposent. Le début du film correspond à ce que l’on a l’habitude voir. Un vaisseau de colons, qui subit une avarie, réveillant ainsi une partie de l’équipage et qui va recevoir un message crypté venant d’une planète inconnue. Le cinéaste ne se foule pas au niveau de l’introduction de son film et sert la même chose que pour son précédent film. Cependant, il va prendre un peu plus de temps pour présenter ses personnages et surtout, il va faire monter une tension crescendo en mettant à chaque fois des drames au sein d’évènements anodins. En faisant cela, il montre que la technologie n’est pas fiable et que l’erreur peut être aussi bien humaine que mécanique. Mais il fait aussi monter une tension au sein de l’équipe, changeant à chaque fois la place du leader, jusqu’à arriver à son thématique favorite, la femme forte. Encore une fois, il n’y a rien de surprenant là-dedans, mais l’ensemble se révèle assez efficace. D’autant plus que certains propos énoncés par le capitaine auront une résonnance dans la grande thématique du film, la religion.

Et c’est peut-être là que le film frappe le plus fort. Derrière la science-fiction, derrière l’horreur graphique (on va y revenir), le réalisateur va peaufiner un joli travail sur la religion, la foi, mais surtout sur la place de Dieu le créateur. En arrivant sur cette planète, les effets néfastes vont se perpétuer et petit à petit, les croyances de certains vont s’ébranler avec des évènements dramatiques. Ridley Scott va alors interroger sur la religion et la présence ou non d’un éventuel Dieu miséricordieux. Les images sont assez parlantes et relativement iconographiques lorsque les personnages arrivent dans la ville carbonisée, représentant alors l’enfer selon Dante. Et le cinéaste va à chaque fois faire des rappels à la religion, au christianisme, remettant à chaque fois en doute la présence d’une déité. En faisant cela, il place aussi l’homme dans son plus simple appareil, redescendant dans la chaîne alimentaire face à un androïde indestructible et des xénomorphes plus vifs que jamais. Sommes-nous alors des créateurs ou bien des créations ? Voilà la question primordiale que pose Ridley Scott. Mais il montre aussi de plein fouet nos faiblesses face à une création que l’on ne maîtrise plus. Les références sont alors multiples, faisant écho à Mary Shelley et son roman Frankenstein, œuvre incontournable sur le complexe de Dieu.

Du coup, on se retrouve face à un film très spirituel, mais qui ne va pas lésiner sur le gore et les moments trash. Les scènes sanglantes sont relativement efficaces et bien fichues, montrant toute la fragilité de l’espèce humaine face à un super-prédateur né d’un androïde, propre création de l’homme. C’est sur la fin que le film tourne en film d’horreur et renoue avec la franchise d’origine, plaçant la femme comme seule apte à lutter contre l’alien et optant pour des moments plus effrayants, que ce soit dans la cité étrange ou encore dans le vaisseau. Si certaines situations prêtent à sourire, comme le pauvre commandant qui se fait piéger par les Facehugger, on sent une certaine volonté de renouer avec le passé et de faire plaisir avec le fan de la première heure. Si cela marche un temps, et peut surprendre, tant le gore abonde dans le métrage, on peut aussi ressentir une fibre nostalgique qui n’est pas si désagréable mais qui donne comme un goût de déjà-vu. Fort heureusement, Covenant est maîtrisé au niveau de la photographie, donnant un rendu pluvieux, gris, nuageux, mais qui sied parfaitement à l’ambiance désespérée qui règne dans le métrage.

Malheureusement, le film n’est pas exempt de défauts, même si certains choix sont étonnants pour un blockbuster (une scène de sexe sous une douche qui finit en bain de sang, une relation homosexuel entre deux androïdes ayant le même visage). Le principal souci vient des personnages qui ne sont que des faire-valoir pour le méchant et qui n’ont finalement que peu de background. Il est difficile de sentir de l’empathie pour tous les protagonistes du film, notamment à cause de leur façon de faire, de penser ou de réagir. De toute façon, hormis Danny McBride, Katherine Waterston et Billy Crudup, tous les autres personnages ne sont que de la chair à canon, des personnages secondaires qui n’ont que peu d’importance dans l’intrigue. Mais finalement, les trois autres ne sont pas mieux, laissant briller Michael Fassbender, qui rayonne dans un double-rôle qu’il maîtrise parfaitement. Cependant, là encore, on peut rester de marbre devant ce personnage monolithique et inexpressif, déblatérant des horreurs sur les espèces et leur fragilité. L’autre reproche que l’on peut faire au film, c’est son déséquilibre au niveau du rythme. Il y a un ventre mou en milieu de film qui fait que ça palabre un peu trop pour ne rien dire et le film mouline à vide. Enfin, le final peut laisser perplexe. Ridley Scott lève le voile sur un mystère et ce n’était clairement pas nécessaire. Sans spoiler, le cinéaste aurait pu laisser une fin plus ouverte concernant l’un des personnages, laissant le spectateur sur un questionnement ou sur une logique de réflexion, ne le prenant par la main et désacralisant un poil la fin.

Au final, Alien Covenant ne va pas se faire que des amis et c’est bien dommage car des blockbusters comme celui-ci, ça ne court pas les rues. Non pas que le film soit exceptionnel, mais il sort des sentiers battus grâce à sa thématique imposante et cette volonté de faire un film hybride, un divertissement gore qui amène à une réflexion sur notre propre condition, sur nos origines et sur notre volonté de tout contrôler, de tout créer. Ridley Scott offre donc un film qui n’est pas exempt de défauts, mais qui ose des choses et propose un parti pris risqué, ce qui manque grandement maintenant aux films à gros budget qui ne veulent qu’une chose, satisfaire les masses et leur porte-monnaie.

Note : 15/20

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Par AqME

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